La rentrée sociale s'annonce chaude

La rentrée sociale s'annonce chaude
IMAGINE - FOTOLIA
La rentrée sociale s'annonce chaude
DR Jean-Simon Bitter, secrétaire fédéral de FO assurances
La rentrée sociale s'annonce chaude
DR Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts et Figures
Grèves chez Groupama Grand Est, plan social annoncé chez Aréas, pétitions lancées chez Allianz France et AG2R-La Mondiale... La grogne se fait entendre chez tous les acteurs de l'assurance, et les syndicats s'attendent à un mois de septembre mouvementé.

Des salariés dans la rue, cela ne s'était jamais vu chez Aprionis jusqu'à ce 5 juillet. Ce jour-là, à Blois, près de 250 personnes employées par le groupe de protection sociale ont manifesté autour de l'entreprise pour protester contre la rupture des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires. Un mouvement relayé le même jour dans douze sites en France, où plus de 32% des salariés ont débrayé deux heures. « Les conditions de travail se dégradent, la pression est de plus en plus forte, les salaires ne sont pas à la hauteur de l'investissement et du professionnalisme des salariés. Pas de reconnaissance, plus de motivation : arrêtons les frais ! », s'insurgent, dans un tract commun, quatre syndicats (CFDT, CFE-CGC, CGT, FO) du groupe paritaire.

Dans un secteur de l'assurance relativement calme socialement, cette protestation aurait pu passer inaperçue juste avant les vacances. Seulement voilà : depuis le début de l'été, pas une semaine ne passe sans qu'un foyer de tension ne soit allumé.

Principal nerf de la guerre : les salaires. Alors que les augmentations ont été négociées à l'automne 2010 dans de nombreuses entreprises, les syndicats réclament aujourd'hui une revalorisation des rémunérations. « Dans les accords qui ont été signés en fin d'année dernière, nous avions obtenu des hausses qui suivent l'inflation, autour de 1,5%, explique Régis Versavaud, secrétaire général adjoint de la fédération CFDT banques et assurances. Or, la hausse des prix est un peu plus élevée que prévu, autour de 2%. Nous demandons donc des ajustements par rapport aux accords initiaux. »

Trop de pression sans rétribution

Chez Allianz France, la CFDT, la CFE-CGC, la CGT et le Syndicat des employés mécontents (Sdem) ont lancé une pétition pour demander la mise en place de mesures financières permettant de garantir le maintien du pouvoir d'achat des salariés. Résultat : 5 600 signatures (sur un effectif de 11 800 personnes) ont été recueillies et présentées à la direction le 30 juin.

La grogne monte aussi chez les salariés des groupes de protection sociale, perturbés par les mouvements de concentration incessants dans leur secteur. Ces rapprochements posent, entre autres, le problème des différences de rémunération au sein d'un même groupe. Un exemple : chez AG2R-La Mondiale, depuis la création de la Sgam en 2008, les collaborateurs des deux entités n'ont pas les mêmes avantages sociaux. Seuls les salariés de La Mondiale bénéficient d'une prime d'intéressement, d'un montant pouvant représenter jusqu'à deux mois de salaire. Du coup, une intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CGT et FO) a fait circuler une pétition « pour demander à la direction d'acter la reconnaissance des efforts entrepris en 2010 par le versement d'une prime exceptionnelle de 1 000€ net ». Là aussi, la mobilisation a été forte : 3 016 collaborateurs, sur les 7 180 que compte le groupe dirigé par André Renaudin, ont signé cette requête.

Outre les complications liées à la rémunération, les fusions font apparaître des problèmes d'organisation (manque d'harmonisation des process, difficulté de concertation, charge de travail accrue...). Ce sont autant de nouvelles sources de tension. Chez Groupama Grand Est, la fusion entre les caisses de Dijon et de Schiltigheim aurait entraîné « une pression supplémentaire sur les salariés », selon les organisations syndicales, qui pointent « l'absence complète de communication sur sa stratégie de la part de la quatrième caisse régionale de l'assureur ». À l'appel de l'intersyndicale CFDT-CGC-CGT-Unsa, une grève a été organisée, le 28 juin, pour protester contre les conditions de travail et le climat général qui se sont détériorés depuis cette fusion du 1er janvier 2011.

FACE À FACE

 

Jean-Simon Bitter, secrétaire fédéral de FO assurances  « Nous sommes dans une situation d'extrême tension » 

  • Quels sont les foyers de tension dans les entreprises ?

Les salariés sont exaspérés par la profonde dégradation des conditions de travail, le gel du pouvoir d'achat et les restructurations permanentes. En outre, ils s'offusquent des rémunérations versées aux dirigeants des sociétés d'assurances. Un exemple : le patron de Generali a été débarqué au bout d'un an de mandat avec une indemnité de 16 M€, auxquels s'ajoutent 4 M€ pour les frais qu'il aurait perçus s'il était resté en activité. Pour les salariés, c'en est trop ! Ils n'en peuvent plus de subir une pression permanente sans être récompensés.

  • La rentrée sociale s'annonce-t-elle chaude ?

Comme nous sommes dans une situation d'extrême tension, nous nous attendons à une rentrée compliquée. Notre conférence FO assurances aura lieu la troisième semaine de septembre, mais je ne suis pas sûr que d'importants mouvements sociaux ne se déclenchent pas avant... En tout cas, il nous apparaît nécessaire qu'en septembre, il y ait une mobilisation d'ensemble sur les salaires.

 

 

Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts et Figures « Les gains de productivité peuvent se faire sans casse sociale »

  • Quels grands sujets feront débat en septembre dans l'assurance ?

