Pourquoi les mutuelles étudiantes doivent se réinventer

Pourquoi les mutuelles étudiantes doivent se réinventer
© david guéret

Le régime étudiant de Sécurité sociale a cessé au 1er septembre. Un choc pour les mutuelles étudiantes qui tentent de pallier cette perte importante d’activité.

Un avenir radicalement nouveau mais pas forcément radieux attend les mutuelles étudiantes. « La fin du régime étudiant de Sécurité sociale (RESS) se traduit par la disparition des deux-tiers du chiffre d’affaires de nos structures, c’est un changement un peu cataclysmique », constate Pierre-Edouard Magnan. Président du réseau Emevia, qui regroupe la plupart des mutuelles étudiantes régionales, et secrétaire général de la nordiste Smeno, il s’empresse d’ajouter qu’il y a « une fierté de montrer que nous allons continuer notre métier ».

La délégation de gestion de l’Assurance maladie obligatoire, dont bénéficiaient les mutuelles depuis 1948, représentait 70 % à 90 % de leur activité totale. Sa suppression, actée en février 2018 par la loi orientation et réussite des étudiants, après des années de polémiques et de rapports étrillant une gestion défaillante du RESS (délais excessifs de délivrance de carte Vitale ou de remboursement), a contraint ces mutuelles à une transformation menée tambour battant.

Un total bouleversement

La Mutuelle des étudiants (LMDE) – unique organisme national – et la dizaine de mutuelles régionales qui se partageaient le territoire n’ont eu d’autre choix que de se caler sur le calendrier fixé par les pouvoirs publics. Une première étape s’est déroulée à la rentrée 2018, lors de laquelle les nouveaux étudiants sont restés rattachés à leur régime initial, avant une fin définitive au 1er septembre 2019, avec le rattachement à la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM) de leur lieu de résidence des jeunes encore affiliés à une mutuelle étudiante. à ce jour, un chantier est déjà totalement réglé : le transfert vers les CPAM des salariés des mutuelles en charge de la gestion du RESS. Si l’on en croit les responsables mutualistes, cette opération s’est, dans la plupart des cas, bien passée. Les salariés eux-mêmes seraient plutôt satisfaits de leur sort. La convention collective des organismes de Sécurité sociale, réputée avantageuse, n’y est sans doute pas étrangère. En revanche d’autres négociations avec la Cnam, sur les coûts de transition ou les baux notamment, n’ont pas – ou pas encore – abouti.

Le nombre de mutuelles s’est déjà réduit sous l’effet de rapprochements : la Smeco et la Smereb ont fusionné en 2018 (par voie de fusion-absorption) avec la Smerra. Ces trois mutuelles étaient membres du groupe Uitsem (Union inter régionale et technique des sociétés étudiantes mutualistes), la Smerra le restant aux côtés de la Mage, une mutuelle d’enseignants.

Au printemps 2019, la parisienne Smerep et la provençale MEP ont décidé de resserrer les rangs sous la bannière Heyme, une nouvelle marque nationale diffusée en ligne. Elle affiche l’ambition de répondre aux besoins spécifiques en complémentaire santé des 16-35 ans, non seulement étudiants, mais aussi jeunes actifs, avec notamment une offre qui s’adresse aux free-lance. Trois autres mutuelles étudiantes, la Smerag, Mis Santé et SEM – spécialisées sur les étudiants étrangers en France –, ainsi que la Mutuelle des cliniques de France (MCF) et la Société mutualiste générale de prévoyance (SMGP), toutes membres du groupe UMGP (Union mutualiste générale de prévoyance), se sont aussi rangées sous la bannière Heyme. « Notre ambition est de devenir leader du marché jeunes d’ici trois ans, avec 110 000 adhérents contre 76 000 aujourd'hui », annonce Hadrien Le Roux, président de la Smerep.

Trois actions privilégiées

  • Consolidation La quasi-totalité des mutuelles étudiantes est engagée dans des processus de regroupement, qu’il s’agisse de fusion-absorption ou de mise en place d’offres communes.
  • Diversification Pour assurer leur avenir, certaines tentent de renaître sous la forme de mutuelles dédiées aux jeunes, d’autres préfèrent se diversifier sur le logement étudiant.
  • Digitalisation La perte de l’accès aux universités pousse les mutuelles étudiantes à revoir leur modèle de distribution. La plupart misent désormais sur le digital.

Même ambition à la MGEL, qui fait partie de Vyv Partenariat et « deviendra certainement à terme la mutuelle de référence des jeunes du groupe Vyv », indique Cédric Chevalier, directeur général de la mutuelle et directeur des solutions jeunes du groupe Vyv. Si la MGEL reste aujourd'hui autonome, la question d’un rapprochement avec d’autres structures du groupe Vyv pourrait un jour se poser. D'autant plus que le groupe vient de lancer Yvon, une marque et un site s’adressant aux étudiants, qui ne fait pas référence à la MGEL, si ce n’est dans les mentions légales du site yvon.eu.

La question de l’indépendance se pose aussi pour LMDE (groupe Intériale). Il y a un an, le conseil d’administration d’Intériale avait entériné une résolution autorisant la nomination d’un commissaire à la fusion. Un vote qui n’avait pas été suivi d’effet. Mais le sujet reste d’actualité. « LMDE a engagé cette année des discussions sur un projet de fusion avec Intériale », révèle Pauline Raufaste, présidente de la mutuelle étudiante. « Nous n’en sommes qu’au stade de l’intention. Les discussions n’ont pas abouti, l’idée n’est pas formellement actée et devra, le cas échéant, faire l’objet d’un vote en assemblée générale », précise-t-elle.

Pauline Raufaste, Présidente de LMDE
« Des actions de prévention avec les collectivités »

“Avant, nous bénéficiions des moyens publics au titre de la gestion du régime étudiant de Sécurité sociale dont nous ne bénéficierons plus à l’avenir, puisque l’idée de remises de gestion dédiées publiques à la prévention n’a pas abouti. Ainsi, afin de continuer à faire bénéficier les étudiants d’initiatives de prévention sur tout le territoire, nous continuons de développer les actions avec les collectivités, comme c’est déjà le cas à dans la région Occitanie ou à Rennes où nous menons des opérations de prévention par les pairs (déambulations, interventions dans les lycées…), ou avec d’autres partenaires comme les Crous. ”

Fusion ou pas, une autre hypothèse retient l’attention, celle d’une entrée d’Intériale dans le groupe Vyv. Si ce rappro­chement se réalisait, il marquerait un retour aux sources pour LMDE, substituée par la MGEN (pilier du groupe Vyv), depuis sa création au début des années 2000 sur les décombres de la MNEF, jusqu’à ce qu’Intériale vienne à la rescousse de la mutuelle étudiante en 2015. En attendant d’éventuelles décisions structurantes, LMDE reste sur un positionnement de mutuelle complémentaire dédiée aux étudiants. Privée de l’accès aux universités, elle mise désormais sur le digital, en particulier pour la souscription. Le digital est vital pour toutes les mutuelles étudiantesc: « Le plus gros enjeu pour nous, c’est de savoir comment on accède aux prospects », confirme Pierre-Edouard Magnan.

Deux disparitions

La Smeba, qui est également dans le giron du groupe Vyv, prévoit le transfert de ses adhérents à Harmonie Mutuelle et l’arrêt de ses activités assurantielles. Smeba doit se transformer en organisme de livre 3 du code de la mutualité (activités sanitaires et sociales), avec la volonté d’être un levier d’investissement dans le domaine du logement en particulier.

  • 7,5 millions (1) Le nombre de jeunes de 20 à 29 ans
  • 67 millions (1) La population totale française
  • 2,68 millions (2) Le nombre d’étudiants en France
    Source : 1. Insee, données provisoires à fin 2018.
    2. Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, données 2017-2018.

Quant à Vittavi, mutuelle membre du groupe Aésio, elle s’est déjà séparée de son activité assurantielle avec le transfert de son portefeuille à Eovi MCD Mutuelle. « Nous allons maintenant engager le processus de dissolution de Vittavi, qui se concrétisera au premier semestre 2020 », indique Eric Gex-Collet, directeur général d’Eovi MCD Mutuelle. Dans le cadre du transfert, Eovi MCD a conservé la « marque » Vittavi, dont le site Web restait actif fin août, mais n’a pas encore décidé si elle l’exploiterait commercialement. Au train où évoluent les stratégies, c’est la notion même de mutuelle étudiante qui risque de disparaître, pour ne laisser la place qu’à des organismes estampillés « jeunes ».

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