L'incroyable mariage mutualiste

L'incroyable mariage mutualiste
Les présidents d’Adrea, d’EOVI et d’Apreva ont annoncé, fin 2014, leur union au sein d’une UMG.

Tout semblait opposer Harmonie mutuelle et la Mutuelle générale de l'Éducation nationale. Les deux premiers groupes mutualistes ont pourtant décidé de donner naissance à un géant de la mutualité, dont la taille définitive dépendra de l'attitude de leurs alliés.

On n'écoute jamais assez les signaux faibles, comme disent les spécialistes de l'intelligence économique à propos de ces éléments d'actualité de faible intensité, qui augurent d'événements d'une tout autre ampleur. Rétrospectivement, l'annonce en mars 2014 par la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN) et Harmonie mutuelle d'un investissement commun de plusieurs millions d'euros pour soutenir les Services de soins et d'accompagnement mutualistes (SSAM) (1) de la Mutualité française bourguignonne peut être perçue comme l'un de ces signaux.

Une conséquence des réformes

Le président de la MGEN, Thierry Beaudet, et celui d'Harmonie mutuelle, Joseph Deniaud, ont ensuite choisi de mettre en commun leurs puissants réseaux de soins mutualistes. Et c'est au fil des discussions qu'ils ont décidé d'aller plus loin. Selon un proche du dossier, un troisième homme aurait été à la manoeuvre, Daniel Havis. Le PDG de Matmut connaît bien les deux présidents et joue souvent les « monsieur bons offices » dans les affaires délicates. D'autant plus que dans le cas présent, le futur géant mutualiste aura inévitablement une réflexion sur l'assurance IARD, activité de prédilection de Matmut.

Mais ces signaux sont restés d'autant plus faibles que tout paraissait opposer les deux groupes. D'un côté, Harmonie mutuelle, fruit d'une multitude de fusions et d'influences, championne de l'interprofessionnel, confrontée depuis des années à la rugueuse concurrence qui sévit sur ce secteur. De l'autre, le groupe MGEN, institution depuis 1947 du monde enseignant, ténor d'une mutualité de la fonction publique longtemps protégée des assauts extérieurs et gardien des valeurs mutualistes.

D'ailleurs, le dialogue entre les deux plus grandes mutuelles françaises n'allait pas de soi il y a encore quelques mois. Il n'était pas rare d'entendre chez l'une des propos âpres envers l'autre. Du côté des mutuelles de fonctionnaires, on n'avait guère apprécié que Harmonie mutuelle se dote d'un pôle fonction publique avec la Smar (mutuelle du ministère de l'Agriculture) et de la Mutuelle nationale aviation marine (MNAM). Et dans l'autre camp, on se gaussait volontiers des velléités de développement « grand public » de la MGEN, avec Filia en individuelle et Istya collectives pour les entreprises.

Alors mariage de raison plus que d'amour ? Dans leur lettre d'intention, les deux présidents évoquent une analyse convergente de leur environnement avec une complémentaire santé qui devient « sans cesse plus obligatoire et plus normée ». Une référence explicite à la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés au 1er janvier 2016, qui bouscule toutes les mutuelles, et à la réforme des contrats responsables. Sont également évoqués « le durcissement des règles prudentielles » à la veille de l'entrée en vigueur de Solvabilité 2 et « des contraintes » pesant sur les activités de Livre III. Un dernier point important dans la mesure où les deux groupes affichent la même ambition « devenir acteur global de santé, agissant sur le système de santé lui-même et pas seulement sur son financement ».

Bref, les deux mutuelles recherchent clairement un effet de taille pour peser dans le paysage économique et... politique. Et ce alors même que le rôle des complémentaires dans la gestion du système de soins demeure faible et contesté, à l'exemple de la bagarre sur les réseaux de soins. Sans même parler de la remise en cause de la gestion du régime maladie obligatoire de certaines populations par les mutuelles. Dernière attaque en date, un rapport IGAS/IGF (Inspections générales des Affaires sociales et des Finances) préconise de rapatrier tous les fonctionnaires et les travailleurs indépendants à la CNAMTS. Une menace que les mutualistes ne prennent plus à la légère. Les assureurs ont perdu en 2014 la gestion déléguée des régimes agricoles Amexa et Atexa au profit de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Au-delà du partenariat

Pour réussir, le rapprochement devra être rapide. Les deux acteurs se donnent le premier semestre 2015 pour définir les contours et les modalités de ce qui doit être « un véritable rapprochement stratégique » et non pas « un simple partenariat ». Et quelle que soit la forme juridique que prendra leur alliance (voir encadré sur les groupes prudentiels), ils affirment également leur volonté d'associer leurs mutuelles partenaires. Au sein de l'UMG Istya, la plupart devraient suivre. « Nous souhaitons être associés à la constitution du futur groupe, nous la vivons comme une opportunité », déclare Serge Brichet, président de la Mutuelle générale de l'Économie et des Finances (MGEFI). Le seul point d'interrogation pourrait concerner la MNT, qui vient d'annoncer un partenariat avec Smacl Assurances (lire encadré). En revanche, le futur ensemble pourrait attirer des mutuelles de la Fonction publique qui, à l'instar d'Unéo (ministère de la Défense), demeuraient à l'écart d'Istya par crainte d'une hégémonie de la MGEN. D'autres partenariats, non structurels, ont vocation à se poursuivre. C'est notamment le cas de celui entre la MGEN et le groupe paritaire Klesia. C'est grâce à lui que la mutuelle vient pour la première fois d'être « labellisée » pour le régime frais de soins d'une branche professionnelle, en l'occurrence celle de l'hospitalisation privée non lucrative (FEHAP). Le groupe paritaire réassure également les contrats collectifs portés par Istya.

En revanche, ce rapprochement laisse d'autres questions épineuses en suspens. Quel avenir pour La Mutuelle des Étudiants, substituée à 100 % par la MGEN et sous administration provisoire ? Le mois dernier, dans une note aux pouvoirs publics, la mutuelle de l'Éducation nationale indiquait ne pas pouvoir financer la recapitalisation de la LMDE à hauteur de 35 ME et demandait au gouvernement de mener cette opération. Ce qu'il refuse. La LMDE est donc toujours à la recherche de partenariats, elle a ainsi reçu plusieurs propositions, d'acteurs mutualistes, mais pas seulement.

Du côté d'Harmonie, l'épine pourrait s'appeler Mutex. Il est fort possible que certains de ses partenaires au capital de la SA n'accueillent pas avec satisfaction le rapprochement. D'ailleurs, ce n'est peut-être pas un hasard si Adrea, Apreva et Eovi-MCD ont annoncé la création d'une union mutualiste de groupe en novembre 2014.

(1) Cliniques, centres de santé, dentaire, Ehpad...

UNE MGEN EN PLEINE RÉVOLUTION

Depuis 2012, la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN) fait sa révolution culturelle, avec des évolutions en profondeur de sa gouvernance et de son offre. Elle est passée d'une structure reposant sur un bureau national omnipotent à une organisation plus classique, avec une direction générale. Des instances de décision mixtes, associant élus et membres des équipes dirigeantes, ont ainsi été créées. Outre le comité exécutif, chargé des sujets concernant l'ensemble du groupe, deux comités métiers ont été mis en place. L'un est dédié à l'activité assurantielle, l'autre à l'offre de soins (établissements sanitaires et sociaux). Autre rupture, la fin de l'offre unique, qui était la marque de fabrique de la mutuelle des profs, avec le lancement à la rentrée 2014 d'une nouvelle gamme dont le coût est plus accessible aux jeunes enseignants. La MGEN a même demandé à son assemblée générale de plancher sur une prise en charge des dépassements d'honoraires, un sujet encore tabou il y a peu.

UN PEU D'AIR SUR LES GROUPES PRUDENTIELS

La transposition en droit français de la directive européenne, prévue d'ici à fin mars, doit préciser la notion de groupe prudentiel. Pour les mutuelles, l'union mutualiste de groupe (UMG) devrait servir de cadre pour cette structure faîtière, mais avec des exigences prudentielles renforcées. Bref, les cinq unions existantes ne sont pas forcément aujourd'hui en ligne avec le nouveau cadre européen. « Le groupe prudentiel est très lourd de conséquences sur la structuration du mouvement mutualiste », soulignait le directeur général de la Mutualité française, Emmanuel Roux, en novembre dernier, lors de la conférence Argus sur les mutuelles, jugeant une application au 1er janvier 2016 « intenable ». Message entendu, puisque la Mutualité annonçait récemment que « le projet stabilisé d'ordonnance de transposition fixe la nouvelle date butoir au 31 décembre 2017 ».

CONCENTRATIONS ÉGALEMENT EN PÉRIPHÉRIE

Adrea, Apreva et Eovi-MCD, trois mutuelles par ailleurs partenaires d'Harmonie mutuelle au capital de la société anonyme Mutex, qui cible les grands comptes et les branches professionnelles, se sont unies en novembre 2014 pour créer une union mutualiste de groupe. Cette UMG, qui n'a pas encore de nom, représenterait 1,7 Md€ de cotisations en affaires directes (« Top 30 de la Mutualité 2013 », L'Argus), un montant qui la place au troisième rang des groupes mutualistes en complémentaire, et au deuxième si le rapprochement entre Harmonie et MGEN aboutit. Lors de l'annonce de cette union, le président d'Eovi-MCD, Maurice Ronat, avait déclaré que « la taille et la puissance financière sont la clé du succès ». Quelques jours avant l'annonce de Harmonie et MGEN, la MNT (membre d'Istya) et Smacl Assurances ont officialisé leur projet de partenariat visant à déployer une offre affinitaire et complète auprès des collectivités territoriales et de leurs agents d'ici à début 2016. Alors que la Mutuelle nationale territoriale (MNT) est leader en prévoyance-santé des agents des collectivités, Smacl Assurances l'est en assurance de biens et de responsabilité des collectivités. Elle intervient aussi en assurance habitation, automobile, protection juridique, accidents de la vie, etc. Leur partenariat consistera donc à se coordonner, pour début 2016, en matière de stratégies, produits, systèmes d'organisation et de distribution.

Nous avons la conviction que ‘’l’avenir de la MGEN ne passe pas par la seule MGEN’’ (…). MGEN et Harmonie mutuelle sont deux marques fortes, elles doivent continuer à être des atouts pour notre développement commun.

Thierry Beaudet, président du groupe MGEN

Les deux mutuelles continueront d’exercer leurs activités actuelles. Certaines activités seront menées ensemble, d’autres resteront concurrentes au bénéfice commun du groupe et d’autres seront sanctuarisées.

Joseph Deniaud et Thierry Beaudet

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