Auto, MRH : le piège de la hausse des tarifs

Auto, MRH : le piège de la hausse des tarifs

La sinistralité climatique a pesé sur les résultats techniques des assureurs dommages en 2018. Une hausse des coûts qui devrait se traduire par une revalorisation tarifaire l’an prochain. Mais les marges de manœuvre sont limitées... Par Aurélie Abadie et Sébastien Acedo.

Les tarifs de l’assurance dommages seront, à nouveau, orientés à la hausse en 2019. Des augmentations comprises en moyenne entre 1 et 2 %, selon les estimations de Facts&Figures. Le cabinet Actuaris table, de son côté, sur une hausse comprise entre 1,5 et 2 % en automobile et de 2,5 à 3 % en MRH. L’année qui vient de s’écouler a, en effet, été marquée par une série d’événements climatiques – tempêtes, inondations, grêle, sécheresse – qui ont fait grimper la sinistralité en auto, mais encore davantage en habitation. Une hausse du coût du risque que les assureurs dommages devraient répercuter sur les tarifs qu’ils pratiquent.

La prime pure, c’est-à-dire le coût réel du risque (lire l’encadré, page suivante), devrait augmenter de 1,3 % en auto entre 2018 et 2019, selon Actuaris. Les assureurs auto sont, en effet, confrontés à la hausse du coût moyen des sinistres (+ 4 % par an pour le bris de glace), dû à la flambée du coût des réparations. Le prix moyen des pièces augmente plus vite que l’inflation (+ 1,8 % sur un an, selon Actuaris), en raison notamment de la technologie embarquée dans les véhicules. De plus, les inondations survenues en janvier et en février derniers ont entraîné une hausse des pertes totales de véhicules, impactant à la hausse la garantie dommages (+ 1,5 %).

Source de l'infographie ci-dessus : Actuaris

Sinistralité climatique

Alors que la fréquence des sinistres automobiles a tendance à se stabiliser depuis 2015, 2018 a, par ailleurs, été marquée par une recrudescence de la sinistralité en dommages et bris de glace, du fait des épisodes d’orages et de grêle des mois de mai et juin. Ce phénomène est toutefois compensé par la hausse du prix de l’essence qui, associée à une météo défavorable, a réduit le nombre de kilomètres parcourus par les Français, et donc la fréquence des accidents. En vigueur depuis le 1er juillet, la limitation de vitesse à 80 km / h sur les routes secondaires devrait, elle aussi, contribuer à réduire le nombre d’accidents, notamment corporels, estime Actuaris. Par prudence, les actuaires misent toutefois sur « une stabilisation » de la fréquence en 2019. La sinistralité climatique exceptionnelle de 2018 a fait grimper le nombre d’incendies et de dégâts des eaux. La prime pure en assurance habitation devrait donc augmenter de 4 %. Outre ces événements climatiques, l’assurance habitation pâtit, depuis plusieurs années, de la hausse des coûts dans le bâtiment, tirée à la fois par le prix des matériaux et les coûts salariaux. L’indice de la Fédération française du bâtiment progresse ainsi de 2,9 % et l’indice des prix d’entretien et d’amélioration (Ipea), pour l’artisanat, de 1 %. Et encore, ces chiffres ne tiennent pas compte de l’impact de la convention Irsi, qui remplace la convention Cidre pour les logements collectifs ; elle devrait avoir un impact de 20 à 30 % sur le coût des dégâts des eaux, estime Actuaris.

Compagnies et mutuelles d’assurance disposent donc d’arguments techniques pour appliquer des hausses de tarifs à leur portefeuille – le ratio combiné auto et MRH flirte avec les 100 % depuis 2008 – mais ces dernières se heurtent à des réalités commerciales plus sévères. Il est, en effet, peu probable que les assurés acceptent des augmentations d’une telle amplitude (supérieures à 2 %), l’asdans un contexte où la loi Hamon facilite les résiliations au-delà d’un an. « Les clients n’hésitent plus à résilier leur contrat pour aller écouter les sirènes de la concurrence. Cette rotation accrue des portefeuilles pénalise la croissance des primes moyennes. Les promotions du type 2 à 3 mois gratuits à la souscription tirent les primes des affaires nouvelles à la baisse », souligne Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts&Figures.

De ce point de vue, l’assurance auto et MRH pâtissent du même phénomène que l’industrie du luxe : l’érosion de leur pricing power, c’est-à-dire la capacité d’un marché à augmenter ses prix sans que cela n’affecte la demande. Il leur est désormais difficile d’appliquer des augmentations tarifaires sur leur portefeuille auto et MRH dans un souci de préservation de leur rentabilité sans que cela ne se traduise par une contraction de la demande. La raison : la guerre commerciale à laquelle se livrent assureurs, mutuelles d’assurance et bancassureurs sur deux marchés hautement stratégiques dans la course au multiéquipement et à la saturation des portefeuilles. La pression déflationniste entraîne, en effet, des affaires nouvelles aux encaissements plus faibles, renforçant mécaniquement le poids de la sinistralité brute.

La prime d’assurance, de quoi parle-t-on ?

La prime d’assurance, ou cotisation pour les mutuelles, est la contribution que verse l’assuré à l’assureur en échange de la garantie qui lui est offerte. Cette prime commerciale est calculée sur la base de la prime pure, c’est-à-dire le coût réel du risque pour l’assureur, qui est fonction de la fréquence et des coûts moyens des sinistres. Pour obtenir le montant demandé à l’assuré, s’ajoutent à cette prime pure : les coûts de la réassurance, les commissions et frais de gestion, les taxes, sans oublier le taux de marge des assureurs.

Limiter les rotations de portefeuilles

Dans ce contexte, les acteurs du marché s’efforcent de limiter les rotations de portefeuille. « Les mutuelles sans intermédiaires ont travaillé leur structure de coûts (réduction des budgets publicitaires, réorganisation…) pour tenir leur positionnement tarifaire face à l’industrialisation des bancassureurs », souligne Cyrille Chartier-Kastler. À l’inverse, les agents généraux, pour qui les dommages aux particuliers représentent en moyenne 63 % des commissionnements, accusent une perte de vitesse. Ces derniers, qui voient leurs parts de marché reculer en auto comme en MRH, disposent de peu de leviers tant le niveau de primes hors taxe pratiqué reste nettement supérieur à la moyenne du marché. « Les hausses tarifaires importantes pratiquées par les compagnies mandantes ne compensent plus la perte de chiffre d’affaires des contrats résiliés », conclut Cyrille Chartier-Kastler.

Source de l'infographie ci-dessus : Actuaris

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