Guillaume Sarkozy (Malakoff Médéric) : « Engager la discussion avec les syndicats médicaux »

Guillaume Sarkozy (Malakoff Médéric) : « Engager la discussion avec les syndicats médicaux »
Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff-Médéric

Le délégué général de Malakoff-Médéric prône une approche globale de la santé. Pour cela, les complémentaires doivent avoir « la sagesse » d’engager le dialogue avec les professionnels de santé et pouvoir enfin accéder largement aux données de santé.

Depuis que vous êtes à la tête du groupe Malakoff-Médéric, vous évoquez la nécessité d’atteindre la taille critique. Est-ce le cas aujourd’hui avec le rapprochement engagé avec La Mutuelle générale ?

Nous commençons, mais je ne suis pas sûr que nous ayons encore une taille suffisante qui nous permette à la fois de financer le développement d’une marque nouvelle, les plates-formes industrielles intégrant les nouvelles technologies dont nous aurons besoin, l’évolution des systèmes d’information et les réseaux de soins nécessaires. Quand je parle de plates-formes, il s’agit aussi bien des réseaux de soins que de l’ensemble des fonctions que nous devrons construire pour aller au bout de notre stratégie.

C’est-à-dire ?

Dans le domaine de la santé aujourd’hui, nous avons encore de nombreuses compétences à acquérir pour bien comprendre les spécialités médicales, mieux appréhender les nouveaux traitements. C’est essentiel pour créer de véritables parcours d’orientation pour nos assurés. Nous aurons des arbitrages à faire dans ces domaines, et nous ferons évidemment appel à des compétences médicales pour développer des plates-formes de conseil en santé performantes. Nous percevons bien ce que nous pourrions réaliser dans le cadre de parcours individualisés sur les principales pathologies. Cela pourrait avoir un impact positif sur la prévoyance, notamment en réduisant la durée des absences tout en améliorant le bien-être des personnes.

Votre propos ne va-t-il pas au-delà de la santé en entreprise et des réseaux, du conventionnement ?

La santé suppose une approche globale. Nous avons commencé en entreprise avec des démarches de prévention, dépistage et coaching. Avec de bons conseils de mode de vie, on peut, par exemple, réduire de 80 % les risques de cécité ou d’amputation pour certains types de diabète. Tout cela nécessite, j’insiste, des compétences dont nous ne disposons pas encore suffisamment aujourd’hui.

Comment allez-vous vous en doter ?

Nous avons deux possibilités. Soit directement, en embauchant plus de médecins que nous n’en employons aujourd’hui. Soit indirectement, en nouant des partenariats avec des acteurs qui sont en pointe sur ces sujets. Je pense en particulier à des start-up qui proposent des solutions que nous pourrions intégrer à notre démarche Entreprise Territoire de santé. Nous sommes en réflexion sur cette question.

Comment aller dans cette direction alors que les relations entre les organismes complémentaires et les professionnels de santé restent plutôt tendues ?

Je le regrette et je pense que nous devons faire preuve de beaucoup de pédagogie. Je pense que les médecins doivent comprendre que nous sommes avant tout un partenaire dans le cadre d’une relation équilibrée qui garantisse une meilleure qualité aux assurés. Il y a beaucoup de points à discuter, sans entrer en concurrence avec la Sécurité sociale. Le problème est que la loi ne nous permet pas de le faire aujourd’hui. Je pense que les médecins le demanderont un jour ou l’autre. Il faut que les assureurs complémentaires aient la sagesse de commencer les discussions avec les syndicats médicaux.

Les entreprises et les salariés sont-ils prêts ?

Il y a cinq ans, nous avons lancé nos premiers programmes sur le bien-être et la productivité en entreprise. Nous avons hésité, cela a provoqué des débats. Il n’y en a plus. Toutes les centrales syndicales ont accepté l’idée. Nous pouvons aller plus loin. Il n’est plus seulement question, comme il y a cinq ans, de demander aux salariés comment ils se sentent avec des enquêtes anonymes. Nous souhaitons, à ceux qui l’acceptent, demander d’enregistrer les informations de santé qu’ils veulent bien nous communiquer pour nous permettre de les guider.

Vous avez donc besoin de l’ouverture des données de santé ?

Oui, c’est indispensable si nous voulons faire de la prévention et de l’orientation. Pourquoi l’Assurance maladie ne partagerait-elle pas les informations sur les pratiques médicales ? Nous n’y avons pas accès, c’est invraisemblable. L’ouverture des données publiques de santé par la Sécurité sociale permettrait de rendre notre système de santé plus efficient. Grâce à ces données statistiques globales et anonymes, nous pourrions orienter les assurés, volontaires, vers les professionnels de santé qui correspondent le mieux à leur problématique. Bien entendu, l’utilisation de ces données anonymes devra être encadrée par des tiers de confiance.

Avez-vous trouvé le modèle économique ?

Cette question se pose à plusieurs niveaux. Je considère que nous devons apporter de la valeur ajoutée à nos clients. C’est à nous de financer, sur nos capitaux propres, l’investissement pour construire ces outils. Ensuite se pose la question du financement de leur exploitation. Le modèle économique naîtra de l’amélioration de la sinistralité en prévoyance et d’une diminution des dépenses de santé. Cela demandera une évolution contractuelle. Enfin, il reste le conseil aux entreprises pour la mise en oeuvre effective de ces programmes. Ce sera à elles de le prendre en charge.

Votre approche repose sur l’entreprise. Mais il n’y a pas que les salariés. Que pensez-vous de l’annonce de François Hollande concernant la généralisation de la complémentaire santé aux retraités ?

J’ai compris la préoccupation qui était exprimée. J’attends d’en connaître les modalités pratiques. Si elles renchérissent le coût du contrat collectif, je ne suis pas certain que les entreprises y seront très favorables. D’ailleurs, on constate aujourd’hui que les entreprises se séparent des mutuelles de retraités, car en normes IFRS, cela conduit à des provisionnements considérables. Je vois mal les entreprises inverser le mouvement. Et s’il s’agit de répartir autrement les exonérations fiscales dont bénéficient les contrats collectifs, cela va aussi renchérir les coûts pour les entreprises

Autre évolution, Solvabilité 2, en particulier le pilier gouvernance avec la notion de groupe prudentiel. Ne va-t-elle pas contribuer autant que l’ANI à la recomposition du marché ?

C’est un sujet majeur. Nous le voyons puisque nous l’abordons un peu avant les autres avec la création d’une Sgam avec La Mutuelle générale. Nous sommes les premiers à construire ce groupe prudentiel, et nous sommes en relation constante avec l’ACPR. Des modifications très importantes de gouvernance, de responsabilité, vont s’opérer. La solidarité financière totale induit le transfert d’une partie des responsabilités entre les institutions et le conseil de la Sgam. Cela modifie aussi les relations entre les conseils d’administration et la direction générale, puisque le directeur général devient mandataire social.

 

 

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