Espagne : L'assurance fait mieux que résister

Espagne : L'assurance fait mieux que résister
DR Vicente Tardio, président d'Allianz Seguros : « Le marché vie est ici lié aux stratégies de distribution des banques et caisses d'épargne. »

Contre toute attente, l'assurance espagnole se porte raisonnablement bien. « Après cinq ans de crise, elle continue à enregistrer des résultats positifs, tout en remplissant ses engagements auprès des clients et sans avoir eu besoin d'un euro d'argent public », souligne Pilar Gonzalez de Frutos, la présidente de l'Unespa (l'association des assureurs). Des compagnies comme Mapfre ou Mutua Madrileña affichent toujours une activité enviable. Ainsi, les primes de la première ont progressé de 6,1% l'an dernier (à 7,8 Md€), tandis que la seconde a enregistré une hausse de plus de 12% en assurance auto (318 M€). En 2011, le marché global s'est établi à 60,5 Md€ de primes, en progression de 4%. Pourtant, en non-vie, les primes se sont légèrement contractées de 0,26%.

Inévitablement, un taux de chômage supérieur à 24%, la fermeture de nombreux commerces et la dégringolade des ventes d'automobiles (800 000 voitures vendues en 2011, contre 1,2 million dans les années fastes !) pénalisent le secteur de l'assurance, qui revoit ses tarifs à la baisse. « Le prix tend à devenir l'argument principal en auto, en santé ou en habitation, dans certains cas au détriment des bases techniques », observe Bernard Retali, directeur du consultant Inov Finance, à Barcelone. L'assurance auto, dont la chute s'est encore accentuée au premier trimestre 2012, est l'un des segments les plus touchés. La guerre des prix y fait rage, la fidélisation devenant une arme décisive : Mutua Madrileña, par exemple, attribue ses bons résultats au fait de maintenir sa clientèle à hauteur de 94%, contre une moyenne de 82% chez ses concurrents. Par ailleurs, si les assurances santé et multirisque habitation tirent toujours leur épingle du jeu, leur ralentissement au premier trimestre est incontestable, toutes deux se situant désormais sous la barre des 2,5% de progression.

Le boomerang bancaire

Malgré ces sujets d'inquiétude, les 287 compagnies d'assurances et les 110 000 emplois qu'elles représentent, en incluant courtiers et agents, ne désespèrent pas de l'avenir, loin s'en faut. « C'est une situation parfaite pour se réinventer, en offrant, dans un contexte de coupes budgétaires, des formules de collaboration public-privé intéressantes en assurance retraite ou santé », a déclaré dans la presse Javier de Agustin, le PDG d'Axa Espagne. « Je suis persuadé que les compagnies qui ont su se montrer prudentes dans leur gestion d'actifs et qui font le dos rond retrouveront, dans deux, trois ou quatre ans, de belles opportunités », ajoute Emmanuel Morandini, responsable de CNP pour une partie de l'Europe du Sud.

Pour comprendre ces analyses, il faut situer l'assurance espagnole dans un contexte plus général. La prime par tête y est de 1 315 €, plus de deux fois inférieure à la moyenne française, et conserve donc un fort potentiel de progression. Surtout, comme le précise Vicente Tardio, le président d'Allianz Seguros, « le marché vie est ici très lié aux stratégies de distribution des banques et des caisses d'épargne ». En effet, plus de 80 % de la collecte passe par la bancassurance. Or, la récente nationalisation de Bankia, la quatrième banque espagnole, illustre à quel point le secteur bancaire, notamment les caisses d'épargne (passées de 45 à moins de 10), est en difficulté. Du coup, produits structurés, assurance-crédit ou rentes s'effondrent, tandis que les assureurs qui avaient multiplié les accords de bancassurance voient leur situation se fragiliser, au bénéfice des autres compagnies. « Notre accord exclusif de distribution en non-vie avec Banco Popular et notre alliance en vie au sein d'Allianz Popular nous évitent ce genre de problèmes », se félicite Vicente Tardio.

« Nous avons préféré ne pas entrer dans la compétition en bancassurance, ce qui se révèle a posteriori un bon choix, notre situation aujourd'hui étant plutôt rentable », confie, quant à lui, Emmanuel Morandini (CNP). S'appuyant sur un accord de distribution pour l'Europe du Sud avec Barclay's, CNP lance des produits de niche et innove par petites touches (comme avec les premiers produits de dépendance ou les multisupports lancés sur le marché espagnol). Ses deux compagnies locales - CNP Vida et CNP BVP - ont dégagé un résultat net voisin de 45 M€ en 2011. S'il préfère rester prudent « compte tenu de la situation très confuse », Emmanuel Morandini pense que « la crise peut, à moyen terme, favoriser les produits d'épargne et de retraite des assureurs face à ceux des banques ».

Report de confiance vers les assureurs

Il est vrai que la baisse de confiance dans le système bancaire est palpable. Des produits d'assurance tels que le PIAS (Plan Individual Ahorro Sistematico) ou le PPA (Plan de Prevision Asegurado) concurrencent aujourd'hui avantageusement les fonds de pension et le volume des primes en assurance vie (seulement 28,9 Md€ en 2011) laisse, a priori, une bonne marge de manoeuvre aux compagnies. Surtout quand la reprise se produira... à une date que plus un seul économiste ne se risque à prévoir.

LA RETRAITE PROGRESSE L'AUTO RECULE

  • 60,6 Md€ de primes en 2011 (52% des primes et 48% en vie).
  • - 0,26%, l'évolution en non-vie (à 31,7 Md€), dont - 2,3% en automobile, + 3% en santé et + 3,3% en MRH.
  • + 9% en vie (+ 5% pour l'épargne gérée, à 154 Md€), dont + 12 % pour les produits d'épargne vendus par les assureurs, et + 41,2% pour le PPA (Plan de Prevision Asegurado), un produit de retraite comparable à un fonds de pension mais géré par l'assureur, pour un total d'épargne gérée de 8,7 Md€.

UNE ANNÉE « COMPLIQUÉE »

  • Avec 2,9 Md€ de primes en 2011, Allianz Seguros est le quatrième assureur espagnol derrière VidaCaixa, Mapfre Familiar et Santander Seguros (d'après l'Institut de coopération des entités d'assurance, ICEA). Son président, Vicente Tardio, prévoit un exercice 2012 « compliqué » pour le secteur. « Malgré la préparation et la bonne gestion des compagnies, il se vend moins de voitures, moins de maisons, des entreprises ferment et le chômage est très élevé, ce qui, ajouté à la crise financière et à la volatilité des marchés, aura forcément un impact », explique-t-il. Selon lui, la bonne gestion d'Allianz Seguros, qui obtient 40% de ses primes dans l'assurance automobile (et assure 1 voiture sur 10 en Espagne), lui permettra, néanmoins, d'affronter la situation « avec solidité ». Allianz Seguros possède en effet l'un des meilleurs ratios combinés du marché en non-vie : 87,9% au 31 décembre 2011.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 13 décembre 2019

ÉDITION DU 13 décembre 2019 Je consulte

Emploi

Mission Handicap Assurance

Mission Handicap Assurance

Postuler

Natixis Assurances

Cadre technique Indemnisation Auto H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Marché d'assurances du CIRAD.

CIRAD

14 décembre

75 - CIRAD

Assurance responsabilité civile.

Gironde Habitat

14 décembre

33 - BORDEAUX

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Espagne : L'assurance fait mieux que résister

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié