Santé, la gauche en quête de programme

Santé, la gauche en quête de programme
DR La primaire de la gauche et des écologistes se déroulera les 22 et 29 janvier 2017.

Le troisième débat de la primaire de gauche, tenu ce jeudi soir (21h), doit évoquer le sujet de la santé. Les programmes des principaux candidats sont très centrés sur l’accès aux soins, mais font l’impasse sur le financement des mesures...

La santé dans les primaires à la présidentielle 2017, c’est un peu l’histoire de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. «C’est un sujet généralement absent des campagnes électorales. Il n’y avait quasiment rien sur la santé dans les programmes en 2002, 2007 et 2012. Les politiques ont été échaudés par la réaction des médecins au plan Juppé de 1995, il n’y a que des coups à prendre, sauf à rester dans les généralités sur l’accès aux soins», explique Brigitte Dormont, professeur d’économie de la santé à Dauphine et ex-membre du Conseil d’analyse économique (CAE). Cela a coûté cher à François Fillon d’avoir voulu briser le signe indien : plus d’un mois après sa victoire à la primaire de la droite et du centre, l’ancien Premier ministre est toujours empêtré dans les explications sur son programme santé.

Une thématique désormais centrale

Malgré (ou peut-être à cause de...) ce faux pas, la santé est également bien présente dans la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, organisée par la Belle Alliance populaire. Tous les principaux candidats – ceux qui ont une réelle chance de figurer parmi les deux finalistes lors du second tour du 29 janvier prochain – abordent dans leur programme l’organisation du système de soins français et son financement (lire ci-contre). Et il en est de même de ceux qui ont passé outre les "qualifications" pour concourir directement à la présidentielle, principalement Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, dont le positionnement sur la santé apparaît clairement à gauche.

Les concurrents Macron et Mélenchon

Le candidat issu de la primaire de la Belle Alliance populaire (BAP) aura fort à faire à gauche, entre Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Emmanuel Macron (En Marche). Les programmes santé de ces deux outsiders comportent en effet de nombreuses similitudes avec ceux des candidats de la BAP. Les deux veulent supprimer le RSI au profit du régime général, lutter contre les déserts médicaux et améliorer les remboursements de la Sécurité sociale. Les différences sont ici affaire de nuances : si M. Mélenchon veut supprimer les complémentaires santé, promet des soins de santé remboursés à 100 % par la Sécurité sociale, souhaite en finir avec les dépassements d’honoraires et créer un corps de médecins fonctionnaires, M. Macron veut de son côté empêcher tout déremboursement de la Sécurité sociale et réduire à néant le reste à charge sur les lunettes, prothèses auditives et dentaires, ainsi que pour les maladies chroniques.

À l’instar de Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française, difficile de ne pas se réjouir de ce que cette problématique soit enfin présente dans le débat public. Sondage après sondage, les Français la placent au premier rang de leurs préoccupations, et elle occupait encore, ces derniers jours, la une de l’actualité avec l’épidémie de grippe. Mais, il y a bien un mais – la bouteille à moitié vide –, ce débat sur la santé apparaît largement tronqué, à cause de promesses inapplicables ou en raison de mesures non financées. «Personne ne maîtrise le sujet», déplore un représentant de l’assurance. À droite comme à gauche. Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon proposent tous les trois une «mutuelle publique» ou une «mutuelle de la Sécurité sociale». Un oxymore qui s’inspirerait de la public option de l’Obamacare (finalement abandonnée), à moins qu’il ne soit «la reprise du fantasme de nationaliser les complémentaires» selon Mathias Matallah, président de Jalma, cabinet de conseil en santé. Quoi qu’il en soit, la mesure est censée apporter une réponse aux revenus modestes qui n’ont pas droit à la CMU-C, mais qui n’ont pas pour autant les moyens de se payer une assurance santé. L’intention est louable... sauf que le gouvernement sortant l’a déjà fait, engageant pour ce public une lourde réforme de l’aide à la complémentaire santé (ACS).

Un financement à trouver

Autre interrogation : aucun candidat n’explique comment il entend résoudre l’équation financière d’une bonne couverture à "petit prix". La Mutualité française, qui ne peut être soupçonnée d’antisocialisme primaire, «considère que la voie à explorer est d’instaurer plus de solidarité intergénérationnelle, plutôt que de multiplier les dispositifs palliatifs que sont les filets de sécurité».

Thierry Beaudet, président de la Mutualité française
« La mutuelle publique, une extension de la Sécurité sociale qui ne dit pas son nom »

 

Argus de l'Assurance : Quelle interprétation fait la Mutualité Française (FNMF) de cette notion de «mutuelle publique» évoquée par trois des quatre candidats de la Belle Alliance populaire ?

Thierry Beaudet : J’ai de vraies interrogations sur ces notions de mutuelle publique et de mutuelle de Sécurité sociale : au sens strict du terme, une mutuelle est un organisme de droit privé. C’est un détournement du sens du mot ­mutuelle ! Cette mesure a tout d’une extension du domaine de la Sécurité sociale qui ne dit pas son nom. Surtout, comment financer une telle mesure ? En augmentant les prélèvements obligatoires ? En creusant encore la dette sociale ? Il ne faut pas oublier que les mutuelles sont gérées à l’équilibre, alors que l’Assurance maladie accumule les déficits chaque année (à hauteur de 4 Md€ en 2016).

Quel regard portez-vous sur les programmes santé présentés par les différents prétendants à gauche ?

Les mesures annoncées de part et d’autre ne sont pour l’heure que des formules, dont le financement devra être précisé. Parmi les mesures appelant précision : quel « ensemble » de soins de ville pris en charge à 100 % (Manuel Valls) ? Quelle nouvelle répartition des 8 Md€ d’aides à l’accès à une complémentaire santé (Benoît Hamon) ? Je me ­réjouis toutefois qu’à travers toutes ces propositions les questions de santé prennent toute leur place dans le débat ­public. Les candidats de la Belle ­Alliance populaire n’avaient probablement pas anticipé l’importance du sujet de la santé aux yeux des Français : la ­proposition Fillon a servi ­d’électrochoc…
Propos recueillis par Gwendal Perrin

 

Marqueur de gauche, la question de l’égalité dans l’accès aux soins est omniprésente dans les programmes, qu’il s’agisse du renoncement aux soins ou des déserts médicaux. Et sur ce point, Manuel Valls ne fait pas dans la demi-mesure : l’ancien Premier ministre n’hésite pas à proposer la suppression des dépassements d’honoraires chez les médecins, le remboursement à 100% par la Sécurité sociale de certains soins de ville et la fin du numerus clausus pour les étudiants en médecine. Rien que ça ! «L’amélioration de l’accès aux soins exigerait plutôt de supprimer le ticket modérateur à l’hôpital, comme le préconisait la note du CAE, et la disparition ou l’augmentation du numerus clausus a tout de la fausse bonne idée : elle risque d’appauvrir les médecins sans résorber les déserts médicaux. Leur problème tient plus à la répartition territoriale des praticiens qu’à leur nombre», analyse Brigitte Dormont. Avant de préciser sur ce dernier point : «À cause de la libre circulation des médecins dans l’espace européen, on échappera difficilement à l’avenir au conventionnement sélectif».

Mais difficile de rentrer dans ce niveau de détail : chaque débat télévisé offre en tout et pour tout dix-sept minutes à chacun des 7 candidats pour convaincre les votants de la primaire. La porte est ouverte, sur un terrain aussi complexe que la santé, aux propositions démagogiques, aux formules chocs et à l’évitement de tout sujet sensible. «La vraie problématique des années à venir, c’est le vieillissement de la population, l’explosion des ALD [affections de longue durée : NDLR], l’apparition de risques très lourds», insiste Mathias Matallah. Et dans ce contexte, «la question qui fâche, selon Brigitte Dormont, est de déterminer comment on définit le périmètre sur lequel on engage la solidarité. Au regard des prélèvements obligatoires, nous sommes tenus à des arbitrages, on ne peut pas tout rembourser à 100%».

Un débat toujours ouvert

Bref, retour au fameux panier de soins solidaire poussé un temps… par le candidat de la droite. «La véhémence de la polémique a conduit François Fillon à reculer. C’est dommage, parce que le débat mérite d’être ouvert», écrivait ainsi l’ancien président de la Mutualité française, Étienne Caniard, dans une récente tribune intitulée «Et si Fillon posait les bonnes questions ?». Pas certain, cependant, que la campagne du premier tour offre un cadre plus adapté à la reprise de ce débat !

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