Economie collaborative : les assureurs (presque) au point

Economie collaborative : les assureurs (presque) au point

Sans assurance, pas de confiance, donc pas d’économie collaborative. Les créateurs de start-up en sont conscients depuis dix ans. Les assureurs ont mis du temps à l’entendre, mais ils sont maintenant prêts à inventer les garanties accompagnant le passage d’une économie de la possession à une économie de l’usage.

«L’économie collaborative nous renvoie aux fondamentaux de l’assurance : rassurer », rappelle Thomas Ollivier, responsable de l’économie collaborative et des pratiques émergentes à la Maif. De fait, on ne confie pas les clés de sa voiture ou de sa maison à un inconnu sans un minimum de garanties : « L’assurance crée de la confiance et fait partie de la valeur des marques de l’économie collaborative », ajoute Élise Bert, directrice Marque et Partenariats d’Axa France. La preuve : « Moins une plateforme est connue, plus elle a intérêt à être assurée par un grand nom », confirme Julien Maldonato, directeur conseil industrie financière du cabinet Deloitte. Si la marque d’assurance est internationale, c’est encore mieux : « Nous accompagnons ainsi Drivy, site de location de voiture entre particuliers, dans son développement en France, en Allemagne, en Autriche et en Espagne », explique Virginie Fauvel, membre du comité exécutif d’Allianz France, en charge du digital et du market management. La croissance de l’économie collaborative est spectaculaire : le cabinet PwC estime que le montant global des transactions enregistrées par ces plateformes dans le monde pourrait passer de 28 Md€ aujourd’hui à 335 Md€ en 2025. Cette économie de l’usage plutôt que de la possession est entrée dans les moeurs : 32 % des Français déclarent pratiquer la « mobilité collaborative ».

Des assureurs engagés

Or cette croissance a été accélérée par l’engagement des assureurs. Le coup d’envoi a été donné par Maif en 2010 : « Nous avons été les premiers à créer, avec Koolicar, une assurance auto à l’usage, avec retrait de l’assurance du propriétaire du véhicule pendant la durée de la location », explique Thomas Ollivier, qui encadre aujourd’hui 10 personnes dédiées à ce sujet. Cette équipe coordonne avec des spécialistes la conception d’offres sur-mesure adaptées à l’économie de l’usage. Mais il faut raison garder : « Le volume de chiffre d’affaires généré par cette activité reste epsilonien, ajoute-t-il. Nous sommes plutôt dans une approche de renouvellement de notre métier. Nous sommes convaincus de voir certains de nos partenaires connaître une croissance à la BlaBlaCar ! »

L’économie collaborative dans le monde

  • 9 000 start-up
  • 28 Md€ de transactions
  • 32 % des Français pratiquent la mobilité collaborative et 21 % le covoiturage. 52 % ont recours aux plateformes de vente de biens entre particuliers.
    Sources : PwC et DGCCRF

Ainsi, l’économie collaborative apparaît aujourd’hui comme un formidable terreau d’innovation. « Ces plateformes nous amènent à innover », confirme Élise Bert, exemples à l’appui. « Nous avons créé de nouvelles garanties RC Pro pour des sites de jobbing telles que YoupiJob ou pour Crème de la crème, un service de mise en relation entre des étudiants de grandes écoles et des entreprises susceptibles de leur confier des études ou des missions. » Ce qui a fait émerger d’autres pistes novatrices : « Cette approche par l’usage nous a donné l’idée de créer Ma Mobilité Auto. Cette offre protège l’assuré quand il pratique le covoiturage ou bien loue ou emprunte une voiture (1) », poursuit Élise Bert.

C’est précisément pour s’imprégner de cette culture plus inventive qu’Allianz France a créé un accélérateur de start-up dédié, notamment, à l’économie collaborative : « Nous les accompagnons, nous leur faisons bénéficier de notre réseau. En retour, ces jeunes pousses nous font découvrir une nouvelle façon de travailler. Pour un grand groupe, ce mélange d’ADN est enrichissant », explique Virginie Fauvel. Thomas Ollivier, lui, parle d’hybridation : « Ma mission n°1 est d’hybrider les start-up et l’assurance pour garder le meilleur des deux mondes ». Car Maif veut bien sortir des sentiers battus, mais pas à n’importe quel prix. « Nous ne sommes pas de simples prestataires de start-up, mais de véritables partenaires, en étant donc, aussi, à l’écoute de nos contraintes d’assureur. »

Adrien Pinson, cofondateur de Yescapa (ex-Jelouemon campingcar.com)
« Au début, la gestion était artisanale »

« Le propriétaire d’un camping-car dont la valeur tourne autour de 50 000 € ne laisse pas ses clés à un inconnu s’il n’est pas bien assuré. Quant au locataire, il veut partir en vacances sans courir le risque de rester en rade sur l’autoroute. L’assurance joue donc un rôle central dans notre activité de location de camping-cars entre particuliers. J’ai rencontré mon associé, Benoît Panel, en 2011 : nous étions d’emblée conscients que notre start-up ne décollerait pas sans une bonne assurance. Mais ça n’a pas été simple ! Nous avons rencontré une trentaine d’assureurs avant de tomber sur la Macif, qui a bien voulu pousser un peu les murs pour construire avec nous des garanties complémentaires à l’assurance des propriétaires. Cela a pris environ 6 mois. Au début, la gestion des dossiers était artisanale, nous devions collecter et vérifier manuellement tous les documents des propriétaires (carte grise, contrôle technique, carte verte) et des locataires (carte d’identité, permis de conduire, justificatif de domicile) avant de les transmettre à l’assureur. Aujourd’hui, tout cela est automatisé. Mais nous avons quitté la Macif au début de l’année... La Maif nous a, en effet, proposé une garantie pour vol par abus de confiance que nous n’avons trouvée nulle part ailleurs. Le cas ne s’est encore jamais produit, mais on ne sait jamais... »

Toujours des questions techniques…

Il faut bien reconnaître qu’au plan technique, l’économie collaborative soulève encore bien des questions : « Quand on n’a pas d’historique, le pricing est toujours délicat », confirme Élise Bert. « Au plan actuariel, nous sommes encore dans le champ de l’expérimentation », ajoute Thomas Ollivier. À l’instar des start-up, les assureurs avancent en mode test & learn : « Ces projets suivent une courbe d’apprentissage, observe Virginie Fauvel. On affine au fil du temps, en utilisant d’autres variables que dans les assurances classiques. » Pas question, pour autant, d’adopter la culture high-tech du « si je n’ai pas un peu honte de mon produit, c’est que je l’ai sorti trop tard ». Les assureurs veulent bien tordre le bras de leurs actuaires, mais il y a des limites ! « Après les premiers mois de calages, ces activités deviennent rentables », assure Virginie Fauvel. Pour Alexandre Muratet, actuaire et responsable de la tarification IARD au sein du cabinet Actuaris, certaines questions restent en suspens : « Le risque augmente avec l’usage », assure-t-il. Le but de l’économie collaborative étant de maximiser l’utilisation des biens, « les risques sont forcément plus importants ». Or, les actuaires manquent encore d’informations sur l’utilisation qui est faite des biens qu’ils assurent. « Dans le cas de la location telle qu’elle est pratiquée par Airbnb ou Drivy, cela ne pose pas de problème, puisque l’assurance de la plateforme se substitue à celle du propriétaire. En revanche, les garanties proposées par les plateformes d’échange de maison ou de covoiturage viennent en complément de l’assurance du propriétaire (2), qui n’est pas informée de l’usage fait du bien qu’elle couvre. Or, un conducteur qui effectue régulièrement des voyages de 500 km avec trois ou quatre passagers à bord ne court pas les mêmes risques qu’un conducteur occasionnel. » L’argument n’émeut pas outre mesure, Élise Bert : « Nous sommes tous logés à la même enseigne. Ce changement d’usage, somme toute assez classique, doit être piloté de façon globale : un suivi de sinistralité permet d’ajuster le pricing ».

Arthur Dutel, manager chez Deloitte Actuariat Assurance
« Deux ans de recul semblent être un minimum »

  • Quels sont les enjeux actuariels de l’économie collaborative ?
    Dans le monde de l’auto, il faut distinguer le covoiturage de la location entre particuliers. Le covoiturage soulève deux questions : à court terme, cette pratique augmente-t-elle significativement l’usage du véhicule, donc la sinistralité ? À plus long terme, un développement du covoiturage peut-il entraver la croissance du marché de l’automobile donc de l’assurance auto ? Quant à la location entre particuliers, elle relève des mêmes mécanismes que les flottes de véhicules classiques. Le point de référence que constitue l’historique de sinistralité des flottes existantes doit être confronté à l’expérience d’utilisation de ces plateformes. Pour constituer leur vision propre du risque et bâtir un modèle de tarification spécifique, ces plateformes devront accumuler de l’expérience. Compte tenu de la longueur de développement des sinistres automobiles, deux ans de recul semblent être un minimum. Mais par la suite, grâce aux systèmes de géolocalisation, leurs données peuvent devenir plus robustes que celles des flottes.
  • Dans une économie de l’usage, va-t-on aller vers une assurance à l’usage ?
    À l’heure actuelle, les plateformes mutualisent les risques et proposent des produits packagés à leurs utilisateurs. On ne peut donc pas réellement dire que l’assurance couvre l’usage. Mais rien n’est gravé dans le marbre. Les plateformes de services entre particuliers (bricolage, cuisine, baby-sitting...) pourraient générer des sinistres de pointe, à fréquence faible mais à coût élevé. De gros sinistres pourront les amener à rechercher des garanties plus couvrantes en fonction des usages. Les pouvoirs publics pourraient également se saisir du sujet directement.

Les locataires dans le collimateur

Quant au risque de voir les locataires – par essence moins précautionneux que les propriétaires – générer davantage de sinistres, il est balayé par Julien Maldonato : « Airbnb propose une garantie “hôte” de 1 M$ (800 000 €) qui est très rarement activée. Dans un système de location entre pairs, propriétaires et locataires sont notés. Ils ont intérêt à soigner leur profil ! » Ce système de scoring communautaire est un élément clé de maîtrise de risques.

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