Trois sujets risquent plus particulièrement d'animer la rentrée : les salaires, la baisse de la collecte nette d'assurance vie et les nouvelles taxations envisagées dans le cadre de la préparation de la loi de Finances pour 2012. Tous les acteurs - salariés, patrons et fédérations professionnelles - sont aujourd'hui relativement nerveux sur ces problématiques.

  • Alors que des plans de sauvegarde de l'emploi sont évoqués dans le secteur, les gains de productivité vont-ils désormais se réaliser au détriment des salariés ?

L'assurance est et reste un secteur extrêmement protégé et favorable aux salariés. Les gains de productivité se sont quasiment toujours réalisés sans casse sociale, en procédant à des mobilités internes et en ne remplaçant pas tous les départs à la retraite. Les cas les plus extrêmes ayant pu conduire à des plans sociaux sont rares. Ce schéma n'est généralement mis en oeuvre que dans des situations de menace pour la survie de l'entreprise.

La variable d'ajustement se rebiffe

Certaines entreprises souffrent aussi d'un contexte morose. L'assurance vie est en berne, avec six mois consécutifs de baisse de la collecte depuis décembre. La sinistralité est restée à la hausse en 2010, alimentée par des événements climatiques exceptionnels (tempête Xynthia, inondations du Var). Enfin, les prévisions 2011 ne sont pas bonnes, puisque la FFSA annonce un recul de 1 à 5% du chiffre d'affaires. Conséquences : l'heure est plus que jamais à la chasse aux économies, dans un secteur où le personnel représente une part importante des charges. Ainsi, après avoir révélé, le 24 juin, l'existence d'un plan de sauvegarde de l'emploi chez Aréas assurances envisageant la fermeture de la moitié des délégations régionales et la suppression de 128 postes, le site Internet de l'Argus de l'assurance dévoilait, le 8 juillet, l'information selon laquelle le Gan prévoyait la fermeture de quatre ou cinq centres de gestion. À l'issue d'une réunion, le 12 juillet, au cours de laquelle la direction de cette filiale de Groupama devait présenter plus en détail le projet, les organisations syndicales se réservaient le droit d'organiser une grève en septembre.

Au moment où les vacances commencent à peine, la rentrée sociale s'annonce donc d'ores et déjà chaude. « Nous allons laisser passer l'orage cet été, mais cela n'empêche pas que nous redemanderons certainement aux salariés de se mobiliser dans deux mois », affirme Philippe Valette, le secrétaire général du syndicat CGT Aprionis. Même son de cloche chez AG2R : « Nous sentons actuellement que les salariés sont très remontés. Entre la direction qui clame partout que le groupe affiche de bons résultats et les salariés qui ne voient rien arriver comme récompense, un certain malaise s'est installé. Il y aura donc des mouvements sociaux à la rentrée », assure Pascal Dubrunfaut, secrétaire CFDT du comité d'entreprise du groupe de protection sociale.

Pendant les travaux, la lutte continue

Chez Allianz, les syndicats attendent également du concret d'ici à septembre. « Si 5 600 signatures ne suffisent pas, nous trouverons d'autres moyens de nous faire entendre », indique Jean-Jacques Cette. D'ici là, d'autres revendications pourraient voir le jour. Après la réorganisation et la fermeture de plusieurs sites en France, Allianz s'engage maintenant dans un plan de transformation de son unité de distribution, qui se traduit, notamment, par des modifications des modes de rémunération, des réorganisations de services et des évolutions de postes. Autant de sujets sensibles et de conflits potentiels qui risquent d'animer la fin d'année.

LES FOYERS DE TENSION DANS L'ASSURANCE
  • AG2R

Pétition lancée pour l'obtention d'une prime exceptionnelle de 1 000€ net. Depuis la création de la Sgam AG2R-La Mondiale en 2008, les salariés des deux entités n'ont pas les mêmes avantages sociaux.

  • Allianz

Mobilisation des salariés sur la question des rémunérations. Selon les syndicats, l'augmentation négociée fin 2010 n'est plus adaptée (participation très faible, intéressement nul), alors que le groupe affiche des résultats en hausse.

  • Aprionis

Débrayage, le 5 juillet, de 32% des employés. Les organisations syndicales demandent une revalorisation des salaires et la réouverture des négociations annuelles obligatoires (NAO).

  • Aréas

Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). La suppression de 128 postes, dont 79 licenciements sans solution de reclassement, est évoquée.

  • Gan assurances

Le 30 juin, en comité d'entreprise, la direction annonce un plan de réorganisation prévoyant la fermeture de quatre ou cinq centres de gestion. Une centaine de salariés seraient concernés.

  • Groupama

Grand Est Grève, le 28 juin, d'une partie des salariés des sites de Dijon, Chaumont et de la moitié des agences de Groupama Grand Est. Ils protestent contre la détérioration des conditions de travail, à la suite de la fusion entre les caisses de Dijon et Schiltigheim.

  • Maif

Grève, le 13 avril, d'une partie des salariés, mécontents du montant de la participation. Les syndicats demandent « une prime exceptionnelle égalitaire de 1 000€ ». La direction refuse.

  • Matmut

Réorganisation du réseau de vente. Une centaine de petites agences (employant une ou deux personnes) pourraient disparaître.

LES AUGMENTATIONS DE SALAIRE PAR BRANCHE
  • La FFSA et le Gema ont signé, en avril, un accord d'augmentation de 2% des revenus minimaux d'activité (RMA).
  • L'Union des groupements des employeurs mutualistes (UGEM) a fait, en janvier, une recommandation de 0,5% sur les revenus minimaux garantis annuels (RMGA) de la branche.

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