Gérard andreck, président du GEMA : « Nous sommes sur le qui-vive »

Gérard andreck, président du GEMA : « Nous sommes sur le qui-vive »
Pour le président du Gema, une crise circonscrite à la seule Grèce ne serait pas un drame pour les mutuelles. Mais le risque de contagion à l'Italie, qui se rapproche dangereusement, est nettement plus préoccupant. Il évoque aussi Groupama, et précise que son groupe, la Macif, s'en sort plutôt bien pour l'instant, malgré les difficultés de certaines filiales, telles la Socram et Macifilia, et l'inconnue des résultats financiers fin 2011...

Comment se portent les mutuelles du Gema, en ces temps troublés ?

Leur principal sujet de préoccupation concerne les résultats financiers et l'environnement actuel. Ces dernières années, c'est l'évolution des marchés actions qui posait problème. Aujourd'hui s'y ajoutent les obligations d'État. Les mutuelles du Gema ne m'apparaissent pas connaître de difficultés particulières au plan technique. Dans cette période de crise, elles vont plutôt bien. Même s'il est télescopé par un certain nombre de sujets, leur modèle est robuste. Au Gema, nous n'avons pas de signaux alarmants.

De 21% la décote sur les titres souverains grecs est passée à 50%. Qu'est-ce que cela représente au niveau du Gema ? Envisagez-vous dès maintenant de devoir provisionner 100% des sommes en jeu ?

Il est trop tôt pour donner une estimation de ce que représente la décote de 50%. À la Macif, comme dans les autres mutuelles, nous sommes en train d'effectuer les calculs. Quant à savoir s'il faut dès maintenant aller plus loin, je ne peux qu'être d'une extrême prudence, car la situation change tous les jours ! Dire aujourd'hui ce que je pense de la suite des opérations est impossible. Il ne faut pas nier la réalité, nous suivons l'actualité de très près. Si l'État grec fait faillite, nous passerons les provisions en conséquence. Nous serons sur le qui-vive jusqu'à la mi-décembre. C'est à ce moment-là que nous connaîtrons précisément les moins-values à passer dans nos bilans et étudierons comment, éventuellement, les compenser avec les plus-values...

Craignez-vous une contagion à d'autres pays européens ?

Si la seule Grèce est concernée, ce ne sera pas un drame pour les mutuelles du Gema, mais si d'autres pays sont touchés, cela aura un tout autre impact. Je pense en particulier à l'Italie, où la situation est tout aussi préoccupante, et qui représente pour nous, comme pour l'ensemble du marché, un enjeu financier sans commune mesure avec la dette grecque. Or, les dernières nouvelles ne sont guère rassurantes...

Vous avez déclaré que, en cas de recapitalisation des banques par l'État, les assureurs demanderaient des compensations pour distorsion de concurrence. Or, il y a bien, aujourd'hui, un plan de recapitalisation des banques en cours. Qu'allez-vous demander ?

Ma déclaration a, il est vrai, suscité de nombreuses réactions. À l'époque, et c'était il y a à peine deux mois, une recapitalisation des banques était un scénario prétendument improbable. J'observe qu'on y est. Mes craintes n'étaient donc pas infondées. La bonne nouvelle, c'est qu'a priori les banques vont se recapitaliser sans aide de l'État. Si c'est le cas, il n'y a pas de raison pour que nous deman-dions une compensation. Néanmoins, nous continuons de réfléchir sur les formes possibles d'une éventuelle compensation si l'État était amené à les aider.

Au vu de la situation, considérez-vous qu'il faille réviser Solvabilité 2 ?

Contrairement à d'autres organismes, le Gema n'a jamais été opposé à Solvabilité 2. Le principe même de cette directive est positif, puisque l'objectif est de protéger les assurés. Cela dit, il est compréhensible que le secteur se batte pour défendre le sort des petites mutuelles ou des acteurs spécialisés, et certains calibrages continuent de poser problème. Nous suivons la longue marche, et participons à tous les travaux et discussions sur le sujet. Lors d'une récente rencontre à Manchester [NDLR : en Grande-Bretagne] avec Karel Van Hulle [NDLR : chef de l'unité assurances et pensions à la Commission européenne], j'ai d'ailleurs eu le sentiment qu'il intégrait un certain nombre de demandes des mutuelles, toutes familles confondues (Roam, etc.).

Groupama est en grande difficulté et son directeur général, Jean Azéma, a été révoqué. Qu'en pensez-vous, et y a-t-il, selon vous, d'autres assureurs menacés ?

Il est toujours délicat de parler d'un confrère. J'ai de l'estime pour Jean Azéma, qui paie durement une politique qu'il n'a pourtant pas été seul à initier... En outre, Groupama est un groupe qui fonctionne bien, au moins en France, mais qui, semble-t-il, s'est lancé dans une stratégie d'acquisitions trop coûteuse. Je note au passage qu'avec l'éviction de Jean Azéma c'est la première fois qu'un groupe mutualiste est durement rattrapé par les pratiques de révocation contestables des sociétés capitalistiques... Concernant les autres acteurs du marché, je n'ai, à ce jour, pas connaissance de difficultés de cette ampleur.

Certains observateurs estiment que les agences de notation ont précipité la chute de Groupama. Quel est votre sentiment sur leur rôle ?

Dans le cadre d'un emprunt européen au Luxembourg il y a quelques années, j'avais moi-même, en tant que directeur général, travaillé à la notation de la Macif. Cela peut surprendre de la part d'un mutualiste, mais j'estime que les agences de notation apportent un éclairage technique extérieur intéressant. Elles ont été critiquées, et parfois à juste titre, mais je pense qu'elles ont tenu compte de leurs erreurs et qu'elles se sont améliorées, même s'il faudrait mettre en place des règles déontologiques plus fortes pour mieux les encadrer.

Justement, comment va la Macif, en particulier ses filiales Macifilia et Socram ?

La Macif traverse plutôt bien cette période difficile. Hormis l'inconnue du solde financier, les résultats sont équilibrés au plan technique, et l'activité est en légère croissance. Notre filiale de crédit, la Socram, n'est pas, c'est vrai, dans ses meilleurs jours, du fait du ralentissement de son activité, mais ses bases sont saines. Nous faisons le gros dos en attendant des jours meilleurs. Quant à Macifilia, la période d'inventaire pour analyser tout ce qui ne fonctionnait pas correctement sera bientôt achevée. Toutes les options restent possibles : abandon de certaines branches, répartition différente des risques au sein du grou-pe, etc. Les deux années à venir vont être difficiles, mais le groupe surpassera les déboires de la filiale. Le volet le plus important est de parvenir, comme nous nous y sommes engagés, à reclasser tous les collaborateurs de Macifilia au sein du groupe. La bonne nouvelle est finalement le maintien récent de la note A2 avec perspective stable.

L'évolution de la gouvernance avance-t-elle comme annoncé ?

Oui. Le calendrier sera tenu. Le premier comité exécutif s'est réuni le 2 novembre, et le nouveau conseil d'administration groupe devrait être installé au moment de l'assemblée générale de juin 2012.

En décembre, il est prévu que vous preniez la tête de Sferen, la société de groupe d'assurances mutuelles (Sgam) commune à la Macif, à la Maif et à la Matmut. Quelle sera votre feuille de route ?

Nous avons bien avancé en 2011 sur le chantier des achats hors assurance (affranchissement, routage, espaces publicitaires, etc.). Nous avons également obtenu un traité de réassurance commun, qui nous permet de gagner des capacités supplémentaires. Désormais, nous rentrons vraiment dans les problématiques d'assurance. L'un des grands objectifs pour 2012 est la mise en commun des achats d'assurances, par exemple de réseaux de conseil, de garages agréés, puisque c'est le nerf de la guerre en matière de gestion de sinistres. Bien sûr, ces discussions entraînent des débats importants entre nous, mais nous gardons la volonté d'avancer. Je précise qu'il est possible qu'en raison de ma charge de travail (en tant que président de la Macif, du Gema, au Conseil économique et social, etc.), je cède mon tour à la présidence de Sferen à Daniel Havis, président de la Matmut.

SON PARCOURS

Gérard Andreck est né en 1944. Il est géologue de formation.

  • Entré à la Macif en 1969, il en prend la direction générale en 1997.
  • En 2006, il est élu président du groupe Macif.
  • En 2008, il est élu président du Gema. 
  • En 2011, réélu à la présidence du Gema, Gérard Andreck est élu président de l'Afa.

UN CONTEXTE DÉLICAT
  • Gérard Andreck nous a reçus le 3 novembre, jour de l'ouverture du G20 à Cannes, dans un contexte très incertain. Possible faillite de la Grèce, référendum surprise sur le plan de sauvetage européen initié par le Premier ministre grec et pas encore avorté ; Conseil des ministres convoqué en urgence en Italie la veille au soir remettant en question les mesures censées être annoncées par Silvio Berlusconi pour enrayer la crise... Nous avons rencontré un président de l'AFA et du Gema très prudent et beaucoup plus inquiet qu'en septembre (lors de la conférence de rentrée du Gema). À l'heure où nous bouclons, le 7 novembre, ni la Grèce ni l'Italie ne sont sorties de l'impasse... Que les semaines d'ici à la fin de l'exercice 2011 s'annoncent longues pour le marché !

LA MUTUELLE EUROPÉENNE EST-ELLE REMISE SUR LES RAILS ?
  • Saluant le « travail remarquable » de la députée européenne Pervenche Berès, et se félicitant de l'intérêt montré par le commissaire européen Michel Barnier pour le projet, Gérard Andreck se dit beaucoup plus optimiste qu'il y a six mois dans la possibilité de voir enfin naître le statut de mutuelle européenne qu'il défend depuis si longtemps. À défaut, il se dit prêt à accepter celui de société de groupe d'assurances mutuelles (Sgam) européenne. Selon lui, l'idée fait son chemin, l'essentiel étant, pour les mutuelles, de pouvoir disposer d'un outil leur permettant de se rapprocher.

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Commentaires

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