Les assureurs et la crise : Bas les masques !

Si les résultats des élections législatives grecques semblent éloigner une sortie d'Athènes de la zone euro, la crise des obligations d'État des pays dits « périphériques », au premier rang desquels l'Espagne et, de plus en plus, l'Italie, reste d'actualité. Jusqu'à présent soi-disant immunisés, les assureurs européens ne semblent plus à l'abri.

Très rarement dans l'histoire de l'Europe d'après-guerre, des élections législatives auront été autant scrutées et craintes. Réinvités, le 17 juin, à s'exprimer dans les urnes après le fiasco du scrutin de début mai, les Grecs, au bord de l'asphyxie économique et financière, ont finalement opté, de peu, pour le parti de droite, celui qui a signé avec les autorités européennes le dernier plan de rigueur censé sauver la république hellénique et, accessoirement, la zone euro.

Malgré tout, une fois le soulagement (de courte durée) passé, l'avenir de cette dernière est loin d'être éclairci. Pour preuve, l'Espagne, qui vient tout juste d'obtenir une aide de 100 Md€, continue de battre des records de taux d'intérêt pour pouvoir emprunter. Lundi 18 juin, l'emprunt d'État espagnol à dix ans atteignait 7,16%. Du jamais vu. Les mêmes tensions ont touché la dette italienne, avec des taux d'intérêt qui ont grimpé à 6,05%, bien loin, toutefois, des niveaux atteints fin 2011, au-delà de 7%. Au G20, réuni au Mexique ces 18 et 19 juin, la situation de l'Europe était au coeur de toutes les interrogations.

Quand le contrôleur européen tire la sonnette d'alarme

Jusqu'à présent, officiellement, pas de panique : la plupart des agents économiques allaient mal, mais pas les assureurs ! L'honneur était donc sauf, si l'on peut dire, pour ces derniers. Même les autorités officielles, réputées indépendantes et « légitimes » (l'Autorité de contrôle prudentiel en France, l'Eiopa au niveau européen...), contrairement aux agences de notation, certifiaient jusqu'alors qu'il n'y avait aucun motif d'inquiétude. Sauf que... la fédération des autorités de contrôle de l'assurance des états membres de l'Union européenne, l'Eiopa, vient de mettre, à sa manière, c'est-à-dire diplomatiquement, les pieds dans le plat. Son dernier rapport attire l'attention sur la fragilisation rampante et persistante des assureurs en Europe, du fait, notamment, des taux d'intérêt historiquement bas et des dépréciations d'actifs consécutives à la crise des dettes souveraines et à la déconfiture des marchés actions.

Un environnement d'autant plus préoccupant aux yeux de l'Eiopa que les perspectives économiques et financières de la zone euro sont loin d'être positives. Le fait qu'une telle autorité finisse par admettre que l'horizon s'assombrit pour le secteur et que l'effritement de la solvabilité des assureurs, constaté depuis un an, n'est pas de bon augure, surtout à l'aune de l'entrée en vigueur de Solvabilité 2, est loin d'être anodin. Et encore base-t-elle ses conclusions sur l'examen des résultats des seuls vingt plus grands acteurs du marché ! Que penser de la résistance, dans ces conditions, des petits et moyens acteurs de la zone ?

Les fonds propres pourront-ils absorber le prochain choc ?

D'après l'Eiopa, de tous les facteurs de fragilité, c'est le faible niveau des taux d'intérêt qui pénaliserait le plus le secteur de l'assurance vie. En effet, les faibles rendements dégagés par leurs portefeuilles obligataires ne permettront plus de verser des taux attrayants aux épargnants sans piocher dans leurs réserves ou prendre des paris risqués sur des actifs plus rémunérateurs. Le problème se pose avec encore plus d'acuité sur les produits à revalorisation garantie ou à prestations définies. Le son de cloche diffère chez les analystes, selon lesquels l'exposition des grands groupes d'assurances à la dette des pays à risque, ceux qu'on désigne sous l'acronyme PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne) est le facteur le plus inquiétant.

En effet, les montants sont colossaux par rapport aux matelas de sécurité des assureurs, comme le montre le tableau de la page 14. Ces milliards d'euros de dettes dans les bilans ont de quoi susciter l'inquiétude quant à la capacité des compagnies à absorber un nouveau défaut de paiement comparable à celui de la Grèce sans mettre leurs fonds propres en danger. L'exposition aux dettes d'État des PIIGS atteignait, fin 2011, 24,3 Md€ chez Axa, 33 Md€ pour Allianz. Avec près de 50 Md€ de fonds propres, ces compagnies restent solidement capitalisées.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ?

Il n'en va pas de même pour Generali et Groupama, qui comptent respectivement 60,3 et 12,5 Md€ de dettes d'États « périphériques », contre seulement 18 et 5,3 Md€ de fonds propres. Quant à CNP assurances, la compagnie a réduit ses placements en dettes souveraines à 14 Md€ contre 19,7 Md€ fin 2011 et présente 12 Md€ de fonds propres. Depuis que les élections ont éloigné le spectre d'une sortie de la Grèce de la zone euro, les marchés craignent un défaut de paiement italien. Pourtant, souligne dans une note Patrick Artus, directeur des études économiques chez Natixis, l'industrie transalpine dégage des excédents extérieurs, le pays n'aura bientôt plus de déficit de la balance courante et peut se targuer d'un excédent budgétaire primaire depuis 2011, à la différence de la France et de l'Espagne. « L'Italie est en bien meilleur état que la France », renchérit un analyste. Et si la France était la prochaine sur la liste ?

GABRIEL BERNARDINO, PRÉSIDENT DE L'AUTORITÉ EUROPÉENNE DES ASSURANCES ET DES PENSIONS PROFESSIONNELLES (EIOPA)

« Certains acteurs sont plus touchés que d'autres »

  • Pourquoi l'Eiopa estime-t-elle que la crise commence à toucher les assureurs européens ?

Il faut faire la distinction entre l'environnement de taux bas actuel et la crise de la dette. L'un des éléments clés de ce renversement à propos de la solvabilité et de la rentabilité est le niveau bas des taux d'intérêts, davantage que la crise de la dette en elle-même, Bien sûr, vous pourriez rétorquer que les deux sont liés !

  • Pourquoi le niveau moyen de solvabilité des assureurs est-il passé de 210 à 200% en un an ?

Ces chiffres de solvabilité pour 2011 ne sont que préliminaires, jusqu'à présent, seuls vingt des plus grands assureurs européens ont répondu. Cependant, la tendance globale est certainement en ligne avec nos anticipations. Cela dit, soulignons que les dépréciations sont un élément mineur de cette tendance, comparées aux taux d'intérêt. Certains acteurs sont plus touchés que d'autres : ceux qui ont une importante activité en assurance vie traditionnelle. Même chose pour les régimes de retraite professionnelle à prestations définies...

  • La diminution du surplus de capital combinée à la crise de la dette ne va-t-elle pas contraindre certains assureurs à des mesures ?

C'est vrai que le secteur européen de l'assurance est confronté à plusieurs risques qui pourraient conduire à une consolidation du marché. L'entrée en application de Solvabilité 2, dans un tel contexte, est un défi, mais elle est vitale. Le régime prudentiel actuel Solvabilité 1 n'est pas adapté pour l'identification et la gestion de situations de marché difficiles. Donc, plus vite sera appliquée une approche risques pris/solvabilité, plus facilement le marché pourra gérer n'importe quel bouleversement.

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