Le pdg de Covéa, Thierry Derez, dit ses 10 vérités

Le pdg de Covéa, Thierry Derez, dit ses 10 vérités
photos : laetitia DUARTE Thierry Derez, PDG de Covéa

Catastrophes naturelles, évolution des marchés, nouveaux risques, réglementation, assurance vie, rapprochements dans le secteur sans compter, évidemment, la réorganisation interne de son groupe... Thierry Derez, le PDG de Covéa nous a reçus il y a quelques jours pour aborder, avec son franc-parler habituel, la riche actualité du secteur.

Les tempêtes hivernales

« Ana, Bruno, Carmen et Eleanor nous coûteront 50 M€ »

« I l est trop tôt pour s’exprimer sur la crue, mais les tempêtes hivernales qui se sont abattues sur la France entre fin décembre et début janvier – notamment Ana, Bruno, Carmen et Eleanor – nous coûteront environ 50 M€ pour 50 000 dossiers. Nous avons déjà connu pire. En 1999, en 48 heures, la France a été frappée par Lothar et Martin. C’était beaucoup plus lourd. Aujourd’hui, la communication faite à l’occasion des tempêtes a un seuil d’alerte plus bas que par le passé. Faut-il y voir un effet indirect de l’application du principe de précaution ? Il y a dix ans, nous avons développé en interne Coventéo, un outil de gestion des événements climatiques en temps réel. Il nous permet de nous caler sur la trajectoire du vent, deux à trois heures avant la tempête, mais pas plus. C’est pour cette raison que nous n’envoyons pas systématiquement de SMS préventifs à l’ensemble de nos assurés. Compte tenu des informations dont ils disposent par ailleurs, nous ne serions pas complètement pertinents. »

Marché du IARD

« On ne gagne des parts de marché que lorsqu’on grandit plus vite que le pays »

« L’activité IARD, notre coeur de métier, représente près des trois quarts de notre chiffre d’affaires et porte la performance de l’année écoulée. Nous sommes leader sur le marché de l’assurance auto et MRH avec respectivement 11 millions de véhicules et 8 millions d’habitations assurés. En 2017, nous avons assuré 160 000 nouveaux véhicules et 80 000 nouvelles habitations. Reste que la croissance démographique – la France est passée de 57 à 65 millions d’habitants en vingt ans – permet aux assureurs de voir leur activité croître. Des Français qui grandissent, passent le permis, achètent une voiture, un appartement, se marient, font des enfants, se protègent, c’est de la matière assurable en plus. On ne gagne réellement des parts de marché que lorsqu’on grandit plus vite que ledit marché et il faut tenir compte du taux de pénétration de l’assurance. Ce qui est le cas de Covéa. Si on défalque de nos résultats les chiffres de la croissance du PIB et l’augmentation de la population, ce sont 25 000 nouveaux clients que nous avons conquis. Pour ce qui est des tarifs, leur augmentation tient à un ratio combiné en auto dégradé à 105 % pour l’ensemble du marché et à une situation technique à peine acceptable sur celui de l’assurance habitation, impactée par les aléas climatiques actuels. Mais contrairement aux Anglo-Saxons qui effectuent des corrections techniques immédiates et fortes, la France a une culture du lissage. Les augmentations sont en quelque sorte « capées » à 2 ou 3 % chaque année, en moyenne sur le marché. »

Sécurité routière

« La mesure des 80 km/h devrait faire baisser la sinistralité »

« La mesure du gouvernement consistant à limiter la vitesse sur les routes secondaires à 80 km/h devrait faire baisser la sinistralité. Imaginez bien que les dégâts sont nettement moindres quand deux voitures se heurtent à 80 + 80 soit 160 km/h plutôt qu’à 180. J’en profite pour rappeler que la part du corporel grave dans la composante tarifaire en automobile prend toujours plus d’importance. Ce n’est plus seulement l’accident lui-même qui est en cause, mais également les conséquences judiciaires de l’accident. Je suis évidemment pour tout ce qui limite l’accident. »

Voiture autonome

« Le marché auto s’oriente lentement vers du B to B »

