Illusion collective (Edito)

Par - Publié le

,

,

,

,

,

,

Les rendements des fonds en euros restent un fantastique produit d’appel, dont le marché a du mal à se priver.

Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.
Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.
Laetitia Duarte

Y aurait-il quelque chose de tordu au royaume de l’assurance vie ? À la lecture des premières annonces de taux de rendement sur les fonds euros au titre de 2015, on peut se le demander. Car contre toute attente, ces taux sont… bons ! Enfin, entendons-nous bien : bons, compte tenu de l’environnement actuel de faibles taux d’intérêt et d’inflation nulle, bons, comparés à un livret A qui reste scotché à 0,75%, et surtout bien meilleurs que ce qui était anticipé. Pour mémoire, au titre de 2014, les fonds en euros ont en moyenne servi du 2,5%, après 2,80 % au titre de 2013 et 2,90 % au titre de 2012.

Bref, pour l’instant, les taux servis tournent en moyenne aux alentours de 2,80 %, là où les experts parient sur un rendement moyen de 2,25 %. Évidemment, les premiers à dégainer sont souvent les plus généreux, et ils n’ont pas forcément les plus gros encours. À cet égard, on n’a pas encore vu ce que distribueront les paquebots d’épargne pilotés par les bancassureurs, traditionnellement plus chiches. D’autant qu’à y regarder de plus près, les taux sont bel et bien en baisse, de l’ordre de 25 centimes en moyenne, ce qui est assez cohérent avec les pronostics.

Il n’empêche, cette année encore, certains parviennent à servir des taux supérieurs à 3%. À commencer par les emblématiques associations d’épargnants Afer (3,05 %) ou Gaipare (3,15 %) qui, quoi qu’on en dise, donnent toujours plus ou moins le «la» du marché. Leur collecte nette est faible, voire négative ? Qu’importe : c’est de leur taux « vitrine » qu’on se souviendra.

La recette n’est pas nouvelle, mais elle marche encore : les rendements de l’assurance vie en euros sont un fantastique produit d’appel, une occasion en or pour communiquer de manière positive vis-à-vis des épargnants. Pourquoi donc s’en priver ? Sauf que le marché s’enferre dans un effet trompe-l’œil contre-éducatif au possible. D’un côté, il entretient l’illusion collective, en servant des taux plus que corrects, comme si de rien n’était. De l’autre, il s’agite en coulisses pour doper la production en unités de compte et juguler la collecte nette, à défaut de pouvoir dire haut et fort que le fonds en euros est un produit dont la date de péremption est proche, sinon déjà dépassée.

Sourd à ces injonctions contradictoires larvées, l’épargnant est, lui, ravi de pouvoir continuer à gagner sur tous les tableaux : son argent est protégé, correctement rémunéré, et disponible à tout instant. Pourquoi aller chercher plus loin ? Éventuellement, il a pris 20% d’UC, moins par conviction que pour faire plaisir à son conseiller. Mais une chose est sûre, faute d’en avoir compris les enjeux, il se fiche comme de son premier «livret kid» de savoir que l’environnement de taux bas malmène le modèle économique des assureurs vie, déjà sous pression à cause de ­Solvabilité 2… Du coup, les rares à ne pas jouer l’effet trompe-l’œil – ceux qui, concrètement, jouent la pédagogie et servent aujourd’hui des taux aux alentours de 2 % – passent pour des rabat-joie. Mais sont-ils vraiment moins performants que les autres ? Comme le dit l’adage, c’est quand la mer se retire que l’on voit ceux qui se baignent nus.



Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous