Santé : tarifs, une dynamique à la hausse

Santé : tarifs, une dynamique à la hausse
vm / Getty Images

Après quelques années d’accalmie, les tarifs des complémentaires santé repartent à la hausse, sous les effets de la dérive des dépenses de santé, d’une dégradation des résultats techniques ainsi que d’une augmentation des frais de gestion et d’acquisition.

Depuis près d’un an, une succession de revalorisations tarifaires en faveur des professionnels de santé n’augurait rien de bon quant aux tarifs des complémentaires santé. La hausse de 2 € du forfait journalier hospitalier, porté à 20 €, dévoilée avant la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2018, est venue confirmer la perspective de hausses significatives. Puis, les fédérations qui représentent la profession ont, discrètement, tiré la sonnette d’alarme dans l’avis circonstancié rendu le 4 octobre par l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire (Unocam) sur le PLFSS : « Compte tenu, d’une part, du niveau des résultats techniques en santé réalisés ces dernières années par les mutuelles, les entreprises d’assurances et les institutions de prévoyance et, d’autre part, de l’augmentation connue de leurs dépenses en 2018, (…), une hausse des cotisations des organismes complémentaires d’assurance maladie sera inévitable ». D’autant plus que, comme le soulignait l’Unocam, « ces organismes privés ne peuvent pas constituer de déficit ».

Thierry Beaudet, président de la Mutualité française (FNMF), qui s’exprimait le 13 octobre lors du congrès Reavie organisé à Cannes par L’Argus, a enfoncé le clou et chiffré la facture, qui se révèle salée. « Entre la progression de l’Ondam (ndlr : objectif national de dépenses d’assurance maladie voté par le Parlement) de 2,3 %, ce qui signifie mécaniquement qu’on va en supporter une part, d’environ 570 M€, les effets en année pleine de la nouvelle convention médicale (+70 M€), les 100 M€ du forfait patientèle, l’impact de l’avenant à la convention des pharmacies, soit 60 M€, l’extension de la vaccination pour les enfants », qui s’ajoutent au forfait hospitalier, « la facture atteint près d’1 Md€ ».

Rapporté aux 35 Md€ de chiffre d’affaires du marché – selon l’assiette de la taxe de solidarité additionnelle calculée par le fonds CMU-C qui fait office de donnée de référence –, ce milliard correspond à trois points de cotisations. À 200 M€ près – le chiffre d’un impact de 800 M€ a aussi été évoqué –, les estimations convergent et font consensus. « Les chiffres qui circulent aujourd’hui me paraissent crédibles », note d’ailleurs Fabrice Benharroche, directeur commercial & développement prévoyance et santé collectives chez Aon France.%

Cécile Paradis, directrice produits prévoyance et santé au sein du cabinet Actuaris
« Difficile de dire si la tendance sera durable »

  • Constatez-vous un retour des hausses tarifaires ?
    Oui. Le marché restait légèrement excédentaire jusqu’en 2016, grâce à l’individuel qui le tirait vers le haut. Aujourd’hui, il n’y a, globalement, plus aucune marge avec l’assurance santé individuelle qui représente 53 % du marché et dégage environ 3,5 % d’excédents, tandis que le collectif pèse 47 % du marché pour une perte moyenne de 3,4 %. Dans ce contexte, les évolutions comme celles de la consommation médicale ou des revalorisations tarifaires annoncées sont automatiquement répercutées. Par rapport à ces dernières, il me semble donc légitime de parler de 3 à 4 % de hausse.
  • Y a-t-il des facteurs, comme l’ANI ou des baisses de prix de médicaments, susceptibles de limiter les hausses ?
    Non. L’ANI a ouvert le marché à des TPE/PME et cela s’est traduit par une hausse des frais de gestion et d’acquisition. Les réformes réglementaires comme Solvabilité 2 ont aussi entraîné une mise en conformité dont les coûts pèsent sur les tarifs. Et d’autres réformes réglementaires, comme DDA pour la distribution ou le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) auront aussi un coût, notamment en mise à jour des systèmes d’information. Rapporté aux cotisations, on peut estimer cet impact entre 1 et 2 %. Nous assistons donc à une tendance à la hausse, de l’ordre de 5 %, mais il est difficile de dire si elle sera durable.

Maintenir le ratio sinistres/primes

Philippe Mixe, président de la Fédération nationale indépendante des mutuelles, pointe un autre facteur : « Depuis trois ans, avec l’ANI et les réformes réglementaires, de nombreux acteurs ont limité les hausses de crainte d’une érosion de leur portefeuille en individuelle comme en collective. Il arrive un moment où il faut rééquilibrer les choses ».%HORSTEXTE:40%%

Pour y parvenir, en collective, « le juge de paix, c’est le ratio sinistres/primes », rappelle Fabrice Benharroche. Le courtier annonce « un taux moyen de hausse de 4,5 % ». « Nous le travaillons en fonction de la typologie des entreprises », précise-t-il, en faisant allusion, outre le ratio S/P, à la démographie et à la localisation des entreprises. Des critères incontournables, tant les tarifs des soins médicaux ou dentaires varient d’une région à l’autre. Chez Malakoff Médéric, qui annonce +4,7 %, Christophe Scherrer, directeur général adjoint, affirme que les revalorisations « pourraient, dans les prochaines années, être revues à la baisse grâce aux dépenses évitées par la prévention ». En assurance individuelle, plusieurs acteurs (Allianz, Axa) ne communiqueront leurs taux d’indexation qu’au printemps 2018. Pour les autres, les augmentations vont jusqu’à 6,5 % pour les contrats déficitaires chez AG2R La Mondiale. Quant aux rares acteurs dont les résultats techniques leur permettent d’éviter toute hausse, ils ne se privent pas d’en faire un argument marketing. Maaf a montré la voie à la fin du mois d’août, en individuel. « Au vu des bons résultats de notre branche santé en 2017, nous pouvons faire bénéficier nos assurés du gel de leurs cotisations en 2018 », expliquait alors Stéphane Duroule, directeur général de la mutuelle du groupe Covéa. MACSF et Mutuelle Mieux-Être sont pour le moment les seules à lui emboîter le pas.

Stéphane Varda, directrice générale de Mutuelle Mieux-Être
« Redistribuer nos bons résultats à nos adhérents »

« Nos tarifs n’augmenteront pas en 2018 en complémentaire santé individuelle, car nous avons souhaité redistribuer nos bons résultats à nos adhérents. Ces excédents sont issus de nos efforts continus d’optimisation de nos frais de gestion et de structure, ainsi qu’à l’impact ANI moins fort que redouté. Cela ne signifie pas que nous cautionnons le discours d’Agnès Buzyn selon qui les mutuelles ont “de la marge” pour absorber la hausse du forfait hospitalier sans augmenter leurs tarifs. En effet, la hausse des dépenses en 2018, chiffrée à 800 M€ pour les organismes complémentaires, ne pourra être durablement indolore. Elle se traduira à terme par une hausse des tarifs. Par ailleurs, nous ne constituons pas des fonds propres pour nous enrichir mais pour préserver notre capacité à investir. »

Amortir l’effet des hausses

D’autres s’efforcent de contenir les hausses en affichant une position vertueuse : « Nos choix tarifaires mettent en avant une répercussion à nos adhérents inférieure à la dérive pressentie pour l’année à venir : la mutuelle fait ainsi le choix de prendre à sa charge une fraction des mesures réglementaires issues de la LFSS », écrit Eovi MCD dans sa réponse à notre questionnaire. Serait-ce « la pression sur les prix, liée à un environnement concurrentiel accru », dont fait état Pro BTP, qui incite à cette modération tarifaire ? Quoi qu’il en soit, les réformes sont loin d’avoir figé le marché et la guerre des prix se poursuit. Jouant comme la grande distribution à qui est le moins cher, beaucoup d’acteurs recourent aux recettes classiques pour rendre les hausses moins douloureuses : les offres de deux ou trois mois gratuits fleurissent toujours dans nombre de spots et de pages publicitaires.


>> À lire : notre tableau des majorations tarifaires en santé pour l'année 2018

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