Le marché montre des limites

Le marché montre des limites
DR Jacky Dufourcq gérant d'Assurances Chevalier

Alors que l'assurance récolte a progressé de façon significative ces deux dernières années, couvrant notamment 35% des grandes cultures, plusieurs facteurs risquent d'y mettre un frein.

Avec un contrat sinistré sur deux en 2011, il vaut mieux avoir les reins solides pour s'aventurer sur les terres de l'assurance récolte. Suite à l'épisode de sécheresse du printemps 2011, le numéro un du marché, Groupama, a ainsi versé plus de 110 M€ à ses clients agriculteurs sinistrés et estime à près de 10 000 les demandes d'indemnisation potentielles suite au grand froid du mois de février 2012. Alors que le Salon international de l'agriculture ferme ses portes le dimanche 4 mars, l'heure est ainsi au bilan et aux perspectives pour l'assurance récolte, d'autant que le passage d'une politique de subvention publique directe à une politique assurantielle ne se fait pas sans encombre.

Un manque de maturité

Pourtant, du côté du géant de l'assurance agricole, qui enregistre 61 500 contrats consacrés à l'assurance récolte, on se veut plutôt rassurant. « Nous commençons, depuis 2005, à avoir un retour d'expérience. Aujourd'hui, nous ne sommes pas à l'équilibre, mais dans une proportion raisonnable qu'il nous faut corriger », tempère Stéphane Gin. Et le responsable des assurances agricoles chez Groupama d'appuyer : « L'épisode de sécheresse de 2011 nous a néanmoins permis de vérifier que notre contrat Climats fonctionne bien, puisque les cultures réellement touchées ont bien fait l'objet d'une indemnisation. »

D'autres acteurs du marché se veulent un peu plus nuancés. « De notre côté, nous y allons pas à pas. Il faut vraiment laisser du temps pour que les mentalités évoluent », estime Arnaud de Beaucaron, directeur général de L'Étoile, pour qui l'assurance récolte représente un quart de son portefeuille, soit 8 M€ en 2011. Pour beaucoup, ce marché n'est effectivement pas suffisamment mature pour accueillir de nouveaux acteurs. Pour preuve, certains courtiers qui projetaient de se lancer se sont ravisés, de même que leurs partenaires assureurs étrangers. Une prudence justifiée par un manque d'opportunités économiquement viables.

D'autres éléments viennent freiner l'essor de l'assurance récolte. Alors que celle-ci doit son expansion notamment à l'effet de levier provoqué par des subventions européennes et étatiques indirectes, l'enveloppe de ces dernières passe de 133 M€ en 2011 à 80 M€ en 2012. « Cela posera sûrement un problème. S'il y a un développement au niveau des souscriptions, ce montant sera insuffisant pour répondre aux besoins formulés », estime Stéphane Gin (Groupama). A priori, si l'assurance récolte venait à se renforcer, la baisse des subventions devrait être lissée sur l'ensemble des contrats, provoquant une diminution des montants alloués par agriculteur... donc une hausse des tarifs, soit un vrai manque à gagner.

L'absence de réassurance de l'État, point noir du dispositif

Autre limite qui devrait elle aussi contribuer à enrayer la machine, l'absence de réassurance publique. Véritable arlésienne dans le paysage de l'assurance agricole, cette problématique n'a pas encore trouvé d'issue favorable, les pouvoirs publics restant muets vis-à-vis du marché. « Si demain nous assurons l'ensemble de la production et que nous déplorons un sinistre majeur, le coût total d'une telle catastrophe pourrait se chiffrer à hauteur de 3 Md€, bien au-delà du niveau d'engagement que peut supporter le marché privé, lance Stéphane Gin (Groupama). Alors que nous attendions des réponses en la matière en janvier 2011, nous n'avons aucune nouvelle des instances publiques pour le moment. Or, si nous voulons un véritable développement pour l'assurance récolte, il ne se fera qu'avec la mise en place d'un tel dispositif. »

Du côté de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), qui est « toujours dans l'attente de propositions de ses assureurs », on ne parle pas de progression significative au niveau des souscriptions. « Nous misons davantage sur une stabilisation », envisage Joël Limouzin, vice-président du principal syndicat agricole. Qui ajoute : « Même si les agriculteurs ayant souscrit cette assurance en sont satisfaits, les primes restent élevées et, de ce fait, un peu dissuasives. » Il y a donc fort à parier que ce n'est pas en 2012 que l'assurance récolte atteindra son seuil critique, que certains estiment à hauteur de 50% de couverture des grandes cultures.

QU'EST-CE QU'IMPLIQUE UNE TELLE COUVERTURE ?
  • La souscription à l'assurance récolte permet notamment de bénéficier d'une indemnisation des pertes de récoltes en cas de sinistre lié à un accident climatique (sécheresse, gel, inondation, tempête).
  • L'exploitant bénéficie d'une prise en charge grâce à une subvention à hauteur de 65% de la prime d'assurance et ce, après souscription. Pour éviter les « souscriptions d'opportunité », Groupama a avancé, pour la campagne 2012, la date limite pour les grandes cultures. Ainsi, les agriculteurs ont dû souscrire leur assurance récolte avant le 31 décembre 2011, au lieu du 15 mai 2012 initialement prévu.

 

384 M€

Voilà ce que représente l'assurance liée aux dommages récoltes (grêle, tempête, sécheresse...), soit 31% des 984 M€ enregistrés par la branche dommage aux biens de l'assurance agricole en 2010.

SOURCE : FFSA/GEMA

 

TÉMOIGNAGE

Jacky Dufourcq gérant d'Assurances Chevalier

« N'ayant pas suffisamment d'agriculteurs assurés pour satisfaire aux exigences de la mutualisation, il était compliqué de proposer quelque chose d'économiquement viable en matière d'assurance récolte et d'envisager de s'y développer. Telle a été notre conclusion après avoir étudié cette opportunité avec notre assureur présent sur le marché londonien et notre réassureur. En outre, même si les revenus de certains agriculteurs se sont un peu redressés, leur situation générale n'est pas encore très florissante. De leur côté, les petites exploitations et les viticulteurs ne sont pas encore en demande de ce genre de solutions. Pour toutes ces raisons, et au regard de notre core business, nous avons décidé de rester sur une offre multirisque agricole plus classique. »

 

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