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Salaires 2012 : Un filet d'augmentation

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Dans un environnement économique difficile, l'enquête du cabinet Altedia révèle que les rémunérations dans l'assurance ont légèrement progressé cette année. Mais en 2013, les revalorisations devraient être encore plus minces.

Prudence : c'est le mot que tous les experts en rémunération ont à la bouche quand on évoque avec eux les politiques salariales observées dans l'assurance. « Compte tenu d'une conjoncture toujours incertaine, les salaires fixes évoluent peu », constate Marion Aboaf-Karila, manager de la division assurance du cabinet de recrutement Robert Walters. Sans pour autant que l'on assiste à un gel des rémunérations, la tendance est tout de même au ralentissement de leur progression. Selon le cabinet de conseil Altedia, qui a épluché 116 200 bulletins de paie issus d'une cinquantaine de sociétés du secteur de l'assurance pour établir les fiches de ce dossier, le taux d'augmentation globale (générale plus individuelle) des salaires de l'assurance s'établit cette année à 2,2%, soit 0,3 point de moins qu'il y a un an.

D'après l'enquête d'Altedia, on constate même que certains indicateurs stagnent. C'est le cas du budget médian des augmentations générales pour les non-cadres, qui progresse seulement de 1,4%, c'est-à-dire exactement autant qu'en 2011. « On constate également que le nombre d'entreprises pratiquant des augmentations générales reste relativement stable dans l'assurance, alors que, tous secteurs confondus, il diminue », précise Cécile Ingremeau, consultante rémunération chez Altedia.Sans renoncer aux augmentations générales, les sociétés d'assurances misent désormais de plus en plus sur l'individualisation des rémunérations.

La totalité des employeurs interrogés par Altedia a ainsi versé des augmentations individuelles cette année à ses salariés. En 2011, 89% des entreprises auraient eu recours à cette pratique pour leurs cadres, et 82% pour leurs non-cadres. « En temps de crise, les entreprises dotées d'enveloppes restreintes ne peuvent plus donner la même somme à tous leurs salariés. Du coup, elles préfèrent faire du sur-mesure. Cela leur permet d'avoir davantage de marge de manoeuvre et de pouvoir conserver leurs meilleurs éléments, c'est-à-dire ceux qui créent le plus de valeur », explique Louis Guastavino, directeur senior des divisions banque et assurance de la société d'intérim et de recrutement Page Personnel (groupe Michael Page).

CHIFFRES

  • 66% . Part des sociétés du panel ayant versé une augmentation générale à leurs cadres. (ALTEDIA)
  • 2,2% . Augmentation globale (générale et individuelle) des salaires en 2012. (ALTEDIA)
  • 2,1% . Taux d'inflation de septembre 2011 à septembre 2012. (INSEE)
  • 2,1% . Le budget d'augmentation que les entreprises prévoient en 2013. (ALTEDIA)
  • 2 430 € . Le montant médian d'intéressement versé aux cadres en 2012. (ALTEDIA)
  • 78% des entreprises ayant un accord ont versé de l'intéressement en 2012. (ALTEDIA)

Davantage de qualitatif

De ce fait, dans un contexte de gestion des potentiels, les rémunérations variables liées à la performance sont à la mode : près des trois cinquièmes (59%) des sociétés du panel disposent d'un tel système pour leurs cadres. Cette pratique salariale peut cependant prendre plusieurs formes. « Il y a dorénavant davantage de critères qualitatifs dans l'évaluation de la part variable », indique Fabien Lucron, responsable du pôle banque-assurance du cabinet de conseil en rémunération variable Primeum.

Selon Altedia, dans plus de 65% des cas, les objectifs combinent d'ailleurs des dimensions qualitative et quantitative. Pour autant, tous les acteurs du secteur de l'assurance ne sont pas logés à la même enseigne. Parmi les entreprises sondées par le cabinet de conseil, 82% des sociétés n'ayant pas de système de rémunération variable sont des mutuelles. « En définitive, nous avons aujourd'hui une vraie distinction avec, d'un côté, le secteur mutualiste où la part des augmentations générales reste prépondérante. Et, de l'autre, les compagnies d'assurances et les courtiers, qui ne jurent que par les augmentations individuelles », remarque Philippe Burger. Si bien que pour cet associé conseil en rémunérations et avantages sociaux au sein du cabinet Deloitte, des différences de salaires significatives apparaissent désormais entre les acteurs du secteur : « À fonction équivalente, on peut avoir jusqu'à 12% d'écart sur des niveaux médians de rémunération. »

De l'avis unanime des experts que nous avons interrogés, les courtiers sont ceux qui paient le mieux dans le secteur. À l'inverse, les rémunérations proposées par les institutions de prévoyance et les mutuelles sont moins élevées. « Disons plutôt que le package est différent. Certes, les grilles de salaires des institutions de prévoyance sont inférieures à celles des courtiers. En revanche, les avantages sociaux proposés y sont plus nombreux », constate Sophie Maillot, manager spécialisée assurances dans le cabinet de conseil en ressources humaines Michael Page. Cela étant, quel que soit l'employeur, dans ce contexte de conjoncture difficile, mieux vaut changer de structure pour réaliser une plus-value salariale. « Encore faut-il avoir le courage de démissionner », tempère Louis Guastavino, de Page Personnel.

 

Dans la crise, les hommes d'argent ont de la valeur

À ce petit jeu, certains métiers ont plus la cote que d'autres. C'est le cas des actuaires, la population dont les salaires restent parmi les plus élevés (voir les graphiques pages suivantes). « Les évolutions liées aux normes européennes, et plus particulièrement aux exigences de la directive Solvabilité 2, placent les actuaires financiers au coeur de la stratégie des sociétés d'assurances. Du coup, les entreprises se les arrachent et n'hésitent pas à mettre en oeuvre des budgets spécifiques pour attirer ces profils, difficiles à trouver aujourd'hui sur le marché », explique Philippe Burger, de Deloitte. Se sachant très demandés, les candidats désireux de changer d'employeur en profitent pour négocier de fortes augmentations. « Les actuaires débauchés peuvent espérer faire un saut salarial important, compris entre 15 et 25% », estime Louis Guastavino. Selon l'enquête Altedia, un actuaire de classe 6 (fonctions d'encadrement supérieur) gagne ainsi jusqu'à 89 000 € par an.

Les fonctions commerciales ont également le vent en poupe. Confrontées depuis deux ans à de grandes vagues de départs à la retraite, les entreprises, soucieuses de développer de nouveaux marchés, cherchent toujours avec autant d'appétit à recruter des commerciaux. Quitte à casser leur tirelire pour capter les meilleurs éléments, notamment en modifiant les modes de rémunération variable. « Le montant alloué à l'atteinte d'objectifs ne cesse de croître. Le bonus peut ainsi atteindre 20 000 sur des postes hautement qualifiés, là où il plafonnait à 12 000 il y a quelques années », observe Marion Aboaf-Karila, de Robert Walters. Selon Altedia, pour les commerciaux issus d'un réseau de courtage, c'est même le jackpot : le salaire annuel maximal des fonctions d'encadrement supérieur, avec au moins douze ans d'expérience, dépasse 132 000 € !

Dans une moindre mesure, leur rémunération n'étant pas comparable à celle des actuaires ou des commerciaux, les souscripteurs tirent aussi leur épingle du jeu. « En charge d'accepter ou non la garantie d'un risque, le souscripteur s'occupe de la rédaction de contrats non standards, mais doit aussi participer aux négociations avec les clients. C'est donc devenu un métier très complet et complexe, que les entreprises n'hésitent plus à rétribuer à sa juste valeur », indique la consultante d'Altedia, Cécile Ingremeau.

Obligés de se serrer davantage la ceinture, les autres métiers peuvent toujours compter sur les dispositifs de rémunération variable collective, tels que l'intéressement et la participation, pour compenser une éventuelle perte de pouvoir d'achat. Ainsi, 78% des entreprises interrogées ayant un accord d'entreprise ont versé de l'intéressement en 2012, et 66% de la participation.

 

Le secteur qui reste en pointe pour les avantages

Les cadres ont touché 2 430 € d'intéressement et 1 860 € de participation. Alors que pour les non-cadres, ces montants médians, stables par rapport à 2011, ont été respectivement de 1 550 € et de 1 120 €. Autant dire que pour les salariés, ce sont de bons compléments de rémunération.

« Les dispositifs en périphérie des rémunérations monétaires, tels que l'épargne salariale, l'épargne retraite ou la couverture des frais de santé, sont également davantage répandus dans l'assurance que dans n'importe quel autre secteur », précise Philippe Burger, de Deloitte. Concrètement, 96% des sociétés interrogées ont un Plan d'épargne entreprise (PEE). Et 98% disposent d'un compte épargne temps (CET). Un chiffre qui, tous secteurs confondus, tombe à 78%. Autant dire qu'en dépit de la crise et d'un certain ralentissement dans la progression des rémunérations, les salariés de l'assurance ne sont pas les plus mal lotis.

Selon les derniers chiffres publiés par la Dares, la direction des statistiques du ministère de l'Emploi, le montant du salaire net moyen dans les sociétés d'assurances s'élevait à 3 029 € par mois en 2010. Toutes branches confondues, les banques, établissements financiers et assurances offraient d'ailleurs les salaires moyens les plus élevés cette année-là, avec 2 994 € nets par mois, devant les branches chimie-pharmacie et bureaux d'études. Concernant 2013, les prévisions ne sont pas très optimistes. Selon Altedia, le budget global d'augmentation des sociétés d'assurances sera de 2,1% (en baisse de 0,1 point par rapport à 2012), un taux qui correspond uniquement à l'inflation depuis septembre 2011.

