Mutualité Française : Thierry Beaudet doit transformer l'essai

Mutualité Française : Thierry Beaudet doit transformer l'essai
Thierry Beaudet Président de la Mutualité française

La Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) tient son assemblée générale annuelle ce 22 juin 2017. Un rendez-vous statutaire qui prendra, cette année, une saveur particulière... Entretien avec son président Thierry Beaudet.

Voilà un an, quasiment jour pour jour, que la première fédération mutualiste élisait à sa tête un nouveau président. Et l’occasion est d’autant plus tentante de tirer le bilan que l’élection de Thierry Beaudet est intervenue dans un contexte difficile et morose. Celui d’une Mutualité française maltraitée par les réformes d’un gouvernement pourtant censé lui être proche et souvent critiquée par ses adhérents pour son manque de pugnacité.

Douze mois plus tard, la tonalité a incontestablement changé. « L’expression politique est plus lisible et plus solide », analyse un bon observateur de la Mutualité française. Si son discours offensif était déjà salué lors des « Journées de rentrée » à Lille, fin septembre, Thierry Beaudet a incontestablement frappé un grand coup avec son initiative « Place de la santé ». Certes, il a bénéficié d’un joli coup de pouce de la part de François Fillon dont le programme, très contesté, a poussé la santé sur le devant de la présidentielle.

Mais toute réussite a sa part de chance et même les plus critiques reconnaissent un sans-faute sur la forme comme sur le fond. Le 21 février, la Mutualité française s’est clairement repositionnée au cœur du jeu en accueillant les principaux candidats à la présidentielle, venus exposer leur programme en matière de protection sociale et de santé. Et parmi lesquels Emmanuel Macron, qui, un peu plus de deux mois plus tard, devait accéder à l’Élysée.

Le bilan de cette première année de présidence est donc plutôt jugé positivement. « Reste à voir comment il va maintenant transformer l’essai », commente un mutualiste. Et Thierry Beaudet est attendu sur les fameux contrats types, défendus par le nouvel exécutif pour cause de transparencemais largement contestés par les organismes complémentaires santé. Au président de la Mutualité française de pousser la proposition qui conciliera l’objectif de lisibilité – partagé – et l’équilibre économique des mutuelles. En évitant, comme ce fut si souvent le cas lors des quinze dernières années, qu’une fois dénaturée par le gouvernement, cette proposition revienne comme un boomerang. Certains se souviennent que la mécanique du contrat responsable fut inspirée des réflexions mutualistes.

 

Argus de l'Assurance : Lors de votre élection, vous aviez déclaré que les mutuelles seraient plus exigeantes envers les pouvoirs publics. L’ont-elles réellement été depuis un an ?

Thierry Beaudet - Nous avons enregistré un certain nombre de succès. Même si c’est passé un peu inaperçu, nous avons obtenu, pour les mutuelles de livre 3, un équivalent du CICE avec le crédit d’impôt de taxe sur les salaires (CITS). Nous sommes parvenus à convaincre les pouvoirs publics que le label senior était une mauvaise réponse à une vraie problématique. C’était un enjeu important pour nos mutuelles, qui protègent 70 % des plus de 65 ans. Enfin, un congé formation pour les mutualistes a été inscrit dans la loi Égalité et citoyenneté et nous avons obtenu, juste avant la fin du quinquennat de François Hollande, la publication au Journal officiel de l’ordonnance portant réforme du code de la mutualité. Je veux que les pouvoirs publics considèrent qu’ils ont, avec la Mutualité, un interlocuteur fiable, la contrepartie étant notre exigence à leur égard.

Comment envisagez-vous les relations avec le nouvel exécutif ?

Mon objectif est que nous soyons associés à la construction des solutions qui nous concernent. J’ai envie de prendre au mot Emmanuel Macron, qui, lorsqu’il était candidat, voulait libérer les initiatives, faire davantage confiance aux forces économiques et sociales. Il a fixé un certain nombre de grands objectifs, comme le reste à charge zéro sur l’optique, le dentaire et l’audioprothèse, ainsi que la nécessité d’une plus grande transparence sur les contrats de complémentaire santé. Nous souhaitons élaborer un certain nombre de propositions d’ici à la fin de l’année, en discuter avec le gouvernement et les acteurs concernés (patients, professionnels de santé, partenaires sociaux…), et que le président de la République vienne rendre sa décision lors de notre congrès de Montpellier en juin 2018.

La première fédération mutualiste française

  • 650 Mutuelles (livres 1, 2 et 3) sont adhérentes à la Mutualité française.
  • 371 Mutuelles santé.
  • 35 Millions de personnes sont protégées.
  • 2 600 Services de soins et d’accompagnement mutualistes (SSA M).

Toujours en juin dernier, vous déclariez à l’assemblée générale de la Mutualité française : « La fédération, c’est votre maison ». Quelles actions avez-vous menées pour concrétiser cette affirmation ?

