Réassurance : le marché va payer le prix fort

Réassurance : le marché va payer le prix fort
L’ouragan Irma, de catégorie 5, a généré, entre le 5 et le 9 septembre, des dégâts considérables dans les Caraïbes, ici sur l’île de Saint-Martin..

Ouragans Harvey, Irma, Maria, séismes au Mexique : la série exceptionnelle de cat’ nat’ de l’automne 2017 plombe les résultats financiers des réassureurs. Déterminés à augmenter leurs prix, ils durcissent le ton face à des assureurs qui peinent, eux aussi, à redresser leurs marges.

Un coup de massue. Aux Rendez- Vous de Septembre à Monte-Carlo, le marché, sonné après six ans de faible sinistralité, peinait encore à faire les comptes du passage dévastateur des ouragans Harvey et Irma. Moins de deux mois plus tard, les rencontres annuelles de Baden-Baden, où se négocie le renouvellement des traités de réassurance, s’achèvent sur un consensus : 2018 sera l’année du redressement tarifaire. L’ouragan Maria, qui a frappé les Caraïbes, ainsi qu’un deuxième séisme meurtrier au Mexique, d’une magnitude de 8,2 sur l’échelle de Richter, ont en effet alourdi le bilan. Une série d’événements que le marché n’avait pas connue depuis l’année 2011, marquée par des séismes d’ampleur au Japon et en Nouvelle-Zélande, ainsi qu’un cyclone de catégorie 5 en Australie.

Les catastrophes naturelles de l’automne 2017 coûteront cher au marché. Harvey, Irma, Maria et les deux tremblements de terre au Mexique ont généré, selon les estimations, 95 Md$ (81,8 Md€) de pertes assurées, dont 45 Md$ (38,3 Md€) à la charge des réassureurs. De quoi plomber leurs résultats financiers. Au troisième trimestre, Scor accuse une perte nette de 267 M€ et Munich Re subit une perte de 1,4 Md€. Les comptes de Swiss Re passent dans le rouge sur les 9 premiers mois de l’année, à -468 M$ (-398 M€).

« 2017 sera une année blanche en termes de résultats pour un bon nombre de réassureurs », prédit la directrice générale d’Aon Benfield France, Catherine Bourland. « Aujourd’hui, il n’y a plus personne qui conteste la légitimité d’un durcissement des tarifs. On ne peut pas imaginer que des acteurs cotés en Bourse, ayant enregistré des pertes, continuent à baisser leurs prix », relève Bertrand Labilloy, président-directeur général de CCR Re. S’ils sont suffisamment capitalisés pour absorber le choc, les réassureurs ne s’en trouvent pas moins chahutés. Selon l’agence de notation Standard & Poor’s, certains d’entre eux pourraient voir leur capacité à générer de nouveaux fonds propres affectée par ces événements. « À Baden-Baden, on a durci le ton. On a fait comprendre aux assureurs qu’ils ont besoin de réassureurs avec des reins solides pour supporter les risques », raconte l’un d’entre eux. Les reprises de provisions, dans lesquelles les réassureurs ont puisé en temps de vaches maigres pour maintenir leurs résultats financiers, risquent en effet de s’épuiser.

Une situation « non soutenable »

Alors que les produits financiers sont toujours au plus bas, la rentabilité de leurs capitaux propres se détériore. Sur les neuf premiers mois de l’année 2017, le ROE (return on equity) de Scor est tombé de 9,3 % à 0,5 % et celui de Swiss Re est devenu négatif à -1,9 %. « Avant de subir ces gros sinistres, on opérait déjà en dessous du coût du capital. La situation n’est plus soutenable, on ne peut pas souscrire à perte », commente un leader mondial. D’autant que les réassureurs, qui cèdent eux aussi une partie des risques qu’ils se sont engagés à garantir, devraient désormais payer cette rétrocession au prix fort. Si elle paraît inéluctable, la hausse des prix en dommages sera-t-elle, pour autant, généralisée ? « C’est une question d’offre et de demande », répond un grand réassureur mondial.

En clair, le niveau des tarifs dépendra des capacités disponibles pour prendre le relais de celles qui ont absorbé les pertes causées par ces catastrophes naturelles. Standard & Poor’s estime que la hausse des prix au niveau mondial pourrait être comprise entre 0 et 5 % au moment des renouvellements de janvier 2018. Pour Victor Peignet, directeur général de Scor Global P & C, elle sera, au contraire, « significative ». « Nous attendons une réaction du marché robuste. Les tarifs des lignes catastrophes sont aujourd’hui au plus bas. Si on veut des capacités pour faire face à des événements sévères demain, il faut que les prix correspondent aux risques ! », martèle Denis Kessler, le PDG de Scor. Et de souligner que « la réassurance repose sur la mutualisation des risques au niveau mondial ». La hausse des prix, plus marquée sur les lignes catastrophes aux États-Unis et dans les Caraïbes, devrait donc affecter, en cascade, « toutes les lignes d’activité et tous les marchés ». Dans un secteur pris en étau entre des taux d’intérêts bas, qui réduisent les rendements financiers, et une érosion des marges, la saison cyclonique exceptionnelle de l’automne 2017 pourrait agir comme un « catalyseur », estime Victor Peignet. « Il y a des discussions autant sur la RC que sur le dommage. Il y aura une remise à plat des tarifs en P & C aux États-Unis, mais aussi en Europe, et même en Asie Pacifique et au Moyen-Orient où les réassureurs régionaux sont également touchés », expliquait-il au lendemain des rencontres de Baden-Baden.

Du bas vers le haut de la chaîne

« Nous allons procéder client par client, en cherchant à réduire l’écart vis-à-vis du prix technique, voire même à aller au-delà avec une notion de payback. Dans les appels d’offres, tous les réassureurs vont coter à la hausse. Ensuite, le client, aidé de son courtier, créera un consensus de prix entre trois ou quatre acteurs », explique Victor Peignet. Après des années de baisse tarifaire, les assureurs risquent de grincer des dents. « Le renversement du marché se fera en plusieurs étapes », réagit un réassureur français. « Les cédantes acceptent le fait que le marché cat’ (NDLR : catastrophe) est mondial, mais elles ne veulent pas en supporter l’impact de manière non-proportionnelle ! Sur le marché français, nous considérons que la capacité est toujours excédentaire, et donc que la tarification ne devrait plus baisser, mais rester assez stable », souligne Catherine Bourland. Subissant eux aussi l’impact des taux bas et d’une rentabilité technique dégradée, les assureurs ont jusqu’ici misé sur la réduction de leurs frais pour améliorer leurs marges. Nombreux sont ceux qui ont donc profité de la baisse du coût de la réassurance. « Si l’assureur ne gagne pas bien sa vie, dans la plupart des cas, le réassureur non plus. Tout cela plaide pour un redressement des tarifs, qui partira du bas vers le haut de la chaîne », analyse Marc-Philippe Juilliard, directeur chez S & P Global Ratings. Dans l’Hexagone, l’entrée en vigueur de la loi Hamon, instaurant la possibilité de résiliation infra-annuelle des contrats d’assurance, a incité les assureurs dommages à contenir leurs tarifs pour préserver leurs parts de marché. Mais, rattrapés eux aussi par une sinistralité en hausse tant en auto qu’en habitation, ils n’auront pas d’autre choix que de relever leurs prix. Le cabinet Facts & Figures s’attend ainsi à une revalorisation tarifaire de 2 à 3 % en auto et de 1 à 2 % en habitation en moyenne en 2018.

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