Tarifs 2013 : Le pari d'un changement d'allure

Les acteurs de l'assurance se préparent à livrer leurs tarifs 2013 pour les particuliers. Dans une conjoncture économique et financière très dégradée, les hausses devraient flirter avec l'inflation. Même en santé, la course aux augmentations devrait ralentir, car les consommateurs peinent à suivre l'explosion des prix enregistrée ces dix dernières années.

Motus et bouche cousue. Aucun des acteurs de l'assurance contactés par L'Argus n'a souhaité s'exprimer sur les tendances tarifaires pour 2013, à l'exception notable de Generali, qui s'est borné à annoncer un gel des prix sans donner plus d'explications. Tous répondent qu'il est bien trop tôt pour s'avancer sur le niveau des hausses de primes et de cotisations des contrats individuels pour 2013. Les décisions ne devraient intervenir qu'en octobre, voire novembre.

Il est vrai que l'exercice est plus que complexe, tout particulièrement pour ceux qui interviennent à la fois en dommages et en assurance de personnes. Baisse des rendements des placements financiers, décollecte de l'assurance vie, croissance en berne, hausse du chômage, évolution de la réglementation européenne sont autant de facteurs qui peuvent peser sur la fixation des prix. Pour autant, les experts du secteur consultés n'ont pas hésité à se jeter à l'eau, en livrant leurs fourchettes, arguments à la clé.

Auto : coup de frein sur les hausses

Sur les sept premiers mois de 2012, le taux de mortalité sur les routes a baissé de 9,1% par rapport à 2011. Quant aux tarifs des assurances auto pour les particuliers, ils n'ont augmenté que de 1,3% au cours des douze mois écoulés, selon l'indice réalisé par le comparateur Assurland. Deux signes qui laissent augurer d'une hausse très modérée des tarifs en 2013 : « Pas plus de 1,5%, soit 1 point de moins que l'inflation », prédit Stanislas Di Vittorio, président d'Assurland. Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil Facts et Figures, parie sur une augmentation un peu plus importante, de l'ordre de 2 à 3%, « mais avec de grandes différences entre les assureurs selon leurs résultats techniques ».

L'amélioration de ces résultats s'est faite de façon « lente et progressive » depuis la catastrophique année 2010, qui a sonné le glas de la guerre des prix à laquelle se sont livrés les assureurs entre 2005 et 2008. Sur dix ans, entre 2000 et 2010, les tarifs ont augmenté deux fois moins vite que l'inflation (10% au lieu de 20%). L'année 2011 a marqué un virage avec une hausse de 4%, « dont 1% est lié à la croissance du parc automobile », précise Maxime Letribot, associé d'Eurogroup Consulting.

Pas question, aujourd'hui, de remettre les grands équilibres en péril. L'augmentation des coûts de réparation (notamment des pièces détachées) et, plus encore, l'explosion de l'indemnisation des accidents corporels - « avec une jurisprudence de plus en plus défavorable aux assureurs », observe Maxime Letribot -, conduisent à la prudence. D'autant que la profession commence à prendre la mesure des effets pervers de certaines décisions marketing. « La fréquence des bris de glace a augmenté, constate Cyrille Chartier-Kastler. Les assurés ont le sentiment que cela ne coûte plus rien. »

L'assurance auto reste un marché hautement concurrentiel pour les assureurs, qui s'appuient sur leur offre pour « capter les clients en vue d'une multidétention », explique Cyrille Chartier-Kastler. On pourrait donc observer « des augmentations tarifaires plus importantes pour les contrats en portefeuille que pour les affaires nouvelles. Certains assureurs pourraient même annoncer un gel des prix ».

Y compris pour les femmes ? La Cour de justice européenne interdit les distorsions de prix liées au sexe à compter du 21 décembre 2012. Selon Maxime Letribot, « cette décision a déjà été intégrée par les assureurs ». Stanislas Di Vittorio prédit, quant à lui, que « les incertitudes actuarielles liées à cette nouveauté devraient avoir un effet très légèrement inflationniste », mais sans répercussions majeures.

Habitation : des stratégies variées

Contrairement aux années précédentes, 2012 n'a pas connu de grave catastrophe naturelle. Du moins pas encore : n'oublions pas que les tempêtes Lothar et Martin n'ont eu lieu que durant les tout derniers jours de l'année 1999. « De toute façon, comme la fréquence des catastrophes naturelles a beaucoup augmenté, les assureurs ont tendance à les intégrer par principe dans leurs prévisions », explique Maxime Letribot.

La tarification des assurances multirisques habitation (MRH) dépend donc avant tout de la stratégie et des résultats techniques des assureurs. Pour 2013, Cyrille Chartier-Kastler parie sur une augmentation de 3 à 4%. « Certains opérateurs ne dépasseront pas 2% sur les contrats présentant un profil de risque limité », ajoute le président du cabinet de conseil Facts et Figures, qui est convaincu que les assureurs auront des stratégies très différentes « selon les caractéristiques techniques de leurs risques (appartements de ville ou maisons individuelles) et selon leur localisation géographique ».

En effet, il n'est pas question de lâcher la bride sur les tarifs : la MRH reste un produit d'appel, qui a permis aux bancassureurs de capter d'importantes parts de marché. C'est pourquoi Stanislas Di Vittorio table sur une augmentation plus modérée, de l'ordre de 2,5%, « en ligne avec l'inflation et l'augmentation enregistrée par notre comparateur au cours des douze derniers mois ».

