Cambriolages : La prévention point faible

Les statistiques 2012 du ministère de l'Intérieur montrent une nouvelle croissance du nombre de cambriolages en France. Ce phénomène pèse sur les tarifs des contrats habitations. Mais les actions de prévention demeurent bien timides.

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Cambriolages : La prévention point faible

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, un cambriolage a lieu toutes les deux minutes, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur. Les assureurs, en première ligne, parlent de « tendance de fond ». Aviva affiche ainsi une hausse de 26% du nombre de sinistres vols entre 2008 et 2011, même envolée à la Maif entre 2007 et 2012, soit une augmentation de 65% en termes de charge de coût sur cinq ans. À la Macif, sur la seule année 2011, on reconnaît une augmentation des cambriolages de 12,5% par rapport à 2010. Rien d'étonnant, à en croire Antoine Mattéi, directeur du marché IARD particuliers d'Axa, et aussi président du comité statistiques de la FFSA, qui note depuis 2009 une croissance d'environ 10% par an du nombre de cambriolages en France : « Les estimations pour 2012 font état d'une légère amélioration (+ 5 à 6% seulement), mais la tendance reste à la hausse et il n'y a aucune raison pour que cela change en 2013. »

Un impact direct pour les assureurs

  • 202 000 cambriolages en 2012 sur les zones police, dont 132 000 touchant l'habitation principale.
  • + 2,2% par rapport à 2011.
  • + 33,2% depuis 2007.
  • 150 700 cambriolages en 2012 sur les zones gendarmerie, dont 86 240 touchant l'habitation principale.
  • + 11% par rapport à 2011.
  • + 69,5% depuis 2007. Source : ministère de l'Intérieur
Les raisons de cette recrudescence ? Elles sont diverses. « Le contexte de crise n'aide pas, il est propice aux incivilités, et cela ne favorise pas la stabilité des cotisations », estime Floreal Sanchez, chargé de mission IARD à la Macif. Mais il faut également compter avec le prix des métaux précieux, notamment l'or, qui atteint des sommets. « Il y a trente ans, on volait des meubles dans les maisons de campagne. Aujourd'hui, ce sont surtout les bijoux et les appareils high-tech, qui se situent plutôt dans les résidences principales », constate Philippe Goanvic, expert en objets d'art à la Maif. Antoine Mattéi ajoute : « Compte tenu des avancées techniques en matière d'alarme et de télésurveillance, les voleurs ont de moins en moins de temps pour voler, en-viron une dizaine de minutes. Ils prennent donc en priorité ce qui est petit et cher. » « Les zones géographiques les plus touchées sont l'Ile-de-France et le pourtour méditerranéen, ainsi que les grandes zones urbaines, mais la taille de l'habitation est également un point discriminant », complète Frédéric Artru, directeur de l'offre dommages aux particuliers d'Aviva.

Prévenir plutôt que guérir

  • + 17% La hausse des indemnisations versées par les assureurs pour des cambriolages Source : FFSA-Gema, chiffres 2011
Logiquement, les assureurs subissent directement l'impact de cette recrudescence des vols. « En moyenne, les vols représentent 15% de la charge totale des sinistres habitation. Avec une fréquence des cambriolages en hausse de 30% en trois ans, on ne peut pas nier que ce phénomène participe à la hausse des tarifs habitation », reconnaît Antoine Mattéi. D'une même voix, tous insistent pourtant sur le fait qu'il ne faut pas imputer aux seuls cambriolages cette hausse de tarifs. « Des événements climatiques majeurs qui arrivaient auparavant tous les dix ans sont devenus annuels ou bi-annuels. La vague de froid aumois de février 2012 a coûté 500 M€ au marché », précise ainsi Antoine Mattéi. Un avis partagé par Floreal Sanchez, qui estime que « l'hiver dernier a entraîné de nombreux in-cendies dus au surchauffage puis d'importants dégâts des eaux au moment du dégel, dans des proportions rarement atteintes ».

LES MAISONS EN PREMIÈRE LIGNE

  • L'Ile-de-France et Paca connaissent une fréquence de cambriolages 2 fois plus élevée que les autres régions.
  • Les maisons se font cambrioler 30% plus souvent que les appartements (source : Axa).
  • On compte un cambriolage toutes les 2 minutes.
Pour autant, même si la recrudescence des cambriolages n'est pas seule en cause de l'augmentation de la sinistralité, la question de la prévention des cambriolages reste cruciale. Des simples conseils aux obligations contractuelles, chaque assureur mène sa propre politique préventive pour tenter de réduire la sinistralité. Du côté des mutuelles sans intermédiaires, c'est plutôt l'incitation qui prévaut. « En tant que mutuelle, nous attendons de nos sociétaires qu'ils gèrent le risque en " bon père de famille ". Nos conditions générales précisent que les moyens de protection à leur disposition (serrures, volets...) doivent être bien utilisés. Logiquement, en cas d'inobser-vation de ces mesures de sécurité ayant facilité le vol, nous ne couvrons pas les dommages », explique-t-on à la Macif.