« On ne va pas se réveiller demain matin avec un parc mondial de 1,5 milliard de véhicules intelligents. Il n’y aura pas un grand soir de la voiture autonome. Carlos Tavares, le PDG de PSA Peugeot Citroën, estime que 30 % de la production automobile mondiale – 100 millions de véhicules – sera autonome en 2030. Il restera donc, à cette échéance, 70 millions de voitures vendues qui ne seront pas intelligentes ! Quand on sait qu’à l’échelle planétaire, un véhicule a une durée de vie moyenne de 17 ans, il faudra un certain temps avant que le marché de l’assurance auto ne bascule. Il est inutile de vouloir faire la Une des journaux en lançant aujourd’hui le premier contrat dédié aux voitures intelligentes. Nous n’en vendrions pas et dans dix ans, au moment opportun, il serait techniquement obsolète. Nous nous préparons pour un marché qui deviendra progressivement B to B. Covéa bénéficie déjà de ce savoirfaire avec les flottes professionnelles. Or, assurer un parc de voitures, intelligentes ou pas, relève de la même technique. Si les autos deviennent la propriété de quelques gros opérateurs (constructeurs, équipementiers, loueurs, assureurs, banques, etc.), ils protégeront leur outil comme un industriel protège ses machines contre l’incendie, l’inondation, les dommages, les cyber attaques... On sera donc sur une forme d’assurance hybride à mi-chemin entre l’assurance de flotte automobile et le bris de machine. Nous ne sommes pas complètement sur un risque inconnu. »

risques Cyber

« Nous en sommes tous au degré 0 »

« Aujourd’hui, les primes rattachées au risque cyber sont de l’ordre de 5 Md€ dans le monde. La vérité, c’est que personne n’est en mesure d’appréhender les ramifications et les conséquences juridiques de ce risque. Je me souviens de ce drame où, en 1993, un jeune adolescent avait déposé, sur une voie de chemin de fer, une grosse pièce métallique pour « voir ce que ça ferait » (NDLR : à Saint-Leu-d’Esserent dans l’Oise). Le train avait déraillé (NDLR : 4 morts et 4 blessés graves) et interrompu la circulation ferroviaire pendant 48 heures. C’est la MRH de ses parents, responsables de cet enfant mineur, assurés à la GMF, qui a payé des dizaines de millions d’euros. Si je transpose cette histoire, avec des « petits génies » qui s’amusent à jouer aux pirates informatiques, nous ne sommes pas en mesure de calibrer les dégâts qu’ils pourraient causer à une entreprise en termes de pertes d’exploitation, ou en termes humains. D’où les mécanismes collectifs de coassurance et de réassurance actuels. Avec le retour d’expérience, certains acteurs considéreront ensuite qu’ils ont le savoir et les capitaux pour proposer une vraie solution. Mais aujourd’hui, nous en sommes tous au degré zéro. ».

Distribution

« Les compagnies à agents n’ont pas disparu de la circulation »

« Certains remettent en question le principe de réseaux d’agents ? Que je sache, les compagnies à agents généraux n’ont pas disparu de la circulation. Pourquoi devrait-on se dire que l’assurance des particuliers est si difficile qu’il faudrait abandonner ce canal de vente ? Cela reviendrait à prendre une décision sur une base purement théorique. Beaucoup d’assurés sont prêts à payer un surplus de cotisation pour qu’une personne se charge de tout. L’optimisation du maillage des réseaux se fera donc progressivement. Et elle ne sera pas la même, selon la répartition d’activités entre particuliers et entreprises. C’est ce virage vers les professionnels que nous opérons avec nos 1 300 agents généraux MMA. L’enjeu consiste à trouver le bon rythme pour réussir ce changement stratégique. Sur le marché du particulier, notre ambition est de penser notre organisation en fonction des flux, pour être au plus près des besoins des clients. Par exemple, nous avons des assurés qui passent directement par mma.fr. Nous mettons donc en place des mécanismes incitatifs de commissionnements dégressifs en fonction de la rapidité de la réponse apportée aux internautes. Objectif : que nos collaborateurs, en agence, réagissent vite. Mais la vérité, c’est que les flux strictement Internet restent encore très modestes. »

L’activité IARD, notre coeur de métier, représente près des trois quarts de notre chiffre d’affaires et porte la performance de l’année écoulée.

DDA

« Une réglementation déresponsabilisante »

« Avec la Directive sur la distribution d’assurance, il faudra trois fois plus de temps à nos commerciaux pour vendre un contrat. Cela signifie donc plus de chargements pour les assureurs et, in fine, un coût pour l’assuré. L’Ipid (Insurance product information document ou document d’information standardisé), est déconcertant. La DDA va jusqu’à demander à un motard s’il peut monter sur sa moto... Mais quelle conception a-t-on de l’Homme ? Je suis attaché au couple liberté/responsabilité qui fait la dignité de l’Homme. Or, la DDA comme nombre de réglementations, est déresponsabilisante. La France a la manie des grandes lois, dont on paraît attendre une vertu conjuratoire, en écho au « plus jamais ça »... Mais malheureusement il y aura toujours des accidents par nature, imprévisibles. »

Assurance vie

« Est-il pertinent de vouloir flécher l’épargne ? »

« Laissons les gens agir en fonction de leurs besoins. L’encours moyen sur les contrats d’assurance vie, toutes branches et compagnies confondues, est de 35 000 €. Il s’agit le plus souvent d’épargne de précaution. Comment dire à une personne qui a rempli son livret A et a une seconde couche d’épargne, qu’il n’a pas le droit d’y toucher pendant dix ans ? Autre point : la réglementation ne nous incite pas à orienter l’épargne vers l’entreprise. Quand vous avez une exigence de fonds propre de 39 % sous Solvabilité 2 en achetant des actions, mais que cela ne vous coûte rien d’acheter de l’obligation d’État émise par un pays membre de la zone euro, ce n’est pas logique. D’un côté, on nous dit d’orienter l’épargne et de l’autre, l’exact inverse. En Allemagne, par exemple, c’est différent, il y a les fonds de pension, qui ont failli naître (loi Thomas) en France en 1997. »

Le groupe Covéa

« Une organisation resserrée et simplifiée »

« Il y avait un point de départ au nouveau Comex mis en place le 1er janvier 2018 : le souhait de Christian Baudon, directeur des assurances de Covéa, d’arrêter ses activités opérationnelles. Il est mon binôme depuis vingt ans. J’ai donc fait un état des lieux avec les autres membres du Comex. Je ne souhaitais le départ d’aucun. Je suis de ceux qui pensent, en outre, que les gens ne s’effacent pas derrière leur fonction. Je tiens compte des compétences, des caractères. Alors plutôt que de bricoler l’organisation tous les six mois, j’ai préféré opérer en une seule fois et modifier l’organigramme en début d’année. Le fait d’être 12 au Comex déformalise les discussions. Parmi les changements importants il y a la création des deux directions générales : relations clients et offres et services clients. Le foyer du remaniement se situe là. Par ailleurs, le statut commun, vaste chantier social, a simplifié notre organisation en générant des économies sur les mécanismes de gestion courante. Pensez ! Nous avions 28 systèmes de paye ! Dès le départ, l’idée de Covéa, avec Jean-Claude Seys, mon prédécesseur, consistait à permettre des évolutions de carrière en interne. Or, il n’y avait pas assez de demandes – 200 à 300 par an sur 21 000 salariés – en raison de la complexité des différents statuts. Nous avons aujourd’hui conquis des marges de manoeuvre favorisant la mobilité interne notamment. Un collaborateur intègre le groupe Covéa et plus seulement Maaf, MMA ou GMF. Nous souhaitons aussi gagner en maturité sur les fonctions centrales – type finances – et les standards des nouvelles (et futures ?) réglementations.

AG2R-Matmut et Macif-Aesio

« Une mutualisation à trouver »

Azur, MMA, Maaf et GMF se sont unis afin de créer des économies d’échelle liées au fait que ces entreprises ont la même activité. Or, AG2R et Aesio, d’une part, pratiquent l’assurance de personnes et Macif et Matmut, d’autre part, plutôt l’assurance dommages. Une rapide mutualisation est donc plus ardue. On est en présence de juxtaposition plutôt que de mutualisation. Ma stratégie ressemble plus à celle de Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi, qui a fait de l’Alliance le premier constructeur mondial. Par mutualisation, j’entends le fait d’acquérir un poids permettant de peser sur les coûts dans les négociations. Avec nos réparateurs agréés, nous pouvons ainsi obtenir des conditions en leur recommandant plus d’1 million de véhicules sinistrés par an. Ces unions entre pratiquants des mêmes risques auraient rebattu davantage les cartes en termes de contraintes concurrentielles. J’attends donc de ces rapprochements de nouvelles sources d’inspiration pour Covéa. »

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