Groupama : Difficile de redresser la barre

C'est une lourde tâche qui attend le nouvel état-major du groupe après l'éviction de Jean Azéma le 24 octobre. Thierry Martel, qui a pris les commandes du navire, va devoir faire preuve d'imagination...

C'est ce qui s'appelle se tirer une balle dans le pied ! Jean Azéma, directeur général de Groupama, avait choisi de faire noter son groupe, pourtant non coté, par Standards et Poor's et Fitch. Une manière, au cours de ces dix dernières années, de rassurer le marché et les investisseurs en vue de sa future introduction à la Bourse de Paris. Au final, ce sont les notations négatives, en septembre, des deux agences qui ont précipité sa chute.

Pour Thierry Martel, le nouveau directeur général, et Christin Collin, directeur général délégué, la tâche va être rude. Si les hommes ont changé, le paquebot Groupama souffre toujours des mêmes avaries : une exposition nette aux dettes souveraines de 3 Md€, une politique d'acquisition à l'international extrêmement coûteuse, qui a contribué à fragiliser ses fonds propres (la marge de solvabilité est passée de 170% en 2009 à 130% en 2011) et le portefeuille d'actions le plus important du marché (15% de ses actifs). Le nouveau tandem a donc du pain sur la planche, le plan de réduction des coûts de 300 M€, annoncé dans l'urgence par Jean Azéma juste avant sa brutale éviction, n'ayant pas été jugé suffisant et, surtout, n'ayant pas empêché l'histoire de suivre son cours.

Revendre, mais à qui ?

Ce plan d'austérité sur deux ans prévoit une baisse des frais généraux de 10% chez Groupama SA, un regroupement des sites en région parisienne, la cession de certains actifs, ainsi qu'une politique de recrutement plus sélective. « Sa mise en oeuvre est, par nature, complexe, reconnaît Philippe Juilliard, directeur senior assurance chez Fitch. Ce train de mesures vise justement à protéger le groupe en cas de détérioration encore plus significative des marchés, mais cela prendra un certain temps. Hélas, on ne peut pas écarter la possibilité que les notes soient à nouveau abaissées. »

Alors, aujourd'hui, quelles sont les marges de manoeuvre du groupe pour sortir de cette crise ? Parmi la cession d'actifs, revendre les filiales acquises à l'étranger est un scénario qui risque d'être envisagé. Depuis 2007, sous l'impulsion de Jean Azéma, le groupe a multiplié les acquisitions (en Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Turquie), avec l'ambition de figurer parmi les dix premiers assureurs européens. Implanté dans quatorze pays, Groupama réalise aujourd'hui 30% de son chiffre d'affaires hors de l'Hexagone (4,34 Md€ en 2010). « Groupama a surpayé ses acquisitions à l'international, et certaines filiales, comme la Star en Tunisie, ont été achetées à un prix exorbitant ! », confie un proche du dossier. Le montant des goodwills, les survaleurs (1), à l'international, est de plus de 2 Md€. « Ces sociétés sont rentables, tempère Philippe Juilliard. Dans le cadre d'une politique d'expansion à l'international, il est injuste de se positionner juste quelques années après. En outre, il s'agit principalement de sociétés qui opèrent en non-vie. » Il n'empêche, se débarrasser de ces sociétés risque d'être complexe. En effet, il n'est pas sûr que Groupama trouve des acheteurs. « Elles valent le quart de leur valeur. Même avant, personne n'en voulait », ironise un concurrent.

Recapitaliser, mais par qui ?

Autre piste possible : qui dit frais généraux dit masse salariale. Même si le plan de réduction des coûts prévoit de ne pas toucher aux emplois, mais seulement de ne pas remplacer les personnels partis à la retraite, la crainte des syndicats est palpable. « Nous ne pensons pas qu'ils puissent faire 300 M€ d'économie sans toucher à la masse salariale. Potentiellement, ce sont les sociétés qui vont payer le prix avec des restructurations », s'inquiète Hervé Roux, délégué CGT. « La crainte est réelle, renchérit Franck Julliard, délégué CFTC. Nous nous doutons bien que Thierry Martel va annoncer des mesures supérieures au plan de réduction, déjà jugé insuffisant. » Des sacrifices qui passeraient mal, alors que Jean Azéma pourrait, selon nos informations, toucher un chèque de 3 M€, équivalent à deux fois son salaire annuel actuel.

Autre possibilité : réduire le budget de sponsoring, qui atteint 20 M€, dont 17 M€ pour la voile, mais le contrat signé avec Franck Cammas engage Groupama jusqu'en 2015. Enfin, dernier sauvetage possible : un assureur pourrait injecter des fonds propres chez Groupama. La piste de la CNP a d'ailleurs été évoquée. Toutefois, qui voudrait le faire en pleine crise financière ? En attendant, l'Autorité de contrôle prudentielle, qui s'est emparée du dossier, veille au grain...

1. Supplément de prix payé lors d'une acquisition par rapport à la valeur comptable de la société. Il prend notamment en compte le savoir-faire immatériel (management, réputation...).

LES CAISSES ONT LE POUVOIR

« Le patron, de toute façon, ce sont les caisses ! La structure de Groupama est une pyramide inversée, ce sont les caisses régionales qui dirigent tout », souffle un consultant. Chez Groupama, les administrateurs des caisses régionales, les vrais actionnaires du groupe, ont le pouvoir, et ils l'ont démontré de manière flagrante en révoquant brutalement Jean Azéma. C'est le principe même de la gouvernance des mutuelles d'assurances : le pouvoir émane de la base. Or, l'affaire est aussi politique : en réduisant le nombre de caisses de 22 à 9, Jean Azéma est devenu le fusible parfait. Moins de caisses, c'est certes moins d'administrateurs à convaincre, mais c'est davantage de risque de subir un « putsch ». Pourtant, les caisses régionales, tout au long de ces années, ont bel et bien validé sans sourciller les « mauvais choix stratégiques »...

LA NOUVELLE DIRECTION GÉNÉRALE DE GROUPAMA

  • Thierry MARTEL directeur général de Groupama SA et directeur général assurance et banque France
  • Christian COLLIN directeur général délégué et directeur général finance et risques
  • René CADO directeur audit et risques groupe
  • Isabelle CALVEZ DRH groupe
  • Arthur CHABROL directeur financement, investissement et actuariat groupe
  • Cécile DAUBIGNARD directrice stratégie groupe et fusions-acquisitions
  • Maurice FAURE directeur de la fédération nationale Groupama
  • Frédérique GRANADO directrice de la communication externe
  • Pierre LEFÈVRE directeur général international Groupama SA
  • Astrid PANOSYAN secrétaire générale
  • Francis THOMINE directeur général support et services.

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