Emprunteur : comment MetLife déverrouille la souscription

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Alors que la concurrence est effrénée entre les offres d’assurance emprunteur individuelle, MetLife, spécialiste du secteur, a décidé de bousculer les codes en simplifiant ses démarches de souscription.


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Réglementation oblige, le marché de l’assurance emprunteur est en pleine ébullition. Les différents textes favorisant la déliaison entre crédit et assurance, puis plus récemment la loi Hamon permettant la résiliation de l’assurance emprun­teur dans l’année qui suit sa souscription, ont aiguisé les appé­tits. Nombre d’acteurs, qu’ils soient nouveaux ou déjà bien installés sur le secteur cherchent à augmenter leur part de marché sur le segment de l’individuel au détriment des offres groupes des réseaux bancaires. Mais ces derniè­res conservent encore aujourd’hui la majeure partie des contrats d’assu­rance emprunteur. Selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance (FFA), en 2015, 12 % des cotisations des contrats d’assurance emprunteur proviennent d’une délégation d’assurance. Et la tendance peine à s’inverser au profit des offres individuelles puisque ce taux stagne depuis 2011, toujours selon la FFA. Pourtant, les initiatives ne manquent pas pour améliorer les garanties, proposer de nouveaux services et digitaliser les process. Avec l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché de l’assurance emprunteur individuelle dite « en délégation » à l’instar de Swiss Life, la traditionnelle concurrence entre les offres groupe et individuelles devient plus acharnée entre les acteurs proposant des contrats en délégation. Dès lors, la capacité à offrir aux emprunteurs des formalités accélérées de souscription est un atout concurrentiel important pour espérer gagner des clients, bien souvent contraints par des délais extrêmement courts pour achever le financement de leur projet immobilier.

Un seuil à 46 ans…

Dans ce contexte, MetLife s’apprê­te à bousculer les codes. L’assureur, filiale d’un groupe irlan­dais, vient de franchir une étape importante en décidant de supprimer l’examen médical pour les emprunteurs de moins 46 ans et jusqu’à 1 M€. Pour les moins de 56 ans le montant emprunté est fixé à 500 000 € maximum. C’est l’offre de son contrat phare, Super Novaterm Crédit. Concrètement, « le questionnaire de santé de Metlife concernera les + de 46 ans pour des capitaux assurés allant de 400 000 à 1 M€ à partir de fin septembre 2016, expli­que Magali Pinel, chef de marché produits chez MetLife. Pour des contrats inférieurs à 400 000 €, nous ne demanderons, à partir de fin septembre 2016, qu’un questionnaire d’état de santé comportant 5 questions, essentiellement sur l’état de santé antérieur, actuel et futur, auxquels il faut répondre par oui ou par non. En adoptant une démarche déclarative, nous simplifions le processus de souscription. » Ce seuil de 46 ans, utilisé pour faciliter les démarches de souscription, a également été choisi par BNP Paribas Cardif qui, depuis le mois de mai dernier, s’en sert de référence pour proposer la souscription via un questionnaire médical simplifié (voir encadré).

Le marché de l’emprunteur

  • 8,8 Md€ de cotisations (2015)
  • 1 Md€ de cotisations par délégation d’assurance
  • +3,5 % de progression des contrats souscrits en délégation
    Source : FFA 2015

Si elle semble arbitraire, cette limite d’âge n’est pourtant pas le fruit du hasard. « Aujourd’hui, le seuil de moins de 46 ans est un seuil de marché. Il est issu de travaux actuariels et statistiques. Dès lors, des formalités médicales supplé­mentaires peuvent être nécessaires (questionnaire de santé, prise de sang, etc.) en fonction du capital assuré », explique Magali Pinel.

Au-delà de cet âge, et selon les statistiques, la recherche d’une tarification du risque la plus fine possible nécessite donc des formalités supplémentaires. Car, simplifier ses méthodes de souscription en allégeant, voire en supprimant, les formalités médicales, comporte une part de risque comme l’explique Norbert Gautron (voir interview). Pour en limiter la portée, MetLife, qui recense 230 000 contrats emprunteurs en portefeuille à fin 2015, capitalise sur son ancienneté sur le marché. « Pour un montant de capitaux assurés allant jusqu’à 1 M€, l’analyse de notre portefeuille a montré que le questionnaire de santé était suffisant », reconnaît Magali Pinel. Et d’ajouter, « nous n’avons pas changé ce questionnaire et nous n’avons pas durci les conditions d’adhésion au niveau de notre acceptation médicale puisque l’idée était d’augmenter l’assurabilité des emprunteurs ».

BNP Paribas Cardif simplifie aussi pour les moins de 46 ans

  • Le seuil de 46 ans est également le seuil de référence chez BNP Paribas Cardif. En mai 2016, le bancassureur a fait évoluer son contrat d’assurance emprunteur Liberté emprunteur, lancé en 2013. Il est désormais possible de bénéficier de démarches accélérées, autrement dit d’un questionnaire médical simplifié, pour les clients de moins de 46 ans et pour des capitaux assurés jusqu’à 400 000 €.
  • Les formalités médicales à effectuer sont déterminées en fonction de la totalité des prêts assurés et de l’âge de l’assuré au moment de l’adhésion. Au-delà de 46 ans, le questionnaire simplifié suffira. Mais pour des capitaux assurés moins importants : entre 46 et 55 ans, le capital assuré (permettant de bénéficier du questionnaire simplifié) va jusqu’à 200 000 €, 100 000 € entre 56 et 65 ans, et jusqu’à 50 000 € au-delà. Précédemment, cette possibilité n’était ouverte que pour des capitaux assurés jusqu’à 300 000 €.
  • En outre, Cardif fait également prévaloir le critère de l’âge pour la couverture du risque décès. Le contrat pourra être souscrit jusqu’à 85 ans pour la garantie décès, et jusqu’à 68 ans pour les autres garanties.

Le choix de la statistique

Classiquement, pour la tarification des garanties proposées dans les contrats emprunteur (décès, perte totale et irréversible d’autonomie, invalidité…), l’âge est un critère déterminant parmi d’autres critères explicatifs de la mortalité comme la catégorie socioprofessionnelle, le fait de fumer ou non, le niveau de revenu, la région d’habitation, par exemple. Mais pas seulement. « Sur les méthodes de tarification, nous constatons qu’il y a beaucoup de tentatives chez les assureurs d’utiliser des méthodes nouvelles, de type analyse prédictive, en sondant leurs portefeuilles pour voir quelles sont les variables les plus significatives pour faire sauter les garde-fous comme tout ou partie de la sélection médicale. Les assureurs cherchent à segmenter de plus en plus leurs offres, d’où l’utilisation de ces méthodes, couplées aux analyses statistiques standards. Les prises de risque en matière de souscription varient d’un acteur à l’autre », constate Norbert Gautron, actuaire associé chez Galea & Associés. Il est également possible d’utiliser des tables de mortalité propres aux portefeuilles à condition que la table en question soit certifiée par un actuaire indépendant, membre de l’institut des actuai­res, mais cette démarche nécessite une certaine ancienneté sur le marché de l’assurance emprunteur. Un avantage dont bénéficie toutefois MetLife. « La courbe d’expérience associée à l’analyse de risque du portefeuille nous a permis de repousser le curseur des formalités médicales demandées au moment de la souscription du contrat », explique Magali Pinel. Sachant qu’au sein de la compagnie, le prêt moyen assuré avoisine les 150 000 € et que l’âge moyen des assurés est de 41,7 ans. En outre, l’assureur a un autre atout. Il est son propre réassureur jusqu’à 1 M€.

Une souplesse sur laquelle MetLife compte bien capitaliser. Celui qui enregistre un chiffre d’affaires global pour 2015 de 180 M€, affiche avec cette démarche sa volonté de se repositionner sur « les risques aggravés et les risques complexes en proposant des solutions d’assurance plus rapides et financièrement bien positionnées », comme l’expliquait Joël Farré, son directeur général, dans nos colonnes (lire L’Argus de l’assurance du 26 août 2016). Et selon le groupe, ces facilités de souscription ont reçu un accueil très favorable de la part des distributeurs.

Norbert Gautron, Actuaire Associé chez GALEA & Associés
« Statistiquement, pour le risque décès, il y a des seuils dangereux »

  • En assurance emprunteur, les deux principaux risques à tarifer sont le décès et l’arrêt de travail. Comment s’établit la tarification ?
    Pour le risque décès, on utilise des tables de mortalité selon l’âge, notamment. En fonction des capitaux assurés, il en ressort une prime sur laquelle il est ensuite possible d’appliquer un abattement en fonction de l’expérience du portefeuille de l’assureur. Mais cette démarche est contraignante pour des acteurs entrant sur le marché de l’assurance emprunteur, car il faut justifier ces abattements à l’ACPR qui regarde s’ils correspondent bien à la réalité du risque. Nous devons vérifier qu’un suivi du risque et du tarif est bien mis en place chez l’assureur, que le risque est bien réassuré et que les fonds propres alloués à la prise de risque sont suffisants.
  • Y a-t-il selon vous un risque à supprimer certaines contraintes à la souscription ?
    Statistiquement, pour le risque décès, notamment, il y a des seuils dangereux. Le seuil de 46 ans est légèrement au-dessus de l’âge moyen de la population des emprunteurs et statistiquement, on sait que c’est un seuil au-delà duquel des informations complémentaires au moment de la souscription sont nécessaires pour établir la tarification du risque. Pour la garantie arrêt de travail, le seuil à risque se situe plutôt à 55 ans.
    Propos recueillis par Géraldine Bruguiere-FONTENILLE

La courbe d’expérience associée à l’analyse de risque du portefeuille nous a permis de repousser le curseur des formalités médicales demandées au moment de la souscription du contrat.

Magali Pinel, chef de marché produits chez MetLife



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article extrait de l’argus de l’assurance

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