REAVIE 2017

Otherwise : une thérapie de groupes pour réduire la facture santé

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Nouveau venu sur le marché de la complémentaire santé sous la marque Otherwise, le courtier Amalfi propose à ses assurés de leur reverser une partie de leurs cotisations.


Neil Webb/Ikon Images/Getty Images

La réforme de la généralisation de la complémentaire santé semble avoir éveillé des ­vocations. Coup sur coup, deux start-up se sont lancées sur ce ­marché pourtant mature : si Alan veut se différencier par l’expérience client, ­Otherwise, marque commer­ciale du courtier Amalfi, entend de son côté également apporter une ­dimension collaborative.

Le principe d’Otherwise ? Chaque assuré intègre un groupe compo­sé de 50 à 150 personnes qui affi­chent un profil similaire au sien. Chacun des groupes constitués appartient à une des trois caté­gories suivantes : budget, équilibre et premium. Une partie des primes alimente pour chaque groupe un pot commun destiné à régler les petits sinistres. Si, à la fin de l’année, les prestations sont inférieures au total des ­cotisations, une partie peut être reversée aux assurés sous forme de bonus collaboratif. Un principe qui, dans ses grandes lignes, rappelle la «franchise cautionnée» de France Mutuelle.

La franchise cautionnée, une inspiration dépassée ?

Cette offre d’assurance santé collaborative rappelle, sur le concept, le principe de la «franchise cautionnée». Ce type de produit a été lancé en 2006 par France Mutuelle, permettant à l’assuré de récupérer une partie de sa cotisation individuelle si ses dépenses de santé sont modérées. Un produit, avant-gardiste lors de son lancement, mais qui n’est désormais plus vendu. «Il ne répond plus vraiment aux attentes des personnes, qui ont besoin d’instantanéité» soulignait la directrice commerciale, marketing et communication de France Mutuelle, Natacha Minassolors d’un récent point presse. «Ce concept n’est pas notre inspiration d’origine» tempère Cécile Mérine, considérant que cette franchise était un produit «plus individualisé» que celui proposé par Otherwise. À noter que Thélem Assurances, assureur d’Otherwise, s’était également essayé à la franchise cautionnée en 2010.

 

L’assuré acteur et solidaire

«Otherwise veut modifier la relation assureur/assuré et faire de l’assuré un acteur de son assurance», affirme Raphaël ­Berger, cofondateur d’Amalfi et prési­dent d’Otherwise. Outre le service client, intégralement internalisé et dématérialisé, la conception même des groupes d’assurés est réalisée via des algorithmes pour optimiser la couverture santé. «Tous les membres du groupe sont solidaires entre eux, mais ils n’ont pas en leur possession toutes les informations des membres», prévient toutefois Cécile Mérine, cofondatrice d’Amalfi et directrice géné­rale d’Otherwise. De même, si le profil de certains des assurés du groupe évolue, ces communautés peuvent être ajustées et modifiées par la fintech. «Le modèle collaboratif s’est ainsi imposé de lui-même, renforçant la responsabilisation des assurés au sein de groupes à taille humaine», ajoute Raphaël Berger.

C’est Thélem Assurances qui porte le risque pour les dépenses les plus importantes et les éventuels déficits dans les cagnottes de groupe. Les garanties des offres d’Otherwise sont d’ailleurs calquées sur les complémentaires santé de Thélem : elles pourraient évoluer avec le temps, en intégrant notamment des postes de soins non pris en charge par la Sécurité sociale (chambre particulière, implantologie…). De même que toutes les offres ne respecteront peut-être pas, à l’avenir, le cahier des charges des contrats responsables. Ce partenariat avec la société d’assurance mutuelle, qui avait exploré également le champ de la franchise cautionnée en 2010, se fait sans prise de participation : ce modèle permet à Amalfi de conserver une indépendance, à laquelle les cofondateurs tiennent beaucoup.

Qui est à l'origine d'Otherwise ?

Otherwise est une marque commerciale du courtier Amalfi, créé par trois associés aux profils différents :

  • Aymeric Augustin (directeur technique), diplômé de Polytechnique et de Télécom Paris Tech, ancien directeur technique d’Oscaro.
  • Cécile Mérine (directrice générale), actuaire de formation avant d’intégrer SwissLife France en 2002 à différents postes : risk management, direction technique, marketing stratégique puis services client. Elle a siégé au Comex dès 2006 avant de se lancer dans l’aventure Amalfi.
  • Raphaël Berger (président), diplômé de Polytechnique et du MIT de Boston, début de carrière au sein de fonds d’investissement puis arrivée au sein du groupe Areva, jusqu’à en devenir le directeur de la stratégie.

Amalfi comptait sept salariés début 2017 et en vise dix à la fin du premier trimestre 2017. Le courtier est soutenu par l’Atelier BNP Paribas Group, Agoranov, Finance Innovation, Cap Digital, Scientipôle et BPI France : il est également membre de la French Tech.

 

À destination des TNS

L’offre, réfléchie depuis fin 2015, a été lancée au début de l’année 2017 après une mûre réflexion. «Nous avons hésité à débuter notre activité avec la santé, en raison des récentes réformes (NDLR : ANI, contrats responsables…). Mais le fort besoin actuel de couverture en individuelle (NDLR : TNS, retraités, chômeurs…) nous a convaincus», souligne Cécile Mérine. «Ce choix est la conséquence d’une frustration : pourquoi les cotisations continuent d’augmenter, alors même que les prestations ne s’améliorent pas véritablement ?», interroge également Raphaël Berger.

Cette offre vise dans un premier temps, en priorité, les travailleurs indépendants, même si elle peut également intéresser les populations couvertes via l’ANI au niveau du panier de soins en guise de couverture surcomplémentaire. Ce focus particulier n’est pas étranger à la réforme de la généralisation, avec une standardisation des contrats collectifs et un sous-équipement des travailleurs non-salariés en santé. Une étude Ifop/Prévoir de 2012 estimait ce taux de couverture à 53%, nettement inférieur à celui des autres populations actives.

C’est ce qui a, par exemple, amené Otherwise à conclure un partenariat avec la communauté numérique KobOne, regroupant près de 70 000 graphistes indépendants. La récente loi Travail instaure, en effet, de nouveaux droits aux personnes recourant à des plateformes professionnelles de type KobOne (assurance, droit à la formation, droit de grève, constitution d’un syndicat…).

Si le courtier s’inscrit résolument comme une fintech, hors de question pour autant de se ­positionner sur le low cost : «les tarifs qu’Other­wise propose sont les mêmes qu’un produit traditionnel axé TNS», note Cécile Mérine. Le bénéfice est, par principe, ailleurs que sur le prix : les deux cofondateurs estiment le retour moyen sur cotisation aux alentours de 20%. «Nous ne voulions surtout pas créer l’UberPop de l’assurance !» ajoute la directrice générale d’Amalfi. Après la santé, Otherwise devrait, grâce à une prochaine levée de fonds, lancer courant 2017 des offres en assurance dommages bâties sur le même principe. Un essor du collaboratif – de la segmentation à tous crins diront les plus criti­ques – qui, outre Otherwise, touche petit à petit le monde de l’assurance : WeCover et InSpeer viennent ainsi de se positionner sur l’automobile.


Cécile Mérine

Cécile Mérine

Directrice des opérations, marketing et développement produits de Swiss Life France

  Cécile Mérine est née en 1973.   Actuariat de l’institut de sciences financières et d'assurances (ISFA) promotion 1994.   1994-2002 : Consultante en assurance vie au [...]

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