NAO 2016 : crispation sur les salaires

NAO 2016 : crispation sur les salaires
CBP Fin mars, à l’appel de trois organisations syndicales (FO, CGT et CFDT), une partie des salariés du courtier ­en assurance CBP a débrayé devant les locaux de la société à Saint-Herblain (Loire-Atlantique).

Dans un contexte de faible inflation, les négociations annuelles obligatoires (NAO) se sont majoritairement conclues cette année par des augmentations de salaires modérées. Au grand dam des organisations syndicales.

Le mouvement aura duré cinq jours. Du lundi 27 au vendredi 31 mars, à l’appel de trois organisations syndicales (CFDT, CGT et FO), des collaborateurs de CBP ont arrêté le travail devant les locaux du courtier en assurance situés à Saint-Herblain (Loire-Atlantique). «Nous étions 200 à 250 salariés à débrayer ce jeudi. Il y a un mal-être au sein de notre établissement au niveau des salaires», justifiait alors un syndicaliste gréviste.

Si, cette année, les négociations annuelles obligatoires (NAO) chez CBP se sont déroulées dans un climat social tendu, cet exemple est loin d’être un cas isolé dans l’assurance. «Les employeurs tirent de plus en plus sur la corde, si bien que le ton se durcit», observe Patrick Lalande, président du syndicat CFE-CGC des institutions de prévoyance et de retraite complémentaire (IPRC), rappelant qu’un rassemblement avait été organisé le 15 mars dernier devant le siège de l’Agirc-Arrco à Paris, pour protester contre l’échec des négociations salariales dans la branche.

En l’occurrence, la CFDT vient de compiler les résultats des NAO sur les salaires achevées dans le monde de l’assurance. Résultat, sur 33 entreprises observées, 35 % des négociations se sont conclues par une décision unilatérale de l’employeur en 2017. Un chiffre en hausse de 7 points par rapport à l’an passé.

En outre, à l’image des tensions rencontrées chez Axa fin janvier, beaucoup d’accords finalement signés se sont avérés, cette année, moins généreux pour les salariés. «Les entreprises reproduisent le même schéma d’une année sur l’autre, en se basant notamment sur l’inflation pour fixer les pourcentages d’augmentations. Or, la hausse des prix n’a pas dépassé les 0,2 % en moyenne en 2016», indique Régis Versavaud, de la CFDT Banques et Assurances.

Autre position des employeurs qui fâche aujourd’hui les organisations syndicales : les augmentations collectives sont dorénavant moins au rendez-vous. Plus d’un tiers des entreprises n’ont ainsi prévu aucune hausse généralisée à l’ensemble des salariés en 2017. «La tendance est à l’individualisation des rémunérations. Et d’ailleurs, plus on monte dans la hiérarchie, plus c’est le cas», regrette Patrick Lalande, de la CFE-CGC. De fait, selon notre tableau, davantage d’entreprises prévoient cette année une enveloppe d’augmentations individuelles que collectives. «L’assurance a longtemps eu une image traditionnelle, qui misait sur le collectif. Seulement voilà, désormais, dans un environnement économique incertain, de plus en plus d’entreprises du secteur sont dirigées par des financiers, dont l’objectif premier n’est pas forcément d’accroître la masse salariale» observe, amer, un spécialiste de l’assurance.

Pour autant, dans près de neuf entreprises sur dix, d’autres leviers sont dorénavant activés au moment de signer les accords salariaux. «Beaucoup d’acteurs sont parvenus à mettre en place des mesures complémentaires de salaire indirect, notamment sur l’égalité professionnelle ou la protection sociale», indique Régis Versavaud. Pour le syndicaliste, deux entités sont particulièrement à mettre en avant : «La Macif et Mondial Assistance (NDLR : Allianz Worldwide France) ont conclu des accords très complets, comprenant des périphériques de rémunération ajoutés à des augmentations individuelles et collectives». Contactées afin de mieux comprendre cette politique salariale, ces deux entreprises n’ont néanmoins pas voulu donner suite à nos sollicitations. Preuve que le sujet «salaires» reste aujourd’hui plus que jamais sensible à aborder.

Olivier Arroua, associé fondateur du cabinet de conseil en stratégie et management Selenis
« Récompenser par des hausses collectives n’a plus vraiment de sens »

« Bien que leurs résultats annuels soient bons, les entreprises du monde de l’assurance se montrent de moins en moins généreuses avec leurs salariés. Pourquoi ? Parce que ces sociétés considèrent que leur rentabilité dépend moins, aujourd’hui, du travail des collaborateurs que des réductions de coûts réalisées. C’est un fait : avec l’externalisation des fonctions de gestion et les nouveaux mécanismes de distribution, le chiffre d’affaires de ces groupes repose moins sur la productivité des salariés. Dans cette logique, récompenser l’ensemble des équipes par des hausses collectives de rémunération n’a plus vraiment de sens. À l’image de la banque, l’assurance est ainsi rentrée dans une ère où l’on préfère valoriser le talent que la force de travail. En outre, dans un contexte d’accroissement concurrentiel, tous ces acteurs doivent mettre de l’argent en réserve pour mener des investissements importants, notamment dans le digital. Sans oublier que dorénavant, les exigences de Solvabilité 2 les obligent à renforcer leurs fonds propres. »

 

Moins d’accords en 2017

  • 35 % La part des entreprises du monde de l’assurance où une décision unilatérale a été prise en 2017.
  • 64 % La part des entreprises où une augmentation collective a été négociée.
  • 67 % La part des entreprises qui prévoient cette année une enveloppe d’augmentations individuelles.
  • 85 % La part des entreprises où des mesures spécifiques ont été prises à l’occasion des NAO.
  • 0,2 % L’inflation moyenne en France en 2016.
    Source : CFDT, Insee, L’Argus de l’assurance.


Une négociation en deux temps

Alors que l’accord sur les salaires (RSG) d’Axa était ouvert à signature jusqu’au 26 janvier dernier, la direction de l’assureur a décidé d’ajouter une séance supplémentaire, le 7 février dernier. Aucune des quatre organisations syndicales représentatives (CFDT, CFE-CGC, UDPA-Unsa et CGT) n’avait paraphé le premier accord proposé en janvier. «Il n’y aura donc pas cette année d’accord cadre sur les salaires au sein du groupe Axa en France», nous indiquait, le 30 janvier, la direction. Huit jours plus tard, la direction a revu sa copie, avec notamment une augmentation générale pour les classes 5.

 

Une mobilisation qui paye

Après cinq jours de débrayage (1 heure par jour entre le 27 et le 30 mars, 2 heures le 31 mars), les employés de CBP ont repris le travail le 3 avril. Cette fin de mobilisation fait suite à de nouvelles propositions faites par leur direction, parmi lesquelles 2 % d’augmentation générale pour les collaborateurs dont le salaire annuel est inférieur à 40 000 €. Ces mesures (signées par FO et la CFDT) s’ajoutent à celles prévues dans l’accord 2017 signé par la CFTC et la CGT, le 23 mars, au sein du groupe Financière Holding CEP.

 

Une signature malgré tout

Bien qu’aucune augmentation collective n’ait été obtenue cette année lors des NAO, trois organisations syndicales de Scor ont tout de même signé l’accord 2017 sur les salaires.

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