Toutefois, Maxime Letribot note que « le marché de la MRH n'a jamais connu la même guerre des prix que l'assurance auto ». Entre 2000 et 2010, ses tarifs ont même progressé de 36%. Poursuivant cette logique, il ne serait pas étonné que les augmentations tarifaires se situent plutôt entre 4 et 5% en 2013. « Le prix des MRH est de plus en plus étroitement corrélé à l'indice du coût de la construction, qui a fortement augmenté ces dernières années. » La preuve : « En 2011, le marché de l'assurance habitation a connu une croissance de 6%, dont pas loin de 5% liés aux augmentations tarifaires. » Selon lui, le mouvement devrait se poursuivre. Le débat est ouvert...

Santé : des consommateurs sensibles

S'il est un marché pour lequel il est difficile de hasarder un pronostic, c'est bien celui de l'assurance santé, tant il dépend des orientations du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), qui ne sera présenté en Conseil des ministres que le 10 octobre. Le gouvernement reviendra-t-il sur l'augmentation de la taxe sur les contrats d'assurance (TSCA), comme cela a pu être évoqué durant la campagne présidentielle ? Vu l'état des finances publiques, nos experts en doutent. Tout juste notent-ils que l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) a été limité à 2,7%, au lieu des 3% annoncés.

La « relative maîtrise de la hausse des dépenses maladie et l'absence de transfert de charges de l'État vers les assureurs » observées par Cyrille Chartier-Kastler amènent nos experts à parier sur un ralentissement sensible des hausses tarifaires. Ils prévoient tous entre 3 et 5% d'augmentation, « mais plutôt 3% que 5% », précise Maxime Letribot.

Après dix années de hausses supérieures à 5% par an, qui ont abouti à un doublement des tarifs, la question du prix devient cruciale pour le développement de l'assurance santé. « On observe chez les consommateurs une véritable sensibilité au prix », note pour sa part Stanislas Di Vittorio.

Réexpliquer l'assurance

Le développement des comparateurs n'y est sans doute pas pour rien. Du reste, il a amené certains assureurs à entamer leurs marges. « Les résultats techniques sont très hétérogènes, observe Cyrille Chartier-Kastler, allant de 60-65% pour certaines compagnies à 80-85% pour des mutuelles, dont les coûts de distribution sont moins élevés. » Malgré tout, « il devient difficile, pour de nombreux Français, de supporter des augmentations supplémentaires ».

Au point que Jean-François Poletti, associé chargé de l'assurance de personnes chez Deloitte, s'inquiète de l'émergence de nouveaux comportements : « Face à l'explosion des prix, les consommateurs n'hésitent plus à choisir une couverture dégradée, voire à opter pour l'autoassurance. » À ses yeux, les assureurs doivent absolument « réexpliquer leur métier et son fondement, la mutualisation des risques, au lieu de se livrer à une guerre des prix, avec des produits de plus en plus "marketés" ».

Un voeu pieux ? Cyrille Chartier-Kastler est convaincu que « le mouvement de démutualisation du risque - chaque client payant le prix correspondant à son niveau de risque - va se poursuivre ». À moins que ne voient le jour de nouveaux contrats « permettant d'apporter une réponse au poids de la complémentaire santé sur le budget des Français ». Sur le front des tarifs, l'assurance santé se trouve aujourd'hui à un carrefour.

LES PRONOSTICS DE NOS EXPERTS

Maxime Letribot, associé d'Eurogroup Consulting

  • AUTO + 2%
  • HABITATION + 4 à 5%
  • SANTÉ + 3 à 5%

Stanislas Di Vittorio, président-fondateur d'Assurland

  • AUTO + 1,5%
  • HABITATION + 2,5%
  • SANTÉ + 3,5%

Cyrille Chartier-Kastler, président-fondateur de Facts et Figures

  • AUTO + 2 à 3%
  • HABITATION + 3 à 4%
  • SANTÉ + 3 à 5%

 

GENERALI GÈLE LES PRIX

« Aucune évolution tarifaire n'est prévue en 2013, à la seule exception des assurances auto, en répercussion de la décision européenne d'interdire les discriminations homme-femme. » Generali n'en dira pas plus : aucune explication apportée à cette décision pour le moins surprenante de l'assureur italien. Néanmoins, une hypothèse est avancée par les consultants que nous avons interrogés : à l'instar des autres grands assureurs à réseau, Generali a procédé à des augmentations significatives ces dernières années, notamment en dommages. Alors que les relations avec son réseau d'agents généraux sont tendues (600 d'entre eux ont manifesté devant le siège parisien du groupe, le 26 juin), la compagnie pourrait vouloir calmer le jeu et éviter qu'un fossé ne se creuse avec les mutuelles sans intermédiaires et les offres low cost.

 

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Assurance dommages aux biens

Cachan Habitat OPH

16 septembre

94 - Cachan

Acquisition d'un véhicule neuf.

Comité Martiniquais du Tourisme

15 septembre

972 - FORT DE FRANCE

Lac de la Sorme - assistance à l'élaboration d'un programme de travaux d'ingénierie...

Communauté Urbaine Le Creusot-Montceau (CUCM)

15 septembre

71 - CU LE CREUSOT MONTCEAU

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Tarifs 2013 : Le pari d'un changement d'allure

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié