L'assurance s'apprête à sauter sur les actifs des zinzins
Mots clés : - Solvency 2
D'après les statistiques de l'Acam, les placements effectués par les compagnies vie, non-vie et de réassurance représentaient 1 294 MdE fin 2008. Une manne financière dont la gestion s'effectue le plus souvent au sein des groupes d'assurances ou de protection sociale. « Dans un premier temps, la société de gestion est dédiée à leurs besoins propres, puis les sociétés de gestion sont tentées de commercialiser cette expertise à des clients externes au groupe », confirme Muriel Nahmias, responsable des études chez BFinance.
L'externe tôt ou tard
Le degré de maturité de cette activité est très variable d'une entité à l'autre. Certaines sociétés de gestion de groupes d'assurances, comme Axa IM, Allianz GI ou Groupama AM se sont lancées avant les autres. Elles se placent aujourd'hui dans le trio de tête en termes d'actifs gérés pour le compte d'autres institutionnels (voir le tableau ci-contre). « Axa IM, créée il y a quinze ans, est une société indépendante qui effectue exclusivement de la gestion et qui, dès sa création, visait des institutionnels externes au groupe », affirme le responsable des ventes institutionnelles, Jean Pitois.
Ce n'était pas le cas pour Aviva Investors France, qui vient d'en faire un axe de développement et qui veut atteindre 10 MdE d'actifs externes d'ici à trois ans. Generali a lancé cette activité fin 2007. Le monde mutualiste n'est pas en reste. La MGEN a créé Egamo il y a un an, avec une volonté claire de démarcher l'extérieur. « En revanche, si Scor a récemment lancé sa société de gestion d'actifs, HDF Finance, c'est plutôt pour la mettre en situation de fournisseur de services pour les autres entités du groupe », explique Christophe Chouard, son directeur général.
Plusieurs raisons expliquent cette volonté d'ouverture. « Cela démontre à notre maison mère que nous travaillons avec des standards de prestations au meilleur niveau », précise Jean-Marie Catala, directeur du développement de Groupama AM. Autre motif invoqué : « La croissance des encours motive les gérants et permet d'attirer des talents. L'un des premiers critères de bonne santé d'une société de gestion est sa capacité à croître », estime-t-il. Sans compter l'effet de volume, qui diminue les frais sur transactions.
Prédisposition génétique à la prudence
À cela s'ajoute l'opportunité créée par la crise financière. « En tant que société de gestion d'un assureur, nous avons toujours géré des actifs avec une approche prudente et active. L'analyse des fondamentaux des titres et des émetteurs nous semble primordiale. Cela nous a évité d'investir en CDO, CDS et ABS (1), fortement secoués pendant la crise », ajoute Alexandre Gardel, directeur de la clientèle institutionnelle chez Generali Investments France. « Nous sommes prudents vis-à-vis des effets de mode, qui sont souvent éphémères », résume-t-il.
Autre atout des gérants d'actifs venant de l'industrie assurantielle : ils savent gérer à long terme, sous contrainte de passif. C'est inscrit dans leurs gènes. « Nous sommes des congélateurs de plus-values sur le long terme », résume Denis Auclair, chez Allianz GI. Gestion actif-passif, pilotage des plus-values, expertise-comptable sont autant d'arguments qui les différencient, à les entendre, de leurs concurrents généralistes. « Cela nous permet de gagner beaucoup d'appels d'offres », renchérit Jean-Marie Catala, chez Groupama. Vrai ou faux ? « Ces sociétés savent très bien gérer des actifs sous contrainte assurantielle, s'intéresser au résultat comptable au-delà du financier. C'est un savoir-faire spécifique », confirment Samuel Raoul et Olivier Jeseueil, consultants chez BFinance.
Mais cela n'a pas empêché la Banque postale de gérer 70 MdE pour le compte de la CNP, ou la filiale du Crédit agricole, Amundi, de prendre en charge la gestion des actifs de Predica. « Elles ne peuvent prétendre mieux connaître l'allocation actif-passif que leurs consoeurs bancaires, mais elles sont plus rentables », affirme un expert du secteur. « Elles ont mieux résisté à la crise, car elles ont un client captif qui donne une solidité évidente », ajoutent les consultants de BFinance. Ce qui leur permet d'adopter une attitude commerciale assez agressive et d'afficher des frais de gestion faibles, car elles raisonnent en coût marginal.
Poussées par la directive
L'explication de cette offensive vient probablement de Solvabilité 2, qui oblige ces sociétés à remettre à niveau leur informatique afin de produire des reportings plus transparents et détaillés. Un investissement qu'elles ont tout intérêt à mutualiser auprès d'autres sociétés soumises aux mêmes contraintes : mutuelles, institutions de prévoyance, caisses de retraite et fonds de pensions, dans toute l'Europe.
1. CDO : Collateralized Debt Obligation, obligation adossée à des actifs ; CDS : Credit Default Swap, couvrant un risque de défaut de paiement d'un crédit ; ABS : Asset Backet Securities, outil de titrisation à l'exemple des crédits hypothécaires américains.







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