Les assureurs sous la menace de Standard & Poor's

Les assureurs sous la menace de Standard & Poor's

Non contente d’avoir placé sous surveillance négative 15 des 17 pays de la zone euro, l’agence de notation a fait de même avec 15 assureurs européens, dont Axa, CNP et la CCR. Un véritable coup de tonnerre pour le secteur, bien que certains acteurs tendent à relativiser cette décision.

Est-ce l’effet Standard & Poor’s ? Le 12 décembre, à la bourse de Paris, les valeurs des assureurs français ont été largement malmenées. Le titre April a baissé de 2,90% tandis CNP cédait 4,25% et Axa… 5,33%. Certes, le CAC 40 a affiché, dans le même temps, un recul de 2,61%. Il n’empêche, la décision du 9 décembre de Standard & Poor’s (S&P) de placer sous surveillance négative 15 assureurs européens, dont les français Axa, CNP et CCR (Caisse centrale de réassurance), n’est sûrement pas étrangère à ces mauvaises performances.

Effet domino

Une décision qui découle directement de la mise sous surveillance négative, toujours par S&P, de 15 des 17 pays membres de la zone euro. Si la France perdait son précieux triple A, la note des entreprises publiques seraient dégradées illico. Or, parmi elles figurent CNP, la CCR, mais aussi La Poste et la Caisse des dépôts et consignations (CDC) appelé à la rescousse de… Groupama. Plus largement, « une compagnie d’assurance ou une banque ne peut pas être mieux notée qu’un Etat », estime Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des épargnants. C’est particulièrement vrai dans le cas des assureurs dont le portefeuille (notamment leur fonds euro) est gorgé d’obligations d’Etat. Les dettes souveraines représenteraient ainsi plus du tiers des actifs des sociétés d’assurance.

Sérénité affichée

Pour autant, la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) se veut sereine. « Le message de S&P est conséquent dans le sens que, si les Etats européens ont été mis sous surveillance, il est logique que le secteur financier le soit, et donc que les entreprises d’assurances qui sont des investisseurs importants dans la dette souveraine le soient aussi », a déclaré Bernard Spitz, président de la FFSA, à l’agence Reuters, tout en ajoutant, « les fondamentaux de l’assurance ne sont pas mis en cause ». Si la dégradation des notes des Etats devait entraîner une hausse des taux d’intérêt, ce ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle pour les assureurs. « Cela augmentera les rendements des fonds euro, ce qui serait plutôt bienvenu en cette période de baisse de la collecte », note Pascal Renoncet, consultant en stratégie patrimoniale à la société indépendante de gestion en patrimoine Thésaurus.

.Confiance écornée

Même la dégradation des notes des assureurs ne semble pas effrayer outre mesure. « Les assureurs américains ont vu leur note dégrader et ils empruntent toujours aussi facilement sur les marchés », constate Philippe Crevel. Reste que la perte du fameux AAA par la France pourrait semer le trouble dans les esprits. « La dégradation provoquerait à coup sûr une perte de confiance des épargnants », craint Pascal Renoncet.

Jean-Philippe Dubosc

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