A la Une : les assureurs investissent le système de santé

A la Une : les assureurs investissent le système de santé

Foin des applications gadgets ! Les acteurs de la complémentaire santé développent de nouveaux services à forte valeur ajoutée médicale. Ce qui n’est pas sans susciter des réactions au sein des professionnels de santé.

Attention, terrain sensible. Le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) n’a pas attendu qu’Axa France rende public, début mai, son service de téléconsultation médicale pour interpeller, dès mars, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, sur ce type de projet (lire ci-dessous). Si la réaction de l’Ordre a été si rapide, c’est que l’organisme pressent bien que l’initiative de la compagnie ne restera pas isolée. L’assurance complémentaire qui finance environ 15 % de la dépense de santé – mais près de 50 % des soins courants – a, en effet, décidé d’investir l’organisation du système de soins. « La légitimité d’un assureur santé est davantage dans les services à forte valeur ajoutée que dans le bien-être et les gadgets », décrypte Diane de Bourguesdon, responsable du pôle digital health du cabinet jalma. De façon progressive, Axa va donc inclure dans tous ses contrats collectifs, à partir du 1er juin, la possibilité pour les salariés de consulter 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, un médecin par téléphone. Dans le même temps, le Groupement militaire de prévoyance des armées (GMPA), association souscriptrice de contrat de groupe, vient d’étendre à tous ses adhérents un service de conseil médical en ligne, via la start-up MédecinDirect qui affirme avoir une quinzaine de clients dans le monde de l’assurance santé. La MGEN travaille à un projet de télémédecine concernant le risque cardio-vasculaire et CNP Assurances teste auprès de 20 000 salariés la prise de rendez- vous chez un spécialiste en moins de 72 heures (lire interview : « Nous devons aller plus
loin dans l’accompagnement
de nos assurés »).

57 jours

Le temps moyen d’attente sur le territoire national pour décrocher un rendez-vous chez un gynécologue. Source : étude Ifop/jalma

4 500 €

Le coût mensuel de l’abonnement du GMPA au service MédecinDirect pour 300 000 adhérents. Source : GMPA

Effet de mode ou changement en profondeur ?

Ce mouvement répondrait à des besoins. « Lorsqu’Axa interrogeait ses assurés sur leurs attentes, leur première réponse était de pouvoir joindre facilement un docteur pour une véritable consultation en l’absence de leur médecin traitant », explique Hervé Franck, directeur au sein de la coordination de l’activité santé d’Axa France. Si un décret de 2010 a autorisé la télémédecine, la compagnie aura mis un peu de temps à ficeler ce projet, qui exigeait le feu vert de la Cnil et une contractualisation avec l’Agence régionale de santé. « La santé n’échappera pas à la digitalisation des services et toutes les enquêtes montrent l’intérêt des assurés pour tout ce qui pourrait apporter davantage de fluidité au parcours de soins. Si les assureurs complémentaires santé ne proposent pas ces services, d’autres le feront, avec des enjeux majeurs en terme de données et de big data », poursuit Diane de Bourguesdon, qui évoque également leur rôle de « facteur différenciant important » dans une activité de la complémentaire santé extrêmement réglementée. Sans parler du nouveau cadre des recommandations dans les branches professionnelles qui incite au développement de services de prévention.

Le champ des possibles est donc ouvert. Marc Guillemot, cofondateur de MédecinDirect, évoque l’utilisation des objets connectés pour créer des services de télémonitoring dans le cadre des maladies chroniques : « Cela peut contribuer à réduire les hospitalisations. » Le GMPA promet pour septembre une application qui pourra se « connecter » au conseil médical en ligne, déjà en place. « L’un des premiers modules concerne le suivi gynécologique des femmes, car des besoins de prévention ont été identifiés lors d’une enquête réalisée à l’initiative du ministère de la Défense », précise Patrick Felten, secrétaire général du GMPA. L’assurance santé vise bien là où l’assurance maladie obligatoire est à la peine. « Notre rôle est d’accompagner nos adhérents. Lorsqu’il faut trois mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, un conseil médical peut rassurer », poursuit Patrick Felten. Améliorer, donc, mais pas concurrencer le système médical existant… « La téléconsultation d’Axa se veut un relais dans les situations où le médecin traitant est difficilement joignable… Notre propos n’est pas de gérer des urgences, mais de prendre en charge des affections bénignes afin d’éviter qu’elles s’aggravent », ajoute Hervé Franck. Des discours qui ne convainquent pas une partie du corps médical. Dans un communiqué, l’un des principaux syndicats médicaux, la CSMF, qualifie l’initiative d’Axa de « véritable déclaration de guerre à l’encontre des médecins généralistes libéraux » et « condamne la vision de la santé d’Axa qui transforme l’avis médical en banal bien de consommation […] ». Les prochaines élections professionnelles et le combat contre le tiers payant généralisé ne sont sûrement pas étrangers à la vigueur de cette réaction, au regard du propos de l’Ordre, bien plus mesuré.

Assureurs santé vs médecins ?

Cela dit, l’hostilité d’une partie du corps médical n’est pas à sous-estimer. Les médecins en particulier et les professionnels de santé en général perçoivent toute incursion des assureurs santé dans leur pré carré comme une atteinte à leur indépendance. Pour preuve, leur combat contre les réseaux de soins n’a réellement jamais cessé (lire ci-dessus). La ministre de la Santé s’est d’ailleurs bien gardée de prendre position. « à terme, les freins sauteront, les utilisateurs auront le dernier mot », estime Diane de Bourguesdon. De fait, l’opinion publique ne s’est pas montrée hostile au projet de téléconsultation de l’assureur qui avait essuyé bien plus de critiques lors de l’opération menée avec Withings au printemps 2014. Celle-ci visait pourtant juste à encourager l’activité physique… Et surtout rien de comparable avec le tollé suscité, en 2006, par la révélation dans la presse du projet Excellence santé d’AGF. Un contrat haut de gamme qui offrait des « coupe-files » pour consulter les meilleurs praticiens, un service qui n’a finalement jamais vu le jour !

face à face

«Une pratique qui va dans le sens de l’histoire », Marc Guillemot cofondateur de MédecinDirect

« La télémédecine, désormais encadrée par le décret de 2010, répond à de véritables besoins. Alors que l’accès à des spécialistes pose toujours problème dans certaines régions, la consultation et le conseil à distance peuvent éviter, dans de nombreux cas, le recours aux urgences. Ce sont également des outils d’aide à la prévention qui, couplés aux objets connectés, peuvent réduire les hospitalisations pour les patients souffrant de maladies chroniques. L’accès à la médecine via des contrats d’assurance va dans le sens de l’histoire. C’est un autre moyen d’entrer dans le parcours de soins qui ne remplacera jamais le médecin traitant. Tous les médecins de notre plateforme sont des praticiens libéraux, au contact quotidien des patients, c’est un élément fondamental. »

« Il faut un vrai débat citoyen », Jacques Lucas vice-président du Conseil national de l'Ordre des médecins

« Les initiatives des assureurs sur la téléconsultation ou le téléconseil médical nous interrogent. Elles induisent une régulation privée de l’accès aux systèmes de soins et pourraient mettre à mal l’indépendance professionnelle des médecins, comme on peut le voir dans d’autres pays à l’instar de la Suisse. Le système de santé va mal et l’assurance maladie complémentaire, qui n’entend plus être un payeur aveugle, saisit ce moment opportun pour faire irruption. Le conseil de l’Ordre n’est pas dans l’opposition systématique et partisane, mais il juge nécessaire d’engager un vrai débat citoyen sur l’évolution de la médecine de premier recours et la place des complémentaires. Quel système voulons-nous ? Cela relève d’un vrai choix politique qui doit être explicite. »

Réseaux : les professionnels de santé ne désarment pas

Malgré la loi dite « Le Roux » censée leur donner un cadre juridique clair, ainsi qu’un avis de l’Autorité de la concurrence qui leur est favorable – sans parler de la jurisprudence de la Cour de cassation –, les réseaux de soins des organismes complémentaires restent un sujet de tension avec les professionnels de santé. La preuve par le nouveau contentieux qui a éclaté avec, d’une part, des plaintes ordinales de dentistes membres de la Fédération des syndicats dentaires libéraux (FSDL) contre des praticiens membres du réseau de Santéclair et, d’autre part, un recours de Santéclair contre la FSDL auprès de l’Autorité de la concurrence, le 6 août 2014, et une assignation devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris le 29 janvier 2015 pour boycott. La CNSD, syndicat majoritaire des chirurgiens-dentistes, est entrée dans la danse, déposant plainte contre Santéclair devant l’Autorité de la concurrence.

Laure Viel

Ces nouveaux services

  • Téléconsultation et téléconseil médical.
    Pour l’Ordre des médecins, pas vraiment de différence entre les deux. Axa, GMPA, April et Sogecap entre autres proposent ce type de services en s’appuyant sur des sociétés prestataire type MédecinDirect ou des assisteurs (Axa assistance, Mondial assistance...).
  • Télémonitoring.
    Ce type de projet associe conseil médical et objets connectés, notamment pour le dépistage et la prévention des maladies chroniques. MGEN a ainsi un projet de télémédecine sur le risque cardiovasculaire.
  • Accès aux professionnels de santé.
    CNP Assurances teste auprès de 20 000 assurés la possibilité d’obtenir un rendez-vous auprès d’un spécialiste en moins de 72 heures et un bilan médical en moins de 15 jours.
  • Santé en entreprise.
    Certaines offres intègrent des diagnostics poussés, voire du dépistage de certaines affections.

La légitimité d’un assureur santé est davantage dans les services à forte valeur ajoutée que dans le bien-être et les gadgets.

Diane de Bourguesdon, cabinet jalma

Le propos n’est pas de gérer des urgences, mais de prendre en charge des affections bénignes afin d’éviter qu’elles s’aggravent.

Hervé Franck, directeur au sein de la coordination de l’activité santé d’Axa France

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