L’assemblée générale extraordinaire de décembre 2016 a décidé de réserver 10 % des postes d’administrateurs aux petites mutuelles, une décision qui va s’appliquer fin juin, lors du renouvellement de notre conseil d’administration. Et le dispositif prévoit que ce sont les petites mutuelles qui éliront leurs représentants. Nous réfléchissons d’ailleurs à leur réserver également une place au sein de la délégation mutualiste à l’Unocam. Plus largement, nous avons renforcé les dispositifs d’animation des mutuelles et je suis allé sur le terrain un peu pour leur parler, beaucoup pour les écouter. Et lorsqu’elles m’interpellent sur leur avenir, je réponds : oui, les petites mutuelles ont un avenir, en continuant d’être extrêmement professionnelles, de nouer une relation de qualité avec leurs adhérents et de maîtriser leurs enjeux techniques.

Quelle sera demain la taille de la fédération et l’évolution de la cotisation ?

Les attentes des mutuelles ont évolué, et nous devons y répondre dans le cadre d’un budget volontariste. Nos membres sont attentifs à leurs coûts de gestion, et la FNMF s’inscrit dans la même dynamique. Je porte l’idée d’une diminution de la cotisation de l’ordre de 25 % sur la durée de mon mandat et d’un effectif cible d’un peu moins de 250 équivalent temps plein, contre environ 280 aujourd’hui. Nous avons beaucoup de leviers pour y parvenir et notamment quelque 80 départs à la retraite d’ici à 2022 : le scénario privilégié est d’en remplacer un sur deux. Ces questions sociales ont été formalisées par le directeur général, Albert Lautman, dans le cadre d’un projet stratégique présenté au comité d’entreprise et, aujourd’hui, à ce stade, il n’y a aucun scénario fondé sur un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

Est-ce que ce chantier social s’accompagne d’une redéfinition des missions de la fédération ?

Changement majeur, la fédération se recentre aujourd’hui sur les services aux mutuelles et se désengage des actions en direction des adhérents qui sont de la responsabilité des mutuelles, unions et regroupements. Très concrètement, cela signifie l’arrêt de certaines actions de prévention et du volet relation directe avec les adhérents de Priorité santé mutualiste (PSM).

À plusieurs reprises, vous avez déclaré que les mutuelles doivent couvrir d’autres besoins que la santé. Où en êtes-vous ?

Avec les mutuelles de livre 3, nous agissons aujourd’hui sur tout le champ de l’accompagnement à la personne, de la petite enfance à la fin de vie. Nous sommes de plus en plus souvent partenaires des collectivités locales pour développer des crèches. Nous dépassons aussi la frontière de la santé lorsque nous développons des dispositifs pour le maintien à domicile. Pour les mutuelles de livre 2, la prévoyance est un enjeu stratégique majeur, avec des marges de progrès considérables : sur la prévoyance vie, nous avons 2 % de parts de marché, et 12 % en non-vie (IJ, incap-inval).

Le rapport sur les missions de la FNMF de juin 2016 se montrait très critique envers l’Unocam. Envisagez-vous d’en faire une simple structure de « coordination technique », selon l’expression du document ?

L’Unocam a permis de renforcer les échanges entre les différentes familles de la complémentaire, mais force est de constater qu’elle n’a pas modifié la donne des négociations conventionnelles entre l’assurance maladie et les syndicats de professionnels de santé. L’Unocam demeure sur un strapontin et on attend des complémentaires qu’elles contribuent à solvabiliser des accords auxquels elles n’ont pas vraiment été associées. Après, la balle est dans notre camp. À nous d’imaginer, y compris en dehors de l’Unocam, les discussions que nous pourrions engager avec des professionnels de santé. Si nous voulons nouer de nouvelles relations, par exemple sur des prestations non prises en charge par l’assurance maladie obligatoire, nous devons réfléchir à ce qui est tarifable, assurable et contrôlable. Depuis mon élection, j’ai rencontré beaucoup de représentants de professionnels de santé auxquels j’ai globalement tenu ce discours. Ils m’ont semblé ouverts. Maintenant, cela reste à démontrer concrètement.

Emploi

BNP PARIBAS

Architecte IT H/F

Postuler

CIBLEXPERTS

Expert RC construction ou mécanique H/F

Postuler

BNP PARIBAS

Chargé(e) d'études actuarielles - Tarification H/F

Postuler
Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Assurances Risques Statutaires

CHU de Montpellier

24 septembre

34 - Montpellier

Souscription des contrats d'assurances.

Ville de Verberie

23 septembre

60 - VERBERIE

Souscription des contrats d'assurance

Ville de Magnac Laval

23 septembre

87 - MAGNAC LAVAL

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Mutualité Française : Thierry Beaudet doit transformer l'essai

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié