Epargne retraite : AG2R-La Mondiale et CNP Assurances, un mariage de raison(s)

Epargne retraite : AG2R-La Mondiale et CNP Assurances, un mariage de raison(s)

L’alliance des numéros deux et trois de l’épargne retraite collective est une nouvelle tentative pour booster un marché encore atone. Sauf que cette fois, les deux acteurs estiment disposer de vrais facteurs clés de réussite.

C’est un nouvel acteur dans le monde de l’épargne retraite collective. Son nom : Arial CNP Assurances. Issue du rapprochement des activités d’épargne retraite entreprise de CNP Assurances – hors Préfon retraite dédié aux agents du service public – et d’Arial Assurance, filiale d’AG2R La Mondiale, cette entité commune représenterait près de 12 Md€ d’engagements de retraite supplémentaire. Opérationnelle au 1er trimestre 2016, la coentreprise détenue à 40 % par le premier assureur de personnes en France et 60 % par le premier groupe de protection sociale ambitionne de devenir « l’acteur de référence du marché ». Elle devrait regrouper une centaine de salariés (60 issus d’AG2R La Mondiale et 40 de CNP Assurances). Au travers de ce partenariat, AG2R La Mondiale et CNP Assurances reprennent le chemin emprunté par d’autres acteurs (lire page 12). Avec cette fois-ci la certitude de réussir là où peu ont convaincu. Pourquoi croire enfin à la réussite d’un tel mariage ?

Parce que le marché laisse (enfin) entrevoir un potentiel de croissance

Depuis des ­années, l’épargne retraite peine à décoller. En 2005, les cotisations versées au titre de la ­retraite supplémentaire représentaient 4,2 % de l’ensemble des régimes de retraite obligatoires et facultatifs. Huit ans plus tard, ce taux a évolué de… 0,1 point (4,3 %). « Les mesures fiscales de ces dernières années sur les retraites chapeaux ou le forfait social n’ont pas contribué à faire croître le marché », observe Philippe Crevel, directeur du cabinet Lorello Eco Data. Pour autant, AG2R La Mondiale et CNP Assurances sont optimistes. « Structurellement, la population française vieillit et les régimes obligatoires de retraite font face à des difficultés croissantes pour préserver leurs équilibres (voir ci-contre). Partant de ce constat, nous sommes persuadés que les Français vont progressivement prendre conscience de l’intérêt d’épargner davantage pour leur retraite », explique Philippe Dabat, directeur général délégué du groupe de protection sociale. Selon un sondage Ifop pour le Cercle de l’épargne publié en juin dernier, 81 % des actifs jugent que leur future pension sera insuffisante pour vivre correctement. « Pour maintenir leur niveau de vie, ils devront de plus en plus prévoir des éléments de retraite supplémentaire », prédit ainsi Magaly Siméon, directrice de la business unit protection ­sociale et services de CNP Assurances.

Parce que ce nouvel acteur affiche une force de frappe inédite

En regroupant les portefeuilles d’activité des numéros deux et trois du marché de la retraite supplémentaire collective, Arial CNP Assurances entend peser sur ce marché. « En termes d’image, le fait de rapprocher le premier groupement de protection sociale et le premier assureur de personnes en France est un avantage indéniable pour notre notoriété », indique Philippe Dabat. Un argument de poids pour séduire davantage d’entreprises, mais aussi leurs salariés. « Un cadre qui cotise pour sa retraite s’attend, en moyenne, à ce que nous l’accompagnions pendant 50 ans, déclinés en 25 années de cotisations et 25 années de paiement de sa retraite. Pour être pérenne sur le long terme, et donc crédible auprès de lui, il faut que nous affichions une solidité financière forte », ajoute le directeur général délégué d’AG2R La Mondiale, qui couvre déjà 60 % des entreprises du Cac 40.

Parce que la concentration rime avec innovation

Plus que l’assurance vie ou la prévoyance individuelle, l’épargne retraite d’entreprise est un marché complexe : il s’agit de contrats collectifs certes, mais qui reçoivent des versements individuels et facultatifs. Sans parler du suivi des salariés assurés tout au long de leur carrière de moins en moins linéaire. « C’est un métier avec des contraintes lourdes en gestion, mais avec des petits montants. D’où la nécessité de réduire les coûts », estime Philippe Crevel, qui rajoute : « La coentreprise entre CNP Assurances et AG2R La Mondiale est le signe d’une concentration du marché comme cela s’est produit sur l’épargne salariale il y a quelques années ».

Impossible donc d’aborder ce marché de l’épargne retraite seul, en termes de fonds propres, mais aussi au niveau de la gestion. Il faut une « taille suffisante pour optimiser les moyens par des économies d’échelle et être capable d’innover en termes de produits et services en mettant en commun les les investissements dans la recherche et le développement », reconnaît Magaly Siméon. Car l’objectif de ce mariage est bien au final d’aller au-delà des produits retraite entreprise traditionnels existants (article 39, 82 ou 83) pour proposer de nouveaux services, notamment dans l’accompagnement des salariés, comme des bilans retraite. Certes, l’épargne retraite collective est encore un marché de niche, mais les deux partenaires voient plus loin. L’épargne retraite d’entreprise, largement cantonnée aujourd’hui aux grandes sociétés, voire à quelques ETI, pourrait élargir son périmètre… aux PME. La coentreprise affiche clairement ses ambitions : « En 2016, nous travaillerons avec l’ensemble du marché de la retraite collective, des grandes entreprises, aux PME et aux TPE. Nous utiliserons tous nos canaux de distribution respectifs », détaille Magaly Siméon. Pour preuve, Amétis, un ­réseau salarié de CNP Assurances qui s’est spécialisé dans la santé collective pour les petites entreprises, sera amené à distribuer ces produits d’épargne retraite.

Comme si l’ANI santé était en train de ­défricher le marché : «En matière de santé, dans le cadre de l’ANI, l’enjeu majeur, c’est la distribution. Si ce pari est réussi, il pourra bénéficier à d’autres marchés comme celui de la prévoyance et ou celui de la retraite », relève Magaly Siméon. Une façon pour la future coentreprise de préparer le coup d’après : «Comme pour la complémentaire santé ­d’entreprise, l’épargne retraite entreprise ­pourrait évoluer avec un «Ani retraite, pourquoi pas à un horizon 4-5 ans», conclut ­Philippe Crevel.

Retrouver l’intégralité des interviews de Magaly Siméon (CNP Assurances) et de Philippe Dabat (AG2R La Mondiale) sur www.argusdelassurance.com

Un contexte porteur pour la capitalisation ?

Entamées en février dernier, les négociations paritaires sur les retraites complémentaires relevant de l’Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) et de l’Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco) reprennent ce 16 octobre. Objectif : trouver des solutions afin d’arriver à équilibrer leur régime. En effet, le déficit net cumulé de ces régimes a doublé en 2014, à 3,1 Md€. Or, si rien n’est fait pour inverser la tendance, leurs réserves seront épuisées en 2018 pour l’Agirc, et en 2027 pour l’Arrco. Autant dire qu’en fonction des décisions prises par les partenaires sociaux pour sauvegarder les retraites complémentaires (hausse des cotisations Agirc et Arrco, décote provisoire pour jouer sur l’âge de départ...), un espace pour les assureurs et les institutions de prévoyance proposant de la retraite supplémentaire pourrait rapidement s’ouvrir.

Epargne retraite entreprise : les principaux dispositifs

La retraite supplémentaire collective désigne les régimes de retraite facultatifs souscrits par les entreprises pour leurs salariés, dénommés par le numéro d’article du code des impôts qui précise leur fiscalité.

On distingue :Les régimes à prestations définies, dits articles 39, pour lesquels l’entreprise s’engage sur un niveau de rente. Ce sont les fameuses retraites-chapeaux.

Les régimes à cotisations définies, où l’engagement porte sur le niveau de cotisations, ce sont les articles 82 et surtout 83, ainsi que le Père, avec pour ces derniers un cofinancement employeurs-salariés.

Des précédents peu convaincants

  • Réunima : en 2007, Groupama et Réunica (entré dans le giron d’AG2R La Mondiale début 2015) créent une société commune, Réunima. Les contrats (article 39, 83, Pere...) portés par cette filiale sont conçus par Groupama et distribués par Réunica, les produits d’épargne salariale (PEE, Perco) restent, eux, fournis par Groupama. En 2013, Réunima est absorbé par Groupama Gan Vie. À la fin 2014, Réunima n’a réalisé que 3 M€ de chiffre d’affaires.
  • R2E (Retraite épargne expertise) : en 2011, Novalis Prévoyance (devenu Humanis) et Axa France créent R2E. Objectif : capitaliser sur le portefeuille du premier (alors 165 000 entreprises et 1,7 million de salariés clients) et le savoir-faire technique et financier du second. « Même si ce marché est encore marginal, nous pensons qu’il correspond à un besoin et finira par bouger », explique deux ans plus tard dans L’Argus Jean-Pierre Ménanteau, dg d’Humanis.
  • Sevriana : dès 2008, CNP Assurances et Malakoff-Médéric évoquent l’idée de s’allier dans l’épargne retraite supplémentaire. En avril 2009, ce projet de structure commune est annoncé : il doit associer la Caisse des dépôts, mais aussi Quatrem, la filiale de prévoyance et retraite collective de Malakoff-Médéric. Le nom de Sevriana pour la nouvelle entité est retenu. Mais en 2010, l’Autorité de contrôle de l’époque bloque le transfert d’un portefeuille de Quatrem de 500 M€ pour cause d’insuffisance de provisionnement de ces contrats adossés à des taux garantis. Le projet de mariage se transforme alors en partenariat commercial qui prend fin en 2012, d’un commun accord, les tests de commercialisation n’étant pas concluants.

Nous sommes persuadés que les Français vont progressivement prendre conscience de l’intérêt d’épargner davantage pour leur retraite.

Philippe DABAT , directeur général délégué d’AG2R La Mondiale

En 2016, nous travaillerons avec l’ensemble du marché de la retraite collective, des grandes entreprises, aux PME et aux TPE . Nous utiliserons tous nos canaux de distribution respectifs.

Magaly Siméon, directrice de la business unit protection sociale et services de CNP Assurances

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