Santé : les réseaux de soins face au choc du RAC 0

Santé : les réseaux de soins face au choc du RAC 0
Mario Guti PA / Getty Images

La mise en place du reste à charge zéro au 1er janvier 2020 met en question la place et le fonctionnement des réseaux de soins. L’optique devrait tirer son épingle du jeu, mais l’audiologie et le dentaire risquent d’être fragilisés.

Les réseaux des soins des organismes d’assurance maladie complémentaire (Ocam) sont-ils menacés par la mise en place du reste à charge zéro (RAC 0 ou 100 % Santé) à l’horizon 2020 ? « C’est tout de même un coup de semonce pour notre profession. Il y a plusieurs postes sur lesquels le régime obligatoire intervient peu (ndlr : optique, prothèses dentaires et auditives) et où nous avons mis en place des outils puissants de régulation tarifaire. Or le gouvernement ne s’appuie pas sur ces outils, mais instaure le 100 % santé par voie réglementaire », déclare Laurent Borella. Le directeur général de Kalivia, la plateforme créée par Harmonie Mutuelle et Malakoff Médéric, regrette, qui plus est, que « les discours sur le RAC 0 ne mentionnent pas les Ocam comme payeur principal. Il y a pour nous un risque de perte de visibilité et de sens ». Si la menace est réelle, l’état des lieux varie selon les secteurs. C’est en optique que l’avenir des réseaux paraît le moins compromis. Jean-François Tripodi, directeur général de Carte Blanche partenaires, estime qu’il « n’y aura que 10 % d’achats dans le panier Rac 0 ».

« Concrètement, cela signifie que 90 % de l’activité ne va pas bouger et que, pour le panier RAC 0, nous aurons toujours à améliorer la qualité, contrôler la traçabilité et gérer la fraude éventuelle. » Sur le panier à Rac 0, Marianne Binst, directrice générale de Santéclair, pense que le rôle des réseaux consistera « à fournir des équipements de qualité ». Une nécessité selon elle, car le dispositif voulu par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, est « écrit de manière très technique, et ne dit rien de la qualité ». Du coup, certains ont déjà rebaptisé le 100 % Santé « 100 % chinois », ce qui « n’est pas faux vu les prix bas qui ont été fixés », poursuit-elle. Kalivia compte aussi mettre en avant la qualité sur l’offre 100 % Santé, et les prix préférentiels sur l’offre à tarifs libres. « Cette promesse des réseaux garde toute sa force », estime Xavier Toulon, du cabinet Joxa, convaincu par ailleurs que « les opticiens sauront convaincre leurs clients de choisir les tarifs libres. » « Plus de 15 ou 20 % de ventes à RAC 0 remettraient en cause l’économie du secteur, entraînant de nombreuses fermetures de magasins », dit-il. En audioprothèse, l’état des lieux est beaucoup plus contrasté. « Cela entraînera un effet volume. Nous estimons qu’il y aura 450 000 porteurs supplémentaires dès la première année », annonce Jean-François Tripodi. De plus, il n’y aura pas de problème de qualité. à la différence de l’optique, il n’y a pas de fournisseurs « exotiques », mais seulement quelques grands fabricants mondiaux. Autre différence, le panier à Rac 0 se positionne plutôt sur le milieu de gamme. « Les produits les moins chers, comme les entrées de gamme à 650 €, ne seront plus distribués alors qu’ils n’ont pas démérité et correspondent à un vrai besoin d’une partie des bénéficiaires n’ayant pas d’utilité à être « suréquipés ». Mais le dispositif Buzyn fixe un niveau de remboursement à 950 €, ce qui place de fait hors jeu tous les équipements à prix inférieurs », explique Marianne Binst.

Dans ce contexte, le regain d’activité provoqué pourrait profiter aux réseaux. Mais d’un autre côté, « il y aura un tel d’appel d’air que je ne vois pas comment ils pourront négocier prix et volume. Pendant au moins deux ans, les audioprothésistes pourraient se dire qu’ils n’ont pas vraiment besoin des réseaux », remarque Josette Guéniau, du cabinet Joxa.

Réduire les dépenses à la charge des assurés

  • 6 plateformes Carte Blanche, Itelis, Istya (1), Kalivia (1), Santéclair et Sévéane gèrent des réseaux de soins pour le compte d’organismes complémentaires. Les professionnels qui y adhérent s’engagent à respecter des tarifs plafonds, assortis de garanties de qualité et de service, réduisant le RAC pour les assurés.
  • Aujourd’hui, environ 50 millions d’assurés ont potentiellement accès aux réseaux.
  • Le recours au réseau permet en optique de réduire de 46 % le RAC moyen sur l’achat de deux verres adultes et de 18 % le RAC moyen pour l’acquisition de deux prothèses auditives (selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales – Igas – de juin 2017). L’économie est de 15 % concernant le RAC moyen d’une prothèse dentairecéramo-métallique.
  • Le taux de recours varie de 60 % en optique à moins de 25 % en dentaire, selon le rapport de l’Igas.
    1. Istya et Kalivia fusionneront au sein de Kalixia dans le cadre de la création du groupe Vyv.

Les réseaux en question

En dentaire, l’avenir des réseaux est encore plus incertain. Un rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) notait en 2017 que « bien que certains d’entre eux soient anciens, les réseaux dentaires sont à ce jour peu développés ». Et les taux de recours « ne dépassent pas 25 % ». « Certains se demandent s’il est encore intéressant de faire du dentaire. Nous, nous y croyons, mais en nous intéressant au panier à tarifs libres, à l’implantologie, à l’orthodontie ou à l’esthétique », affirme Jean- Marc Boisrond, président d’Itelis. D’autres opérateurs misent sur un renforcement de la gestion et du contrôle des devis prothétiques. Mais personne n’est en mesure de fournir des projections précises.

Une épée de Damoclès à droite

Les débats du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019 ont donné lieu à une nouvelle offensive en règle contre les réseaux de soins. Outre une hausse de la taxe de solidarité additionnelle qui pèse sur les contrats de complémentaire santé pour financer le Fonds CMU-C, le Sénat, où Les Républicains (LR) constituent le premier groupe, a adopté des amendements visant à restreindre, par le biais de la fiscalité, les pratiques de différenciation des remboursements opérées par certains organismes complémentaires selon le recours ou non, par les assurés, à des professionnels partenaires d’un réseau de soins. Une disposition passée à la trappe lors du retour du texte en nouvelle lecture à l’Assemblée nationale, mais qui n’en est pas moins révélatrice d’une opposition tenace aux réseaux de soins au sein d’une partie des professionnels de santé libéraux. Opposition d’autant plus efficace que ces derniers ne manquent pas de relais auprès des parlementaires, en particulier à droite de l’échiquier politique.

De nouveaux appels d’offres

Dans les trois métiers, toutes les plateformes devraient relancer des appels d’offres d’ici à 2020 pour se mettre au diapason du 100 % Santé. Ce sera l’occasion de répondre à un double défi, selon Josette Guéniau : « Les réseaux doivent se renouveler, non seulement en sortant du triptyque optique-audio-dentaire, mais aussi en sortant d’un modèle pur de centrale d’achat ». Si la diversification a déjà été engagée ces dernières années, avec les réseaux d’ostéopathes, de diététiciens, de psychologues… tous les acteurs s’apprêtent à la renforcer . « Au 1er janvier 2019, nous généralisons à tous nos clients la gamme bien-être, avec en plus des réseaux physiques un service de consultation en visioconférence pour les psychologues et diététiciens », indique Jean-Marc Boisrond, qui prépare de nouveaux services dans le domaine de la prévention pour les entreprises. De son côté, Santéclair annonce de nouveaux programmes de promotion de la santé, avec du coaching dans les domaines du sport, de la nutrition et du sommeil. Tout ce qui touche à l’orientation des patients dans le système de santé devrait aussi se développer, ainsi que les services autour de l’hospitalisation, devenue désormais le premier poste de dépenses des complémentaires santé.

Comme leurs clients Ocam, les réseaux misent désormais sur les services. Mais sauront- ils trouver une équation financière viable ? « Notre modèle économique, c’est de l’inclusion, explique Jean-François Tripodi. Nous avons un chiffre d’affaires de 12 M€ pour 7,4 millions de personnes couvertes. Le nombre élevé de personnes qui nous fait confiance nous permet d’avoir un coût unitaire faible. C’est indispensable, car on ne peut plus se permettre d’avoir des services “danseuses”. Nous devons apporter de la valeur ajoutée. »

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 22 novembre 2019

ÉDITION DU 22 novembre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Marché de service assurance annulation.

Ile de la Réunion Tourisme, Comité Régional du Tourisme

22 novembre

974 - ST PAUL

Assurances dommage ouvrage et tous risques chantier

Communauté de Communes Tarn-Agout

22 novembre

81 - CC TARN ET AGOUT

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Santé : les réseaux de soins face au choc du RAC 0

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié