L'assurance en phase de rupture

Contre toute attente, l'assurance pourrait perdre des emplois dans l'avenir. En cause : la digitalisation. Un diagnostic contesté par les syndicats, alors que le gouvernement pousse les branches à s'engager sur des objectifs chiffrés en contrepartie d'allégements de charges.

C'est une négociation qui fera certainement date dans la branche. Le 22 septembre, se tiendra au siège de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) la troisième commission paritaire sur le pacte de responsabilité. Or, le message délivré ce jour-là est déjà en partie connu. Selon nos informations, alors que l'ambition du gouvernement est de créer 200 000 emplois marchands en France à l'horizon 2017 via ce pacte, la FFSA et le Groupement des entreprises mutuelles d'assurance (Gema) n'entendraient pas s'engager sur des créations nettes d'emplois dans le secteur.

Rattrapés par la réalité

« Le pacte de responsabilité a un très faible impact financier sur nos entreprises, et ses effets se feront sentir au mieux à partir de 2016. La majorité de nos acteurs sont ainsi peu concernés par les allégements de charges salariales mises en place par le gouvernement », explique José Milano. Le directeur des affaires sociales de la FFSA précise : « Depuis trois ans, l'ensemble des prélèvements supplémentaires payés par la branche est sans commune mesure avec les économies du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et ce que pourrait être l'impact du pacte de responsabilité à l'avenir. » Pour justifier cette position surprenante, notamment au regard des bons résultats semestriels des entreprises du secteur, la FFSA et le Gema mettent en avant un autre argument : les perspectives d'évolution de l'emploi ne seraient pas bonnes dans la branche. Selon les prévisions de l'Observatoire de l'évolution des métiers de l'assurance (Oema), son effectif devrait ainsi décroître, passant de 147 750 salariés en 2011 à 140 500 en 2016. Soit plus de 7 000 emplois détruits en quatre ans. « Cela ne signifie pas pour autant que des plans sociaux vont voir le jour dans nos entreprises. Il n'empêche, la croissance étant au ralenti et les taux d'intérêts n'ayant jamais été aussi bas, notre secteur est aujourd'hui rattrapé par la réalité économique », précise Norbert Girard, secrétaire général de l'Oema.

UN EFFECTIF QUI SE RÉDUIT

À l’occasion de la présentation de l’état des lieux de la profession en commission paritaire le 9 juillet, la direction des affaires sociales de la FFSA a informé les organisations syndicales que les effectifs globaux du secteur étaient en décroissance. Une dégradation estimée entre 0,5 et 1 % par an, et qui devrait se poursuivre encore au moins jusqu’en 2016.

DES DÉPARTS À LA RETRAITE QUI S’ACCÉLÈRENT

Étant donné que la part des seniors ne cesse de croître (16,7 % en 2012 contre 7,8 % en 2002) dans le secteur, cinq fois plus de baby-boomers prendront leur retraite en 2016 qu’il y a deux ans.  

 

 

 

DES RECRUTEMENTS QUI STAGNENT

En dépit de l’impact des départs à la retraite des baby-boomers, les entreprises ne prévoient pas davantage d’embauches de salariés dans les années à venir. Une prudence due en partie à la digitalisation, qui pourrait entraîner la suppression de certains métiers, notamment en gestion de contrats.

 

 

Tous les voyants sont au vert... mais l'avenir n'est pas rose

Ce diagnostic est loin d'être partagé par les syndicats. « Tous les voyants sont au vert dans notre secteur », affirme Joël Mottier. Le président de la fédération CFE-CGC des assurances s'appuie notamment sur les prévisions d'embauche données en mars par l'Oema, qui table sur 11 700 recrutements par an dans l'assurance d'ici à 2016. Mais aussi sur l'évolution démographique, qui devrait être favorable à l'emploi de nouveaux salariés. Car même si « les remplacements ne se feront pas à un pour un », selon Norbert Girard, plus de 4 000 départs de baby-boomers sont tout de même attendus dans deux ans. Soit près de 3 % de l'effectif du secteur.

Dans ce cas, comment expliquer que la FFSA adopte une attitude aussi prudente ? « La digitalisation s'accélère dans notre secteur et un certain nombre de processus changent. Les emplois et les métiers en sont transformés, de sorte que dans les prochaines années, selon les études de l'Oema, on pourrait enregistrer une accélération de la montée en compétence de nos salariés accompagnée d'un léger tassement naturel de nos effectifs », indique José Milano. Une réponse qui est loin de convaincre Joël Mottier : « Personne n'est capable de dire quelles seront les conséquences de la digitalisation. Pour l'instant, les entreprises naviguent à vue. »

Aller jusqu'au bout de la logique du pacte et embaucher

Dans ce contexte, les discussions s'annoncent animées le 22 septembre. Avec, d'un côté, la FFSA et le Gema qui entendent profiter des négociations sur le pacte de responsabilité pour « notamment, renforcer la formation et l'employabilité des salariés et les aider à prendre au mieux le virage de la révolution technologique en cours », précise José Milano. Et, de l'autre, des organisations syndicales qui souhaitent activement que ces échanges aboutissent à des recrutements supplémentaires.

Dans une interview donnée au journal Le Monde le 20 août, le président de la République, François Hollande, a en tout cas rappelé que « le pacte, c'est un contrat dans lequel chacun doit respecter ses engagements ». Avant d'ajouter : « J'attends du patronat qu'il aille jusqu'au bout de la logique du pacte, qu'il utilise pleinement les moyens du CICE pour investir et embaucher et non pour redistribuer des dividendes ou formuler d'autres revendications. » Pas sûr qu'il soit finalement entendu par toutes les branches.

LE PACTE DE RESPONSABILITÉ EN TROIS DATES

  • 5 mars Trois syndicats (la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC) et le patronat (CGPME, Medef et UPA) parviennent à un accord sur le pacte de responsabilité, destiné, notamment, à créer des embauches supplémentaires dans les entreprises en contrepartie d'allégements de charges. Les signataires renvoient aux branches le soin d'établir les engagements en matière d'emploi.
  • 17 juillet La chimie est la première branche à signer un accord dans le cadre du pacte de responsabilité. Il prévoit 47 000 embauches (en CDD et en CDI) de 2015 à 2017.
  • 10 septembre Le ministre du Travail, François Rebsamen, doit réunir l'ensemble des représentants des 50 plus grandes branches pour tirer un premier bilan des contreparties.

LA NUMÉRISATION, UNE MENACE POUR LES GESTIONNAIRES DE CONTRATS

Depuis 2012, l'assurance s'appuie sur une nouvelle nomenclature de métiers, qui rend mieux compte des spécificités de la chaîne d'activités du secteur. Les deux tiers des salariés évoluent dans les « métiers coeurs », qui réunissent six familles : actuariat et conception technique, marketing, distribution et développement commercial, contrôle technique et prévention, gestion des actifs et du patrimoine immobilier, et gestion des contrats ou prestations. C'est cette dernière qui risque la plus forte réduction d'effectif. « Près de 40 000 personnes gèrent les contrats. La digitalisation va surtout avoir un impact sur cette population, puisque, du fait de l'automatisation des processus et du transfert des actes de gestion directement au client, les entreprises auront moins besoin de main-d'oeuvre », indique le secrétaire général de l'Observatoire de l'évolution des métiers de l'assurance, Norbert Girard.

La digitalisation transforme les emplois et les métiers. On pourrait enregistrer une accélération de la montée en compétence de nos salariés accompagnée d’un léger tassement naturel de nos effectifs.

José Milano, directeur des affaires sociales de la FFSA

Personne n’est capable de dire quelles seront les conséquences de la digitalisation. Pour l’instant, les entreprises naviguent à vue.

Joël Mottier, président de la fédération CFE-CGC des assurances

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