Sferen-Maif,les raisons du divorce

Poussée par les réflexions du régulateur sur la notion de groupe, la Maif prépare activement sa sortie de Sferen, la Sgam commune avec Macif et Matmut depuis 2009. Une orientation stratégique qu'elle juge conforme à la préservation de son positionnement affinitaire.

Les noces de bois (NDLR : 5 ans de mariage) ont un goût amer pour la Macif, la Maif et la Matmut. Et pour cause : ses 80 bougies à peine soufflées, la mutuelle des instituteurs a confirmé officiellement son intention de quitter Sferen, la société de groupe d'assurance mutuelle (Sgam) qu'elle partage avec Macif et Matmut depuis mars 2009. Un scénario que la mutuelle niortaise avait initialement envisagé au second semestre de l'année, avant de se raviser ces derniers jours sous la pression médiatique.

Une assemblée générale extraordinaire, seule habilitée à entériner une sortie de Sferen, devrait intervenir d'ici à juin. Entre-temps, la Maif doit recueillir la décision officielle du conseil d'administration et l'avis du comité d'entreprise. Les motifs de la scission sont d'abord réglementaires. Les réflexions de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) sur la notion de groupe au sens de Solvabilité 2 ont agi comme un révélateur. Dans le viseur du régulateur : les unions de groupe mutualiste (UGM), les unions mutualistes de groupe (UMG), les groupements paritaires de prévoyance (GPP) et les Sgam. La question n'est pas anodine : de la décision de l'ACPR découleront de nouvelles exigences, dont le renforcement des liens de solidarité financière, la mise en place d'une gouvernance commune, le contrôle interne et de reporting.

Une question de stratégie

Ce durcissement des règles a convaincu les dirigeants de la Maif de ne pas prendre part au jeu de l'intégration renforcée. « Nous avons discuté avec l'ACPR. Elle considère la Sgam comme un groupe qui impose davantage d'intégration : gouvernance, stratégie, comptes... Ce que nous ne voulons pas. Nous ne faisons que rester fidèles à notre orientation initiale », souligne Roger Belot, président de la Maif, qui ajoute : « Nous voulions une Sgam fédératrice avec des sociétariats bien distincts et une gouvernance spécifique. C'est ce que nous avions dit, c'est ce que nous avons fait pendant ces cinq ans. Solvabilité 2 nous oblige à bouger. » Pour preuve : en cinq ans, Sferen a poussé les feux sur la mutualisation des moyens : programme de réassurance, d'achats (assurance et hors assurance), mais aussi un réseau commun de réparateurs agréés et plus récemment d'experts dans Sferen Réparation. Une logique de coopération, au détriment de l'intégration. « Je rappelle que la Maif a fait preuve de volontarisme au moment de la création de la Sgam, évoque Gérard Andreck, président de la Macif. Roger Belot en a été le premier président. La première phase d'intégration était somme toute facile pour les trois mutuelles affiliées. Je ne considère pas que nous avons perdu deux à trois ans. »

Les pressions de l'ACPR ne sont pas les seules causes de séparation, elles sont aussi stratégiques. Attaché au positionnement « affinitaire » de la Maif, Pascal Demurger, son directeur général, a rappelé la nécessité de se « différencier à l'heure des nouveaux défis et des changements de société ». En témoignent les coopérations opérationnelles nouées en assurance-santé et prévoyance avec la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN), la mutuelle avec laquelle la Maif partage un ancrage fort dans l'Éducation nationale.

Objectif 2016 pour Sferen

Mais pas question de faire table rase du passé au sein de Sferen. Si la sortie de la Sgam se traduit par une rupture des liens de solidarité financière entre la Maif et les deux autres affiliées, la mutuelle des instituteurs souhaite conserver l'existant. « Ce qui a été fait sera conservé. Nous allons continuer à mettre en oeuvre la politique d'achats hors assurance et assurance, source d'économies, mais aussi Sferen Réparation », ajoute Roger Belot.

Du côté de Sferen, la Macif et la Matmut sont disposées à poursuivre le travail d'intégration (lire interview ci-dessous). À une condition près : ne pas pousser trop loin la ressemblance avec la Sgam Covéa (MMA, Maaf et GMF). « Nos instances sont favorables à poursuivre notre stratégie d'alliance avec la Matmut dans une logique d'intégration plus élevée. Nous travaillons sur la feuille de route et finaliserons les pistes assez vite. Mais nous ne voulons pas suivre le modèle de Covéa », souligne Gérard Andreck. D'autant que le temps presse. La date d'entrée en vigueur de la directive, fixée au 1er janvier 2016, ne laisse que dix-huit mois à Sferen pour se mettre au pas réglementaire sur les grands chantiers d'envergure. Après quoi, les mutuelles pourront regarder l'avenir plus posément et étudier de nouveaux partenariats. « On peut tout à fait constituer des regroupements sur certaines lignes de métiers, comme la santé, ou avec d'autres acteurs, comme la Mutuelle des Motards, la Mapa par exemple, qui ont des activités communes satellites de Sferen. Mais sous quelle forme ? Cela doit-il se traduire nécessairement par une intégration à la Sgam ? Je n'en suis pas certain », conclut Gérard Andreck. Chat échaudé craint l'eau froide...

« Nous sommes favorables à poursuivre notre stratégie d'alliance dans Sferen, sans suivre le modèle Covéa. » Gérard Andreck, président de la Macif

La configuration de sferen avant et après la sortie de MAIF (données 2012)

DANIEL HAVIS, président de Sferen et de la Matmut

« Sferen n'a pas de vocation à être étanche »

La sortie de la Maif de Sferen a été récemment officialisée. Une Sgam entre Macif et Matmut aura-t-elle un poids suffisant sur le marché ?
L'aventure continue. Si vous vous livrez à de simples additions, Sferen à deux compte toujours 8 millions de sociétaires pour 15 millions de contrats. Cela reste un dimensionnement significatif. La question de la taille n'est pas un problème exclusif, c'est l'affectio societatis qui doit être déterminant.

Quelle est la valeur ajoutée de la Sgam ?
C'est d'envisager, dans le respect des maisons qui la composent, d'avoir une stratégie d'appréciation du marché plus cohérente. On s'époumone à vouloir tout faire tout seul. Avec une Sgam dans laquelle les jeux de gouvernance et les répartitions de pouvoirs sont bien établis, on doit pouvoir se répartir les fonctions et les marchés, en vue de la meilleure utilisation possible des outils communs. Avec la Macif, vous êtes donc prêts à aller plus loin dans l'intégration. Une Sgam n'est pas un simple GIE . Il s'agit d'un outil établissant des liens financiers importants et durables, ce qui nécessite à l'évidence une répartition de la gouvernance, avec une intrusion effective de la Sgam dans la gouvernance de ses affiliés. Que l'on veuille une Sgam avec un management unique, ou une Sgam qui préserve un management distinct entre affiliés, ce qui est notre vision, l'outil a une vocation intégratrice. La DGCCRF considère même la Sgam comme une fusion de fait. L'ACPR ne va pas aussi loin, mais elle la voit comme un groupe, dont elle veut pouvoir apprécier tous les éléments. Matmut et Macif s'inscrivent dans cette logique.

Aurez-vous le temps de mettre en place une gouvernance conforme aux exigences de Solvabilité 2 dans les dix-huit mois qui viennent ?
L'échéance du 1er janvier 2016 intervient comme un couperet, et nous avons des chantiers très lourds à mener d'ici à cette date. Il ne s'agit plus uniquement de produire une combinaison comptable ! Notre priorité va être de caler la façon dont nous envisageons le pilotage et la prise de décision dans la Sgam, et de fixer le champ de compétence qu'on lui reconnaît. Tout cela a probablement hâté les réflexions de la Maif.

Comment peut se traduire cette volonté d'intégration plus forte ?
Je n'envisage pas que demain le président de la Matmut soit aussi celui de la Macif et réciproquement. Ce schéma n'est pas à l'ordre du jour. En revanche, notre objectif est de voir fonctionner la Sgam comme une réelle tête de groupe, associant dans des comités de direction les dirigeants de la Matmut et de la Macif. Nos outils fonctionnent, nous n'avons pas besoin de les réinventer. La Sgam n'est pas là pour créer un étage de plus consommateur de ressources ; pour ce faire, elle doit s'appuyer avant tout sur les compétences internes de ses affiliées.

N'avez-vous pas le sentiment d'avoir perdu trois ans ?
On peut regretter que l'analyse ayant conclu à une différence d'état d'esprit et de vision stratégique n'ait pas eu lieu dès le départ. Quand on monte dans un train, on regarde où il va. Nous n'avons pas perdu trois ans, mais après avoir traité tout ce qui était périphérique (achats assurance et hors assurance, réassurance), soit on passait la vitesse supérieure, indépendamment des exigences de l'ACPR, soit la Sgam ne servait à rien. Vous avez souvent dit, par le passé, que Sferen avait vocation à être un pôle de regroupement. Chat échaudé craignant l'eau froide, nous allons d'abord en fixer les contours à deux. Cela étant, Sferen n'a pas de vocation à « être étanche ». Sur l'IARD, nous avons établi quelques contacts, et il ne serait pas illogique que certaines mutuelles adhérentes au Gema et déjà impliquées dans les filiales que la Macif et/ou la Matmut ont pu créer nous rejoignent quand elles en ressentiront le besoin. Sur la santé, même si je pense qu'un pôle assurance de personnes émergera au sein de Sferen, c'est aujourd'hui prématuré.

PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN ACEDO ET GÉRALDINE VIAL

Un processus tres precis avant la sortie definitive

Avant la sortie définitive de Sferen, les dirigeants de la Maif devront recueillir plusieurs feux verts, une procédure qui devrait s’étaler sur trois à six mois.

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