Présidentielle 2017 : l'assurance au secours du candidat Macron

Présidentielle 2017 : l'assurance au secours du candidat Macron
Le candidat Emmanuel Macron ne pouvait emprunter au près des banques faute d'actifs en garantie.

Le candidat d’En Marche à l'élection présidentielle a eu toutes les peines du monde à se faire prêter de l’argent pour sa campagne électorale. L’Argus de l’assurance vous dévoile comment Emmanuel Macron a, finalement, réussi à la financer grâce à ses soutiens dans l’assurance..

Le 12 mars 2017, le journal La Croix publie une interview d’Emmanuel Macron : le candidat surprise à la présidentielle révèle qu’il s’apprête à contracter un emprunt de 8 M€ pour financer sa campagne électorale. Interrogé le lendemain matin sur BFM-TV, Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche, confirme l’information. Il précise même que le prêt en question est négocié avec une banque française dont le nom sera dévoilé, « lorsque le dossier sera bouclé ». Ce qu’omet de dire Richard Ferrand, c’est que les négociations sur cet emprunt sont au point mort depuis deux mois…

Ironie de l’histoire, Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires chez Rothschild, et au réseau forcément bien fourni dans les milieux financiers, a bien failli ne pas réussir à récolter auprès des banques les fonds nécessaires au financement de sa campagne électorale. C’est ce qui ressort, en effet, de nombreux documents issus des « MacronLeaks », du nom du piratage informatique ayant frappé l’équipe d’En Marche à quelques heures du deuxième tour de l’élection présidentielle. Parmi les dizaines de milliers de courriels internes ayant fuité sur Internet, il convient évidemment de trier le vrai du faux, certains documents ayant été glissés, de tout évidence, pour nuire au candidat d’En Marche. Ce que nous avons fait. Après un travail d’investigation et de vérification des courriels consacrés au financement de la campagne, L’Argus est en mesure de révéler que c’est en réalité grâce à ses soutiens chez les assureurs qu’Emmanuel Macron va parvenir à ses fins au terme de difficiles tractations.

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Vendredi 27 janvier, Cédric O (c’est son vrai nom), le trésorier de la campagne d’Emmanuel Macron, est inquiet. « Il faut vraiment que le prêt arrive fin février max », s’alarme-t-il dans un courrier électronique envoyé à Christian Dargnat, le vice-président de l’Association de financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron (Afcpem ). Lors d’une réunion organisée le 9 janvier, « les marcheurs » ont fixé leur budget prévisionnel à 15 M€ pour le premier tour et 18 M€ pour le second. 5 M€ de dons ont été collectés en 2016 et l’équipe fundraising (NDLR : récolte de fonds, en français) a tablé sur la levée de 2 M€ supplémentaires d’ici à la mi-mai. Soit un total estimé de 7 M€ de dons auxquels doivent venir s’ajouter deux prêts bancaires : un premier de 8 M€ censé être disponible mi-février et un second de 3 M€ pour fin avril.

Les banques hésitent

Très vite, l’équipe d’Emmanuel Macron réalise cependant que les négociations pour l’obtention d’un emprunt vont être beaucoup plus compliquées que prévu. Échaudées par l’invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 et les révélations sur l’affaire Bygmalion, les banques sont devenues très frileuses vis-à-vis des responsables politiques. Et Emmanuel Macron, aussi médiatique soit-il, ne rassure pas les investisseurs. Son mouvement, âgé de moins d’un an, donne davantage l’image d’un cercle d’affidés que d’un parti politique. Surtout, contrairement aux grandes formations comme le PS ou Les Républicains, En Marche ne dispose d’aucun actif immobilier qui puisse être utilisé comme garantie pour l’emprunt de son candidat. Sans caution valable, le Crédit mutuel (la banque personnelle de Macron) et la Bred, les deux établissements avec lesquels l’équipe Macron est en discussion, refusent de débloquer les fonds demandés.

Pour parer au manque de garanties, les proches de l’ancien ministre de l’Économie planchent sur la possibilité de souscrire une police d’assurance. Deux hommes sont aux manettes. Le premier, Christian Dargnat, est issu du monde bancaire. Il a dirigé le spécialiste en gestion d’actifs BNP Paribas Asset Management de 2009 à 2015. Le second, Emmanuel Miquel, est capital risqueur pour le fonds d’investissement Ardian (ex-Axa Private Equity). C’est lui qui détaille le projet à Cédric O dans un courrier électronique envoyé le 30 janvier : « Nous sommes en train d’explorer la possibilité de souscrire une police d’assurance liée dans le cadre de l’obtention du prêt bancaire. Cette police d’assurance viserait non seulement à se couvrir contre le décès/invalidité (police « vie » classique), mais également contre le risque des 5 % », explique Emmanuel Miquel dans son message, avant de préciser les difficultés rencontrées : « Nous testons actuellement les assureurs sur la faisabilité d’une telle police d’assurance ; après un nombre non nul de refus, un assureur a approuvé la faisabilité d’un tel dossier chez eux. » L’assureur auquel fait référence Emmanuel Miquel n’est autre que la compagnie d’assurance allemande Allianz.

Activer les réseaux

Pour parvenir à leurs fins, les hommes d’Emmanuel Macron ont fait appel à l’un des plus gros intermédiaires d’assurance de France : le courtier Siaci Saint Honoré. Un acteur qu’Emmanuel Miquel connaît bien. Il a, en effet, participé, deux ans auparavant, aux négociations qui ont abouti à la prise de contrôle de Siaci par son employeur, le fonds Ardian. Pendant la campagne, Miquel officie toujours comme référent d’Ardian auprès de Sciaci. Par ailleurs, le président du groupe de courtage, Pierre Donnersberg, connaît Emmanuel Macron. Le courtier est aussi l’un des nombreux donateurs ayant contribué au financement de la campagne du candidat d’En Marche, comme en atteste l’extrait d’un virement de 4 600 € consultable parmi les documents auxquels L’Argus a eu accès. Forts de ce nouveau soutien de poids, « les marcheurs » pensent l’affaire pliée.

La Bred, qui a été relancée début février, semble coopérative. Dans un courriel adressé à Cédric O le mercredi 15 février, Christian Dargnat estime que cela n’est plus qu’une affaire de quelques jours. « Pour obtenir le prêt, voici l’enchaînement idéal ; lundi matin, à son domicile ou au QG : prise de sang, d’urine et électrocardiogramme d’EM ; mardi : j’ai les certifications des assureurs et réassureurs ; mercredi : passage de notre dossier à la banque pour obtention du prêt. Fin de semaine : l’argent du prêt est disponible :-) », écrit le vice-président de l’Association de financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron (AFCPEM) à son trésorier. Mais les jours passent et les discussions n’avancent pas. Le 27 février, Christian Dargnat est inquiet. « Les assureurs ont tous les éléments pour revenir vers nous en ce début de semaine et la banque exige toujours davantage des assureurs : elle a promis de revenir vers nous... », écrit-il à Cédric O dans un message envoyé à 6 h 35 du matin.

Les sondages ont-ils influencé les décisions ?

Inquiète de la tournure des événements, l’équipe d’Emmanuel Macron réfléchit à une autre solution qui consisterait à ce que le candidat se fasse prêter les fonds par un de ses proches. Une option écartée grâce aux bonnes nouvelles qui arrivent de Siaci et de la Bred, le 9 mars.

Nous sommes au lendemain de la publication d’un premier sondage donnant Emmanuel Macron en tête à l’issue du premier tour. Ce jour-là, Hervé Houdard, le directeur général de Siaci Saint Honoré, transmet à Christian Dargnat une première étude tarifaire d’un contrat emprunteur établi avec Allianz pour un prêt d’un montant de 8 M€. Une semaine plus tard, le 16 mars, l’autre volet de l’assurance du candidat Macron est transmis au vice-président de l’AFCPEM. Il s’agit de la partie la plus importante de la garantie. En contrepartie d’une prime d’un montant de 232 592,81 €, la police prévoit l’indemnisation de l’intégralité du montant de l’emprunt du candidat, soit 8 M€, dans l’éventualité où son résultat au premier tour serait inférieur à 5 %, seuil donnant droit au remboursement par l’État. Le risque est partagé entre quatre coassureurs : l’Allemand Allianz, les Français Albingia et La Parisienne ainsi que l’Américain Liberty Global. L’affaire semble cette fois bien partie pour être finalisée.

Mais c’était sans compter sur un nouveau coup de théâtre. Dans le courant du mois de mars, la Bred informe l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron qu’elle ne peut finalement débloquer que 4 M€. Les discussions sont relancées dans l’urgence avec le Crédit mutuel, qui se montre plus ouvert maintenant que les sondages donnent régulièrement le candidat d’En Marche en tête au premier tour. Une offre de prêt couvrant les 4 M€ manquants est transmise le 23 mars. Et cerise sur le gâteau, la banque ne demande comme garantie qu’une simple assurance emprunteur. Le contrat d’assurance 5 % est donc revu à la baisse. Seuls les 4 M€ prêtés par la Bred sont désormais couverts par les assureurs et le montant de la prime est rabaissée à 141 759,47 €. Le 4 avril, les deux emprunts et le contrat d’assurance sont signés au QG d’Emmanuel Macron en présence notamment de Pierre Donnersberg. Dix-neuf jours plus tard, Emmanuel Macron arrive en tête du 1er tour de l’élection présidentielle. Rançon du succès, selon nos informations, la prime d’assurance emprunteur du candidat d’En Marche a alors quasiment doublé du fait du risque terroriste potentiel pesant sur le probable futur chef de l’État.

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