Prévention : retard à l'allumage

Peu fréquents en quantité, les incendies domestiques représentent pourtant jusqu'à un tiers de la charge sinistres des contrats MRH. Et leur nombre double l'hiver. Seule une politique de prévention adaptée et nationale pourrait inverser la donne. Mais, sur cette question, assureurs et pouvoirs publics se renvoient la balle.

Ils sont peu nombreux , mais ils coûtent cher aux assureurs. Les incendies sont la bête noire de la multirisque habitation (MRH) : de 20 à 30 % de la charge sinistre. Et la tendance est à l'augmentation. « En dix ans, la part des incendies a été multipliée par quatre », constate Laurence Lemerle, responsable technique habitation et immeuble d'Axa France, chez lequel les incendies représentent 6 % des sinistres en MRH, mais un tiers de la charge. « Ils prennent vite des proportions importantes. Leur coût moyen est de 10 000 €, contre 2 000 € pour l'ensemble de la MRH », poursuit-elle. Même situation à la Matmut (2 % en nombre) où leur coût a augmenté de 13 % entre 2008 et 2009, avec une facture de 52 M€ sur un total de 250 M€.



Les causes sont pourtant connues. À l'origine de la plupart des incendies, « un parc immobilier vieillissant et des installations électriques qui ne répondent plus aux normes », constate Claude Zaouati, directeur produits dommages et santé d'Aviva France, qui observe également une augmentation des sinistres liés à un manque d'information et à un usage inadapté de divers matériels. Axa, qui procède à des analyses des circonstances des incendies représentant des indemnisations supérieures à 150 000 €, estime que les anomalies électriques (dysfonctionnement de matériel, court-circuit au niveau des installations, etc.) sont la première cause d'incendie, soit un tiers des sinistres importants.



Surcharge et sous-entretien

« Les équipements électriques se multiplient dans les foyers, d'où des multiprises surchargées, sans compter la présence de plus en plus fréquente d'appareils restant en veille en permanence, tels les points d'accès à Internet », indique Laurence Lemerle. Autre facteur de risque : les systèmes de ventilation mécanique vieillissants installés dans les combles des maisons. Deuxième cause d'incendie (20 % des sinistres graves chez Axa) : les installations de chauffage. Insert, poêle et cheminée à bois sont de plus en plus mis en cause, selon Laurence Lemerle : « L'augmentation du prix de l'électricité et la tendance au développement durable amènent de plus en plus de foyers à se tourner vers le chauffage au bois. Pour certains équipements, comme les inserts, il y a bien des normes à respecter, mais les problèmes peuvent se révéler après la mise en place, du fait d'un usage plus intensif, par exemple. » Chez GCE assurances, 24 % des incendies sont également dus à la foudre. Autres causes fréquemment observées, mais dans une moindre mesure : l'imprudence et la négligence (34 % chez Aviva), voire l'acte criminel, plus rare.



Prévention et réductions

À causes connues, la prévention devrait être aisée. C'est pourtant loin d'être le cas. Pas d'opération nationale, a fortiori récurrente comme en auto, mais il faut dire que la convention État-assureurs pour l'éducation routière et la réduction de la sinistralité oblige les assureurs à consacrer 0,5 % des cotisations responsabilité civile à des campagnes de prévention. La culture du risque incendie paraît presque inexistante en comparaison. L'enjeu n'est sans doute pas aussi politique que les morts sur la route... En incendie, les assureurs misent donc surtout sur des actions ciblées, mais sans doute trop dispersées.

La Matmut sensibilise chaque année ses sociétaires à l'approche de l'hiver, tout comme la Maaf et MMA via différents supports (mailings, dépliants, journal aux assurés). Axa rappelle les bons réflexes à l'occasion de chaque souscription. Des messages qui sont également adressés aux propriétaires d'immeubles, afin qu'ils les relaient auprès des locataires. « Récemment, nous avons choisi d'identifier la présence d'un insert ou d'un poêle à bois, ce qui nous permet de cibler nos messages de prévention », explique Laurence Lemerle d'Axa. Pacifica prévoit, en décembre, une action de prévention sur la nécessité de s'équiper d'un détecteur de fumée. Le bancassureur communiquera aussi sur une offre de diagnostic personnalisé.

GCE assurances étudie quant à lui les possibilités de supprimer la franchise ou d'appliquer une réduction de cotisation aux habitations équipées de détecteurs avertisseurs autonomes de fumée (DAAF). La Macif, qui multiplie les actions en régions et dont le concours de sensibilisation national C-Nario s'oriente cette année sur les incendies domestiques, propose depuis juin à ses sociétaires de s'équiper d'un détecteur à prix préférentiel (9 € au lieu de 26 € environ). Idem chez MMA, qui a passé un partenariat avec la société Fare, premier fabricant français de détecteurs.



En attendant un bonus-malus


Toutefois, les DAAF sont loin d'être la solution unique (lire l'encadré p. 17), et le coût des incendies ne risque pas de baisser tant que des campagnes de prévention d'envergure ne seront pas mises en place. Autre piste à explorer : une tarification différenciée selon les risques, voire les comportements. L'idée d'une plus grande segmentation comme en auto se pratique d'ailleurs déjà dans les pays anglo-saxons. Certains assureurs se lancent timidement dans cette voie, à l'instar d'Aviva : « Dès que le risque nous paraît important - de par la superficie du bien et la valeur patrimoniale à assurer - nous réalisons des visites avec diagnostic, explique Claude Zaouati. La date de construction de l'immeuble ne suffit pas. Un bâtiment ancien peut avoir été rénové et, à l'inverse, des installations aux normes peuvent être surchargées. » Mais la visite de risque ne concerne encore que 10 % du portefeuille habitation de l'assureur.

Difficile de généraliser cette pratique et d'aller plus loin en matière de segmentation en fonction des comportements. « La conscience du risque n'est pas assez développée en France pour aller vers ce type d'approche », conclut Laurence Lemerle. Si la tendance se maintient, les assureurs seront pourtant amenés à prendre des mesures plus drastiques, mais celui qui montrera la voie risque d'en payer les frais commercialement. Le marché attend plutôt un signal fort de la part des pouvoirs publics avant de se lancer. Bref, les uns et les autres vont continuer de se renvoyer la patate chaude...

2 Questions à

Jean Péchinot, responsable du marché automobile et particuliers à la FFSA

Pourquoi y a-t-il peu de campagnes de prévention sur le risque incendie ?

C'est peut-être moins médiatique que les accidents de la route. C'est aussi plus difficile pour les pouvoirs publics d'avoir des indicateurs nationaux. Et puis, cela n'interpelle pas la société avec un grand « S ». Cela pourrait changer si les accidents domestiques devenaient grande cause nationale en 2011. En risque incendie, les assureurs sensibilisent surtout les entreprises en faisant intervenir des ingénieurs prévention. Au niveau du risque du particulier, la profession a élaboré une brochure sur les détecteurs de fumée avec les pouvoirs publics et l'a diffusée auprès de ses adhérents. Chaque assureur a également mené sa propre politique d'information auprès de ses assurés.

Que peut-on attendre des détecteurs autonomes avertisseurs de fumée (DAAF) ?

S'il sont essentiels pour sauver des vies, ils ne pourront pas toujours permettre de sauvegarder les habitations. Il n'est pas évident que le nombre d'incendies baisse avec l'installation de DAAF. Et qui va vérifier qu'ils fonctionnent toujours trois ou quatre ans après la pose ? En Allemagne, c'est rentré dans les moeurs et les particuliers les entretiennent. Nous allons devoir y sensibiliser les Français, en coordination avec les pouvoirs publics, les fabricants, les pompiers et les associations de consommateurs.

Texte

En 2015, tous les logements devront être équipés de détecteurs de fumée

- La loi « Morange » visant à rendre les détecteurs autonomes avertisseurs de fumée (DAAF) obligatoires a été adoptée le 9 mars 2010 (JO du 10 mars).

D'ici à mars 2015, tout occupant, locataire ou propriétaire, doit installer au moins un détecteur de fumée normalisé (décret attendu prochainement) et veiller à son entretien.

L'assureur auquel est produite la preuve de cette installation peut minorer le montant de la prime de l'assurance habitation (MRH). En revanche, le texte ne l'autorise pas à pratiquer une franchise ou à refuser l'indemnisation en cas d'incendie dans un logement non équipé.

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