Alors que les négociations annuelles obligatoires commencent à peine, les discussions entre employeurs et représentants du personnel sur les hausses salariales s'annoncent donc tendues. Comme nous le révélions dans le numéro du 16 novembre de L'Argus de l'assurance, une seule entreprise a pour l'instant terminé ses négociations. Et ce n'est pas forcément un bon signe pour le reste du secteur. L'Union de développement social Groupama (UDSG) a en effet proposé d'augmenter le salaire minimal de fonction (SMF) de 1,8% pour 2013 et de 1% pour 2014 et 2015. Proposition refusée par l'ensemble des organisations syndicales représentatives. Qu'importe, l'assureur « vert » a finalement pris une décision unilatérale sur ces revalorisations salariales, applicables dès le 1er janvier 2013.

CÉCILE INGREMEAU, CONSULTANTE RÉMUNÉRATION CHEZ ALTEDIA

« Les hausses de salaires restent modérées »

  • Quelles tendances salariales observez-vous dans l'assurance ?

Malgré un environnement économique morose à la fin de l'année dernière, les entreprises gardent les mêmes pratiques en 2012. Il n'y a pas de gel des rémunérations. Les hausses de salaires restent néanmoins modérées, comparées à celles d'avant la crise financière de 2008. Prudentes, les sociétés privilégient de plus en plus les augmentations individuelles liées aux performances de leurs salariés. Pour autant, contrairement à ce que l'on constate dans les autres secteurs, les entreprises de l'assurance continuent aussi d'accorder des augmentations générales.

  • Comment s'annoncent les budgets prévisionnels de l'an prochain ?

L'incertitude règne pour 2013. Les sociétés de notre panel prévoient un budget global d'augmentation de 2,1%. Cela devrait permettre de couvrir l'inflation, mais pas plus... Elles redoutent notamment l'impact sur leur politique de rémunération de l'augmentation de 8 à 20% du forfait social. Et plus particulièrement sur les plans d'épargne pour la retraite collectifs (Perco) et les plans d'épargne entreprise (PEE), deux dispositifs jusqu'à présent très répandus dans les sociétés d'assurances.

OLIVIER FAROUZ, DIRECTEUR GÉNÉRAL D'ARCA PATRIMOINE

« Être le plus juste possible avec nos salariés »

« Comme la conjoncture est difficile, nous naviguons à vue sur les salaires. Nous sommes extrêmement prudents vis-à-vis des augmentations générales et nous préférons privilégier les primes, en fonction d'objectifs fixés en début d'année. Accorder des primes au cas par cas plutôt que de façon globale, c'est notre façon de gérer la crise. Du coup, aujourd'hui, 60% de nos employés ont à la fois une rémunération fixe et variable. Nous essayons toutefois d'être le plus juste possible avec eux. Malgré la situation économique compliquée, ils conservent ainsi des avantages sociaux comme un contrat de retraite à cotisations définies (« article 83 », NLDR), une mutuelle complémentaire, ainsi qu'une voiture de fonction et un téléphone portable pour les cadres commerciaux. Autre exemple : malgré la fin des exonérations sociales sur les heures supplémentaires, nous avons tenu à maintenir ce dispositif en interne afin que nos salariés ne perdent pas trop de pouvoir d'achat. Même si, au final, cette mesure coûte beaucoup d'argent à l'entreprise. »

MÉTHODOLOGIE

  • Les 17 fiches métier présentent le salaire de base (minimum, médian et maximum) et le salaire total des classes 2 à 7 en 2012.
  • Le salaire de base se définit comme la somme du salaire annuel garanti et des primes fixes (ancienneté, spécialité, treizième mois...).
  • Le salaire total comprend le salaire de base et tous les éléments de rémunération variable (bonus, intéressement, participation).
  • La classe 2 comporte exclusivement des non-cadres.
  • Les classes 3 et 4 rassemblent des non-cadres, les agents de haute maîtrise et les techniciens.
  • La classe 5 constitue le premier niveau d'encadrement (à bac + 2 ou bac + 3 avec expérience, ou cadres débutants à bac + 5 ayant entre de 1 à 3 ans d'expérience).
  • La classe 6 englobe les fonctions d'encadrement intermédiaire (à bac + 4 ou 5 demandant 4 à 7 ans d'expérience).
  • La classe 7 regroupe les fonctions d'encadrement supérieures avec au moins 12 ans d'expérience.

 


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article extrait de l’argus de l’assurance

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