Crise financière : « Non, l'assurance ne crée pas de risque systémique »

Si la nouvelle dépréciation de la dette grecque fragilise le secteur de l'assurance, celui-ci se défend avec vigueur de représenter un risque systémique. Les enjeux sont lourds : une telle classification conduirait à un renforcement des obligations de fonds propres pour les acteurs du secteur.

À l'issue d'une énième séance de négociations marathon, les créanciers privés de l'État grec ont accepté, le 20 février, d'effacer jusqu'à 107 Md€ de leur prêt. Au final, la facture représentera, pour les banques, fonds de pensions... et assureurs, détenteurs de la dette grecque, une perte sèche de plus de 70%. Pas forcément une bonne nouvelle pour le secteur de l'assurance, et notamment pour Groupama que le dossier grec a déjà fragilisé...

La situation dans la zone euro montre que les assureurs ne sont pas immunisés contre les crises systémiques, dont les conséquences sont très étroitement examinées depuis le début de la crise mondiale, en 2008, qui avait vu disparaître la banque américaine Lehman Brothers et s'embraser toute la sphère financière. Selon la définition retenue dans le rapport remis au ministre des Finances par Jean-François Lepetit, président du Conseil national de la comptabilité, le risque systémique est un « risque de dégradation brutale de la stabilité financière, provoqué par une rupture dans le fonctionnement des services financiers et répercuté sur l'économie réelle ».

LES TROIS CRITÈRES DU RISQUE

Critères d'identification des firmes et marchés d'importance systémique, selon le Fonds monétaire international (FMI), la Banque de règlement des différents (BRI) et le Conseil de stabilité financière (FSB)

LA TAILLE L'entreprise présente (dans et hors bilan) un volume financier important qui, en cas de défaut, peut menacer la stabilité financière globale.

L'ABSENCE DE SUBSTITUABILITÉ La disparition d'une entreprise irremplaçable met en danger l'équilibre du système financier.

L'INTERCONNEXION Les difficultés d'une entreprise peuvent entraîner un effet domino du fait de ses liens directs ou indirects avec beaucoup d'autres entreprises du secteur.

 

Convaincre avant l'échéance du 1er janvier 2013

Or, aujourd'hui, non seulement les assureurs peuvent en être les victimes, mais ils sont suivis de près par plusieurs instances internationales, dans le but de déterminer si eux-mêmes pourraient un jour être à l'origine d'un tel phénomène. Les débats font rage entre le Financial Stability Board (FSB) et l'industrie de l'assurance, vent debout pour défendre ses intérêts. « Si nos activités peuvent subir l'impact d'une crise systémique, elles ne peuvent pas en être à l'origine ni même la transmettre », soutient Denis Kessler, PDG de Scor SE.

Trois critères principaux ont été déterminés par le FSB et le FMI, pour identifier les établissements financiers pouvant représenter un risque systémique. À ce stade, le FSB a listé 29 banques au niveau mondial (dont la Société générale) remplissant ces critères, qui se voient obligés d'accroître leurs fonds propres de 1 à 2,5 points. Mais il n'a pas encore définitivement statué sur le sort des assureurs.

Le temps presse, car les dispositions sont destinées à entrer en vigueur au 1er janvier 2013. « Ce sera toute la difficulté en 2012 : amener le FSB à comprendre les spécificités de notre secteur », confirme Jérôme Hamilius, directeur des affaires européennes et institutionnelles d'Axa, qui a participé aux travaux de l'Association de Genève, dont le rapport a été publié début février. Il poursuit : « On observe que le premier assureur en termes de chiffre d'affaires arriverait au 35e rang de la liste des 29 banques retenues par le FSB. En termes de capitalisation, la première banque représente le même volume que dix assureurs ensemble. Le critère de taille, qui, d'ailleurs, n'est pas pertinent, n'est donc pas applicable aux sociétés d'assurances. » Le facteur temps est aussi un critère essentiel à prendre en compte. « Quand une banque est sur le point de faire faillite ou d'avoir de grandes difficultés, les parties prenantes doivent intervenir très vite, et, souvent, les politiques s'emparent du dossier. Cela n'est pas du tout le cas dans l'assurance », illustre Jérôme Hamilius.

LA RÉPONSE DES ASSUREURS

LA DIVERSIFICATION Le modèle économique de l'assurance repose sur la diversification et la mutualisation des risques.

LA CONCURRENCE Quand un acteur disparaît, il est très vite remplacé, et les assurés sont protégés.

LE FINANCEMENT Les assureurs sont peu interconnectés entre eux et ont peu de liens avec les autres acteurs de la sphère financière.

 

Le régime prudentiel aux États-Unis très différent de Solva 2

Reste le contre-exemple régulièrement bran-di d'AIG, sauvé in extremis par le gouverne-ment américain en 2008. Certes, il s'agissait bien d'un groupe d'assurances, mais le secteur relève que ce sont ses activités purement financières, et non d'assurances traditionnelles, qui l'ont fait trébucher. « Donc, si l'objectif est réellement de contrôler ce qui est systémique ou non, il faut regarder dans les bilans », conclut Jérôme Hamilius. C'est d'ailleurs l'un des objectifs de Solvabilité 2, souligne la profession.

S'ils se battent autant, c'est que les assureurs craignent de se voir imposer, à l'instar des banques, une nouvelle surcharge en capital, d'ailleurs bien difficile à déterminer. « Les banques ont un standard prudentiel mondial commun, ce qui permet au régulateur de leur appliquer une surcharge forfaitaire liée à leur nature systémique. Mais le régime prudentiel des assureurs américains est très différent de Solva 2, qui prend déjà en compte les risques qui peuvent être systémiques : pilier 2 avec l'Orsa, tests de liquidités, supervision des groupes paneuropéens, etc. », analyse Jérôme Hamilius. Bref, si le FSB venait à durcir sa position, il devrait tenir compte de cette situation. À défaut, les assureurs européens pourraient non seulement se voir imposer un renforcement contestable de leurs fonds propres, mais aussi être pénalisés vis-à-vis de leurs concurrents américains.

2 QUESTIONS ÀDenis Kessler, PDG de Scor SE, membre de l'Association de Genève et du Global Reinsurance Forum

« Il faut que nous ayons gain de cause »

  • Assureurs et réassureurs peuvent-ils présenter un risque systémique pour la stabilité financière ?

Il existe une certaine méconnaissance du modèle économique de notre industrie. Cela n'est guère étonnant, quand on observe que la plupart des experts en charge des réflexions sur les risques systémiques sont des banquiers ! Depuis deux ans, nous ne cessons d'expliquer les spécificités de notre activité, par exemple que notre métier repose sur la diversification des risques, leur provisionnement intégral pour un règlement des sinistres dans le temps et le recours à la réassurance, ou encore que nous n'avons pas d'enjeu de liquidités.

  • Les discussions doivent aboutir d'ici à fin 2012. Avez-vous espoir d'être entendus ?

Il s'agit de discussions éminemment politiques. Sous l'égide du G20, le FSB semble vouloir étendre la notion de risque systémique à toutes les activités financières. Jusqu'à présent, nous avons plutôt le sentiment d'avoir été entendus. Toute l'industrie est mobilisée, et les études précises qui ont été produites, y compris par l'Association internationale des superviseurs de l'assurance (IAIS), étayent nos arguments. Il faut que nous ayons gain de cause, car émergerait sinon une réglementation contre-productive.

 

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