Le marché de l'assurance vie charia compatible frémit

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L'arrivée du contrat Amâne Exclusive Life de Vitis Life dans la foulée du contrat Salam Epargne et Placement de Swiss Life est le signe des balbutiements du marché de l'assurance vie « charia compatible » en France.

Les lignes bougeraient-elles enfin sur le marché de l'assurance vie charia compatible ? En lançant en novembre un contrat haut de gamme destiné au marché français, l'assureur luxembourgeois Vitis Life redonne un coup de projecteur à ce marché naissant initié en février dernier par Swiss Life avec son contrat Salam Epargne et Placement. Commercialisé dans un premier temps via le réseau des courtiers, celui-ci doit s'étendre début 2014 aux quelque 70 agents Swiss Life spécialisés vie « qui ont été sollicités par des clients », assure Vincent Liegeon, directeur commercial de Swiss Life France. D'autres signes viennent renforcer cette impression de frémissement du marché.

Du côté de la formation, l'Executive MBA de l'université de Strasbourg et le Diplôme de l'université Paris-Dauphine en finance islamique en sont désormais à leur cinquième promotion. En gestion d'actifs, l'offre s'étoffe avec une quinzaine d'OPCVM certifiés. Un projet de cabinet de courtage spécialisé en assurance islamique devrait voir bientôt le jour...

Pourtant, dès 2008, date de la publication d'instructions fiscales autorisant la finance islamique en France, tous les obstacles étaient déjà levés. De plus, « l'expertise est déjà présente car les grands groupes de banque et d'assurances français opèrent déjà tous dans le Golfe et en Asie du Sud-Est où ils ont développé des produits de finance et d'assurance islamiques. Il ne manque maintenant juste qu'un petit peu d'audace et de pragmatisme pour les lancer en France », estime un spécialiste de la finance islamique.

 

50 000 € en moyenne de versement initial

Mais hormis Chaabi Bank, filiale d'une banque marocaine qui a lancé un crédit immobilier et un compte courant charia compatible en 2011, les contrats d'assurance vie de Swiss Life et de Vitis Life font figure de pionniers. Loin de viser un marché de masse, les deux assureurs ciblent la clientèle patrimoniale. « Nous touchons une clientèle CSP+, en phase avec notre clientèle habituelle, de confession musulmane, avec quelques assurés non-musulmans qui recherchent un investissement éthique », indique Vincent Liegeon de Swiss Life.

Sur les premiers contrats, la moyenne du versement initial s'élève à 50 000 €. De son côté, avec un ticket d'entrée à 250 000 €, Amâne Exclusive Life, le contrat de Vitis life est positionné très haut de gamme. L'assureur luxembourgeois compte toucher les riches résidents français de confession musulmane : « Cette population-là ne trouve peut-être pas de réponse à toutes ses attentes quand elle cherche un investissement qui respecte les principes de la finance islamique », explique Bastien Perrine, responsable commercial France. Mais Vitis Life « vise aussi une population avertie qui cherche à diversifier son épargne, ou encore les investisseurs qui sont sensibles aux considérations de la finance islamique ».

Du côté des assureurs, un certain nombre de freins demeurent. En premier lieu, le risque d'image : « Sur ce marché qui mêle deux sujets tabous en France, l'argent et la religion, il convient de faire beaucoup de pédagogie pour éviter toute polémique », confie Vincent Liegeon. Autre frein, la sophistication du produit et ses règles très strictes (lire encadré).

La conformité à la charia porte sur chaque unité de compte et sur le contrat lui-même, et doit être audité tous les six mois. « En revanche, la commercialisation est simple du fait du nombre réduit d'options : en tant que produit charia compatible, l'assurance vie ne peut pas contenir de garantie plancher, d'assurance décès ou encore de fonds en euros », ces derniers sont investis en obligation, précise Vincent Liegeon. Un argument qui devrait séduire les assureurs qui cherchent aujourd'hui à collecter en unité de compte.

 

Les pionniers font parler d'eux

Swiss Life avoue avoir « des ambitions mesurées sur les deux premiers exercices », selon Vincent Liegeon qui rajoute : « le potentiel est là : on compte entre 6 et 7 millions de personnes de confession musulmane en France et on peut imaginer le même développement que celui qu'a connu la nourriture Hallal ces dernières années. »

En attendant, les pionniers font parler d'eux. Vitis Life ne s'en cache pas : « Nous sommes connus sur la cible haut de gamme, mais un des objectifs de cette offre est de montrer que nous sommes capables de proposer une solution innovante dans l'assurance vie » et d'attirer ainsi de nouveaux partenariats avec des CGPI français. De même, le contrat de Swiss Life a suscité une couverture médiatique qui dépasse largement son succès commercial. À peine lancé, il a déjà été sélectionné pour de nombreux prix dont celui de l'audace marketing HEC.

LA FINANCE ISLAMIQUE EN CHIFFRES

  • 4 Milliards d'euros : potentiel du marché dans la banque de détail en France (rapport Jouini-Pastré pour Europlace 2009)
  • 6 à 7 Millions de résidents français de confession musulmane 15 OPCVM français charia compatibles (Amundi Islamic Sicav, BNP Paribas Islamic Fund FCP, etc.)
  • 200 Millions de livres (233 M€) : le montant du premier « Sukuk » (obligation islamique) que va émettre le Royaume-Uni. Une vingtaine de banques britanniques proposent des produits de finance islamique.
  • 20 Milliards de dollars : l'assurance « Takaful » dans le monde en 2017 (rapport Deloitte juin 2013)

DES RÈGLES STRICTES

  • 3 interdictions : intérêts, investissements aléatoires, spéculation hasardeuse.
  • 2 obligations : partage des profits et des pertes, investissement exclusif dans l'économie réelle et tangible.
  • Des secteurs exclus : tabac, alcool, pornographie, jeux d'argent, filière porcine et armement.
  • 3 principaux « Charia boards » ou comités de conformité (ACERFI, CIFIE et COFFIS) émettent une « fatwa » sur l'unité de compte, le contrat, mais aussi le gestionnaire et chacun de ses investissements en cas de gestion sous mandat.
  • Un contrôle tous les 6 mois du respect de ces règles.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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