Pour aider les assurés à prendre les bonnes mesures, les outils apparaissent souvent désuets : articles dans les magazines clients, lettres conseils envoyées avant les périodes critiques (vacances d'été et fêtes de Noël), fiches prévention qui conseillent par exemple de « prendre des photos des biens et de les stocker avec les factures dans un endroit sûr ».

Avec son « cambriomètre », la Maif a fait preuve d'originalité : mis en place depuis six ans, cet outil original permet d'évaluer la vulnérabilité de son immeuble en répondant à un petit questionnaire. Mais là encore, il s'agit surtout de sensibiliser.

"Aujourd'hui, on vole surtout les bijoux et les appareils high-tech, qui se situent plutôt dans les résidences principales."

Philippe Goanvic, expert en objets d'art à la Maif



Du côté des compagnies, les conditions d'acceptation de la garantie sont plus strictes. Elles opèrent une sélection des risques à la souscription, en fixant différents niveaux de sécurité. Les conditions sont plus souples pour une maison principale que pour une résidence secondaire, par définition moins souvent occupée, et elles se renforcent après un premier cambriolage. « En fonction de la localisation géographique et de la valeur des biens à assurer, nous exigeons des moyens de protection spécifiques, par exemple une porte blindée, des barreaux ou des volets sur certains vitrages facilement accessibles. L'agent général qui visite l'habitation a un rôle de conseil primordial », estime Antoine Mattéi (lire encadré).

"Je visite toutes les habitations avant de souscrire, pour me rendre compte de la configuration des lieux, évaluer les biens et m’assurer que des mesures de sécurité ont été prises. le plus souvent, les assurés suivent mes indications: ils savent que c’est dans leur intérêt."

rémi Valabregue, agentAxaàAvignon



Mettre les assurés devant leurs responsabilités

Le plus souvent, un système de « règle proportionnelle » ou de franchise est appliqué. Ainsi, la plupart des contrats précisent qu'en cas d'absence de plus de vingt-quatre heures, l'assuré doit fermer ses volets et ne pas laisser ses clés à proximité (paillasson, boîte aux lettres...). En cas de manquement, une règle proportionnelle peut s'appliquer et l'assureur ne remboursera qu'une partie du montant du sinistre. Chez Aviva, « le niveau de protection ne change pas le niveau de la franchise, mais l'assuré a la possibilité de modifier la franchise de base, en la rachetant ou en demandant une franchise supérieure », explique Frédéric Artru, qui précise qu'un mois gratuit est offert à la souscription si la résidence est équipée d'une alarme ou d'un système de télésurveillance. À la Macif, l'assuré n'aura aucun reste-à-charge s'il a installé une alarme, mais une franchise (adaptée aux montants des biens mobiliers assurés) sera due dans le cas contraire. Une façon d'inciter sans obliger... « Une alarme n'est pas la panacée, mais elle réduit l'intensité des dommages, car le voleur a moins de temps et est psychologiquement plus stressé », estime Sandrine Lechien, spécialiste des garanties MRH à la Maif.

"en auto, le nombre de sinistres est en baisse de l’ordre de 8 à 10% depuis plusieurs années, grâce à l’amélioration des technologies. le problème en habitation, c’est que ce sont les assurés qui doivent faire cet effort de protection."

Antoinemattéi, directeur dumarché IArdparticuliersd’Axa et présidentducomitéstatistiquesde laFFsA



Tous ces éléments contractuels visent le même objectif : inciter les assurés à prendre eux-mêmes les mesures adéquates. Mais cela a un coût, souvent non négligeable : de 20 à 40 € par mois pour une alarme par exemple, dépense que les assureurs, surtout les mutualistes, n'osent pas toujours « imposer » à leurs clients. Antoine Mattéi conclut : « Il est intéressant de constater qu'en auto, la tendance est inverse : le nombre de sinistres est en baisse régulière de l'ordre de 8 à 10% depuis plu-sieurs années. Cela s'explique en partie par l'amélioration des technologies, notamment l'électronique embarquée, qui rendent de plus en plus difficiles aujourd'hui les vols de voitures. Mais le problème en habitation, c'est que ce ne sont pas les constructeurs mais bien les assurés qui doivent faire cet effort de protection. Tout l'enjeu est là... »

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