Classement santé 2018 : le peloton s'étire

Classement santé 2018 : le peloton s'étire

L’apparition de grands groupes mutualistes bouscule la hiérarchie du marché de la santé. Mais l’ANI a également creusé les écarts, avec de bonnes performances des compagnies et bancassureurs.

S’il fallait commenter l’édition 2018 du Top 30 de la santé à la manière d’une course cycliste, l’événement serait l’échappée en solitaire du groupe Vyv qui vient de creuser l’écart avec un groupe d’une dizaine de poursuivants, tandis qu’un décrochage se fait sentir au-delà du milieu du classement. En d’autres termes, la concentration du marché de la complémentaire santé est devenue une réalité mesurable. Il y a dix ans, les cinq leaders d’alors (Harmonie Mutuelle, Groupama, Axa, MGEN et Pro-BTP) cumulaient 25 % d’un marché de 27,3 Md€. Il y a cinq ans, le poids des cinq premiers passait à 32 % du marché. Cette année, il atteint 35 %. Et si tous les projets de rapprochements connus aujourd’hui se réalisaient du jour au lendemain, le club des cinq représenterait près de la moitié du marché ! Autres signes de cette concentration, la taille et le poids des plus grands opérateurs : il y a dix ans, ils n’étaient que six à franchir la barre du milliard d’euros de chiffre d’affaires – le premier frôlant les 1,6 Md€. Aujourd’hui, ce nombre a doublé. Et, il y a dix ans toujours, le Top 30 représentait 68 % du marché de la complémentaire santé. Aujourd’hui, il en concentre 85 %.

Hiérarchie bousculée

Si les mouvements restent imputables aux acteurs paritaires et surtout mutualistes – le nombre de mutuelles de livre II contrôlées par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est passé de 1 070 en 2007 à 421 en 2017 –, le phénomène prend cette année un relief particulier. Outre la constitution du groupe Vyv, dont les deux piliers sont Harmonie Mutuelle et la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, la hiérarchie est bousculée par l’entrée au 4e rang d’Aesio, issu du rapprochement des mutuelles Apréva, Adréa et Eovi-MCD. Autre nouvel entrant, le groupe Ugo, qui réunit le paritaire Uniprévoyance et la mutuelle Smatis – et doit être rejoint cette année par la Mutuelle des chambres de commerce et d’industrie (MCCI) – se faufile au 21e rang.

Ni Vyv ni Aesio n’ont fini leur croissance. Le premier « s’affirme comme un groupe ouvert », comme le déclare François Venturini, son directeur général. « La dynamique de notre projet en fait un vrai pôle d’attraction pour des acteurs mutualistes et de l’économie sociale », ajoute-t-il. Ainsi, des schémas de partenariat entre Vyv et la Maif sont notamment à l’étude. Quant à Aesio, il a officialisé, le 12 janvier 2018, ses fiançailles annoncées l’an dernier avec Macif. Une semaine plus tard, AG2R La Mondiale et Matmut en faisaient autant. Puis, en avril, le groupe paritaire confirmait la tenue de discussions – non exclusives – avec La Mutuelle générale, toujours en quête d’un partenaire depuis l’échec de son rapprochement avec Malakoff Médéric. En mars, ce dernier annonçait un projet de rapprochement avec Humanis

Les grandes manoeuvres sont donc loin d’être terminées chez les acteurs paritaires et mutualistes. « Il y a un sujet de taille critique. Nous considérons que nous avons besoin de croître sur le marché de la santé, et les rapprochements sont nécessaires pour amortir les investissements dans une logique d’industrialisation des services. Ils nous permettent de mieux peser dans les négociations », explique Philippe Dabat, directeur général délégué d’AG2R La Mondiale. Et aussi de construire des groupes diversifiés face aux assureurs.

Xavier Toulon, associé au cabinet Joxa
« Une prime aux réseaux commerciaux »

«?Le classement montre une prime en faveur des acteurs qui ont une forte présence commerciale, un réseau important et sont multimétiers, comme les assureurs et bancassureurs. Nous constatons aussi que certains acteurs, comme Malakoff Médéric, tirent leur épingle du jeu, certainement grâce au courtage. En revanche, à quelques exceptions près, la situation paraît plus difficile pour les mutuelles, dont beaucoup ont un portefeuille d’adhérents vieillissant. Au-delà de ces différences, il y a pour toutes les familles d’acteurs un enjeu de coûts de gestion. Malgré l’informatisation, ces derniers n’ont pas diminué depuis quinze ans. Les évolutions réglementaires incessantes ne contribuent pas à réduire ce poste. Et dans un contexte d’intensification de la concurrence, les coûts d’acquisition ont même augmenté. C’est un problème pour les acteurs qui vendent presque exclusivement de la santé. Certains risquent de se développer à perte. »

 

Gagnants et perdants

Si les acteurs non lucratifs sont les champions incontestés de la croissance externe, l’état des lieux est beaucoup plus contrasté en matière de croissance organique. Sur un marché de la complémentaire, en croissance de 2 % en 2017 selon les données du Fonds CMU-C, les assureurs et bancassureurs affichent globalement de meilleures performances que les paritaires et mutualistes, à l’exception d’Aesio dont la progression à deux chiffres est imputable à des succès commerciaux sur le marché de la santé collective.

De toute évidence, la généralisation de la complémentaire santé a fait des gagnants et des perdants. Même si ses impacts ont été plus progressifs que prévu, le transfert du marché de l’individuel vers le collectif est aujourd’hui chiffrable. Sur le périmètre du Top 30, les contrats individuels représentaient, en 2017, 53 % du marché et les contrats collectifs 47 %. Il y a dix ans, cette proportion était de 60 % et 40 %, selon les données de la Drees (ministère de la Santé).

Les accords collectifs finiront-ils par dépasser les contrats individuels ? Ce n’est pas certain, car le gros des parts de marché à prendre sur les TPE et PME a déjà été conquis, et les dispenses d’affiliation se raréfient au fil du temps. Dominique Nadal, directeur commercial d’Axa Santé, pense que « les positions post- ANI sont aujourd’hui stabilisées ». « Tout le monde avait surestimé le transfert vers le collectif, mais le marché de la santé individuelle est en train de se rééquilibrer et nous y croyons toujours beaucoup, en particulier sur les TNS et les séniors », ajoute-t-il.

Tension sur les prix

Les assureurs ont également, comme le note Dominique Nadal, « bénéficié de la fin des clauses de désignation ». Une échéance qui a rendu le marché particulièrement actif – Agrica indique avoir enregistré son plus important volume d’appels d’offres – surtout au deuxième semestre et exacerbé encore concurrence et tension sur les prix en collective. « Les entreprises regardent de plus en plus étroitement le poste complémentaire santé. Depuis quelques années, chez les grands clients, les acheteurs sont systématiquement autour de la table pour négocier, alors qu’il y a quelques années, il n’y avait que les partenaires sociaux et les ressources humaines », remarque Philippe Dabat. Maintenant que les cartes semblent rebattues, l’enjeu majeur pour les complémentaires santé sera, comme le note La Mutuelle générale, « l’optimisation des frais de fonctionnement et l’anticipation des besoins du client par le développement d’une offre de services innovants ». Les gagnants de demain seront peut-être ceux qui trouveront – enfin – le bon modèle économique pour les services.

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