Prévoyance : un marché qui peine à décoller

Prévoyance : un marché qui peine à décoller

Que ce soit en individuel ou en collectives, les performances 2015 des 30 premiers acteurs du marché de la prévoyance sont loin d’être exceptionnelles. En cause notamment : une surconcentration de la généralisation de la complémentaire santé.

L’année 2015, une année en demiteinte pour la prévoyance ? Jugez plutôt : selon les chiffres de notre Top 30, près de la moitié des acteurs du monde de l’assurance (47 %) a connu une progression inférieure à 5 %, plus d’un quart (27 %) a terminé l’année en recul. Entre 2014 et 2015, les positions en prévoyance collective ont ainsi très peu évolué. Les dix premiers organismes présents sur ce marché sont les mêmes, et leur total cumulé de cotisations encaissées en France en affaires directes (en brut de réassurance, hors acceptations) a légèrement augmenté (+2,1 %). « La prévoyance collective n’était pas la priorité des acteurs du monde de l’assurance en 2015. Suite à l’Accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013 et à la réforme des contrats responsables, les équipes commerciales étaient davantage concentrées sur la santé, les entreprises non équipées devant se mettre en conformité avant le 1er janvier 2016 », explique Céline Blattner, associée responsable du pôle prévoyance au sein du cabinet Actuaris.

Seulement voilà, la prévoyance individuelle n’a guère fait mieux en 2015. Car si sept des dix premiers acteurs sur ce marché ont vu leur résultat progresser, aucun n’affiche une croissance à deux chiffres. « Ce que nous pouvons observer, c’est que de manière générale, les clients ne connaissent pas vraiment les produits de prévoyance individuelle », indique Patrice Adam, adjoint au directeur des marchés de proximité et de la prévoyance du Crédit agricole Assurances. « Il y a donc déjà tout un travail de pédagogie à faire pour expliquer à quoi correspond cette couverture. Et ce n’est pas un gage de succès. Les Français ont, en effet, le réflexe d’assurer leur voiture ainsi que leur maison… mais pas forcément leur famille face aux aléas de la vie », ajoute-t-il.

Dans ce marché peu porteur, les offres Garantie accident de la vie (GAV) connaissent une certaine embellie. Axa France (+16,7 %), le groupe des assurances du Crédit mutuel (+12,8 %), La Banque postale Prévoyance (+12,4 %), Groupama (+12,6 %), ou encore Natixis Assurances (+8,2 %) ont surfé sur cette vague en 2015. « La GAV est un produit facile à expliquer aux clients. Il est, en effet, assez naturel de vouloir se prémunir contre les conséquences d’un accident domestique. Dans le cadre de cette garantie, les primes sont en outre relativement modestes pour des niveaux de couvertures plutôt élevés », précise Laurent Doubrovine, directeur général délégué de Natixis Assurances.

Pour autant, tous les produits de prévoyance individuelle ne sont pas aussi accessibles. C’est le cas notamment de la dépendance, où seulement 47 % des acteurs du Top 30 ont progressé. « Le marché de la dépendance est atone. Cela reste un produit dont l’intérêt au regard de son coût actuel est peu visible pour des personnes aux budgets moyens », explique Pierre François, directeur général de Swiss Life Prévoyance et Santé (-0,9 % en dépendance). « D’ailleurs, les assureurs eux-mêmes ne sont pas très à l’aise avec la tarification de ce risque dit “long”. L’équilibre commercial est difficile à trouver, qui plus est dans un contexte où les évolutions réglementaires sont inexistantes », précise-t-il.

Les bancassureurs gagnent du terrain

Reste que dans ce tableau peu flatteur, les bancassureurs ont tout de même réussi l’an dernier à tirer leur épingle du jeu (voir p. 10 et 11). Leurs forces : un important réseau de distribution et une proximité dont ne bénéficient pas tous les acteurs du marché. Pour vendre ses produits de prévoyance, le Crédit agricole Assurances s’appuie sur 40 000 vendeurs partout en France. Bien qu’ils dominent toujours le marché de la prévoyance collective, les groupes de protection sociale et les institutions de prévoyance n’affichent pas le même rayonnement. Humanis (-27,2 %), BTP Prévoyance (-2 %), et le groupe Ircem (-0,5 %) présentent dans ce classement des évolutions négatives, alors que Malakoff Médéric (1,1 %) et Apicil (+4,8 %) progressent lentement. « Dans le cadre, entre autres, des rapprochements observés entre les acteurs, les groupes paritaires mettent ces dernières années davantage l’accent sur l’équilibre de leurs résultats que sur la progression de leur chiffre d’affaires », indique Céline Blattner, d’Actuaris. « Or, avec le vieillissement de la population active, l’inflation des arrêts de travail et la baisse des taux d’intérêt, la prévoyance est un risque qui se dégrade (NDLR : voir L’Argus n° 7455-56). Très présentes sur le marché de la prévoyance collective et notamment des branches, les institutions de prévoyance sont donc aujourd’hui contraintes. Elles doivent protéger leurs marges techniques », observe-t-elle. En définitive, parmi ces acteurs, seuls Klesia (+16 %) et la Sgam AG2R La Mondiale affichent des résultats en forte croissance. Mais rien d’étonnant à cela : le premier cité a récupéré en 2015 le portefeuille prévoyance de Schneider Electric (voir L’Argus n° 7421), alors que le second a intégré les résultats de Réunica.

Méthodologie

  • Le périmètre retenu pour le Top 30 de la prévoyance est celui du groupe (liens capitalistiques majoritaires pour les assureurs, unions ou groupement de mutuelles publiant des comptes combinés, périmètre de combinaison pour les groupes de protection sociale).
  • L’activité prévoyance retenue pour le classement recouvre les couvertures invalidité, incapacité et décès, l’assurance décès souscrites dans un cadre individuel ou collectif, ainsi que les garanties accidents de la vie (GAV), l’assurance dépendance et les couvertures « hommes clés ». A contrario, elle n’intègre pas l’assurance maladie complémentaire, l’épargne retraite, l’assurance vie et l’assurance emprunteur.
  • Le classement en prévoyance est établi sur la base des cotisations encaissées en France, en 2015 en affaires directes (en brut de réassurance, hors acceptations).

NB : Comme lors de notre édition 2015, par souci de cohérence et pour éviter un double comptage, nous avons pris le parti de ne pas faire figurer La Banque postale Prévoyance à 100 %, cette dernière étant détenue à 50 % par CNP Assurances. Classée indépendamment dans le Top 30, La Banque postale Prévoyance avec un montant de cotisations 2015 (affaires directes) de 292,8 M€ (-3 % par rapport à 2014) se situerait au 20e rang.

Deux marchés bien distincts

  • Si le Top 10 de la prévoyance collective est dominé par les groupes de protection sociale et les institutions de prévoyance, le Top 10 des cotisations en individuel est composé pour sa part majoritairement de compagnies d’assurance et de bancassureurs.
  • Seul Axa France arrive à se glisser sur le podium des deux classements.

Progression quasi générale

  • Neuf des dix premiers acteurs présents sur la Gav ont vu leur résultat augmenter entre 2014 et 2015.
  • Seule la Société générale Insurance – qui a d’ailleurs pris la place d’Allianz dans le Top 10 – est en recul (-2,4 %).
  • Axa affiche la plus forte progression (+16,7 %), devant le Groupe des Assurances du Crédit mutuel (+12,8 %) et Groupama (+12,6 %).

Pas de changement majeur

  • Le Top 10 sur le marché de la dépendance reste inchangé par rapport à 2014.
  • Avec la meilleure croissance sur ce segment (+5,7 %), Axa France gagne une place (5e) au profit de la Sgam AG2R La Mondiale.
  • Deux acteurs affichent une croissance nulle par rapport au précédent exercice : Crédit agricole Assurances et La Mutuelle générale.

Un marché déjà équipé ?

  • 12 des 30 acteurs du Top 30 de la prévoyance ont communiqué leurs chiffres sur le marché des Travailleurs non salariés (TNS).
  • 6 des 10 premiers organismes affichent des résultats en hausse.
  • Avec une progression de +33,1 %, Aviva France est ainsi l’entreprise la plus dynamique sur ce marché.

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