Tarifs 2014 : des hausses à multiples facettes

Les majorations tarifaires observées en assurance automobile et habitation pour 2014 pourraient s'avérer modestes comparées à celles que les futures évolutions réglementaires laissent présager. À moins que les acteurs de l'assurance n'activent d'autres leviers pour s'adapter.


Gel pour les uns, hausse modérée voire prononcée pour les autres... Comme chaque année, la valse des tarifs réserve son lot de surprises parmi les acteurs de l'assurance dommages des particuliers dont les contrats arriveront à échéance au 1er janvier. Seule certitude : que ce soit sur le terrain de l'automobile comme sur celui de l'habitation, la baisse des tarifs, l'une des promesses de la loi consommation chère au ministre Benoît Hamon, ne sera pas pour 2014. Les premiers signes envoyés par des acteurs comme la Maaf (remise exceptionnelle en auto en 2013 et gel des tarifs en 2014) et de la Maif (gel des tarifs auto en 2014) n'auront finalement pas reflété les positionnements tarifaires du reste du marché.

En septembre dernier, le Gema avait d'ailleurs prévenu que ces deux stratégies étaient « la conséquence de résultats techniques et économiques enregistrés sur l'exercice 2012 et surviennent après une série de hausses » mais qu'ils « n'anticipaient pas les positions à venir des autres adhérents ». Au final, toutes familles d'opérateurs confondues, les majorations appliquées avoisinent plutôt les 2% en assurance automobile et oscillent entre 2,5% et 5% en habitation (voir les graphiques).

Les raisons de ces augmentations ne manquent pas. Elles relèvent d'abord, et surtout, de la sinistralité. De ce point de vue, 2013 n'aura pas été une année favorable pour l'assurance. « La neige, mais aussi les événements climatiques qui se sont échelonnés entre le 15 juin et le 15 août vont coûter à Covéa aussi cher que le passage de la tempête Xynthia. En brut, ce montant s'élève à 235 M€. Avec une différence par rapport à Xynthia : l'impact se fait autant sur l'assurance auto que sur l'habitation », relève Thierry Derez, président-directeur général de la Sgam Covéa.

Même constat à la Macif. La mutuelle a enregistré, à fin octobre 2013, près de 53 000 sinistres liés aux événements climatiques de l'été pour un montant de 94 M€. Elle estime le coût global à la fin de l'année à près de 130 M€ contre 70 M€ en 2012. Les événements climatiques du printemps et de l'été ont sérieusement pesé sur les activités des assureurs IARD. Sur le périmètre de ses adhérents, le Gema a recensé pas moins de 230 000 déclarations de sinistres entre le 15 juin et le 31 août, pour un montant de 425 M€ (dont 55% au titre de la MRH, 37% de l'automobile et 8% de la multirisque des professionnels). Au total, le coût des différents épisodes météorologiques est estimé, pour l'ensemble du marché, à 1,1 Md€, soit quasiment l'équivalent de la charge qu'a représentée la tempête Xynthia en 2010 (1,5 Md€).

UNE SINISTRALITÉ QUI CONTINUE À PESER SUR LES TARIFS 2014 : Tendances à fin octobre 2013

AUTOMOBILE : FORTE HAUSSE DU COÛT MOYEN DES DOMMAGES CORPORELS

- 3%

baisse des fréquences moyennes annuelles sur le corporel (contre -4% en 2012)

- 2,5%

baisse des fréquences moyennes annuelles sur le matériel (contre -2% en 2012)

En assurance automobile, à fin octobre 2013, la FFSA enregistre une baisse de la fréquence des accidents (nombre de sinistres/nombre de véhicules assurés). « Cette baisse du nombre d'accidents a deux origines. D'une part, la baisse du kilométrage moyen, les Français ayant moins circulé sur les routes en 2013 en raison d'un printemps pluvieux. D'autre part, une amélioration du comportement des automobilistes au volant », souligne Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilité à la FFSA. A noter que la fréquence des bris de glaces repart à la hausse en 2013 à +3,5% après -9% en 2012.


+12%

hausse du coût moyen des corporels (accidents avec blessés ou décès)

>102%

le ratio combiné de la branche auto en 2013

Le coût moyen des dommages matériels a progressé de 2,5% soit l'équivalent de trois fois l'inflation (0,8%). Surtout, les coûts moyens des corporels (accidents avec blessés ou décès) se sont envolés de 12%, « une évolution historique », note Stéphane Pénet. En cause : une inflation générale particulièrement élevée. À cela s'ajoute le transfert de la charge de la revalorisation des rentes auto amenant les assureurs à provisionner dès maintenant cette augmentation selon les conditions fixées par les pouvoirs publics. « In fine, la hausse des coûts moyens compense la baisse de la fréquence des accidents entraînant vraisemblablement une dégradation du ratio combiné (supérieur à 102%) de la branche assurances auto en 2013 », précise Stéphane Pénet.

HABITATION : CAT'NAT', VOLS ET INCENDIES PÉNALISENT LE MARCHÉ

1,1 Md€

 coûts des événements climatiques de l'été et de la tempête Christian en France

400 000

assurés touchés par le passage de la tempête Christian
En habitation, la série d'événements climatiques qui a sévi en France entre le 15 juin et le 15 août (inondations à Lourdes, orages de grêles et inondations) et le passage de la tempête Christian dans le nord de la France fin octobre ont touché près de 400 000 assurés et coûté près d'1,1 Md€ aux assureurs, « soit au global l'équivalent d'une catastrophe naturelle majeure », rapporte Stéphane Pénet. Et d'ajouter : « Comme ce sont des mini-évènements, ils ne touchent pas toujours les traités de réassurance. Dans ces cas-là, les assureurs supportent seuls les conséquences financières de ces intempéries. »

+ 2%

hausse du nombre de vols(contre +3% en 2012)

+ 4% à +5%

hausse du nombre d'incendies (contre -10% en 2012)
« En habitation, les premiers résultats n'apportent pas de bonnes nouvelles avec des fréquences de sinistres dans le rouge », évoque Stéphane Pénet. Et pour cause : les fréquences de cambriolages sont restées élevées. « Nous avions déjà connu des augmentations fortes ces dernières années et nous constatons à nouveau des niveaux inquiétants de sinistralité. » Quant aux dégâts des eaux, le recul de 2% enregistré en 2013 est à nuancer. L'an passé, l'épisode du grand froid de février avait impacté de l'ordre de 15% la fréquence des dégâts des eaux. Cette année, le léger reflux constaté ne permet pas de renouer avec les niveaux de 2011.

Un bond de la sinistralité corporelle en dépit de la baisse des accidents

Globalement, en assurance auto, la fréquence des sinistres matériels et corporels a baissé mais d'autres facteurs sont venus peser directement sur les charges des assureurs. Les coûts de la réparation automobile - main-d'oeuvre, peinture et surtout pièces détachées - ont évolué à la hausse. Mais surtout, la prise en charge de la revalorisation des rentes versées aux victimes d'accidents de la route a été transférée aux sociétés et mutuelles d'assurances alors qu'elle incombait auparavant au Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommage (FGAO).

Habitation : les mutualistes ont freiné les hausses

Depuis le 1er janvier 2013, c'est donc aux acteurs de l'assurance automobile eux-mêmes que revient l'obligation de provisionner cette charge dans leurs comptes. Selon Jacques de Peretti, directeur général d'Axa particuliers et professionnels, sur les 12% de hausse enregistrée par le marché sur le coût moyen des sinistres corporels, la moitié relève de cette nouvelle charge. Ces dernières années, les majorations légales de rentes ont atteint en moyenne 2% par an mais le marché redoute les périodes d'hyperinflation susceptibles de faire dériver les coûts. Autre sujet de préoccupation : le poids sans cesse croissant des différents postes pris en compte dans l'indemnisation des sinistres corporels. La Macif évoque ainsi un bond de 24% en à peine un an de la sinistralité corporelle en dépit de la baisse de la fréquence des accidents.

En assurance habitation, le processus de rattrapage tarifaire - entre +2,5% et 5% - s'est poursuivi sans surprise dans une branche structurellement déficitaire, excepté en 2011 (voir le graphique). Outre les dommages liés aux mini-catastrophes naturelles de l'été, la hausse du nombre de vols, d'incendies et de dégâts des eaux a accentué la pression tarifaire. Autre élément qui participe à l'augmentation de la charge des sinistres, et donc aux majorations de tarifs en assurance habitation, et dans une moindre mesure en automobile : le passage du taux de la TVA de 7 à 10% dans le bâtiment et de 19,6% à 20% dans la réparation automobile. Les contrats d'assurance n'étant pas soumis à la TVA, les assureurs ne peuvent absorber, par leurs facturations, de telles augmentations qui impactent, de facto, leurs coûts en matière de gestion des sinistres.

UN BÂTON DANS LES ROUES DES ASSUREURS EN AUTOMOBILE ?

Le différentiel de coût entre une réparation effectuée par un garage lambda et un prestataire agréé par un assureur pouvant atteindre 25%, le taux d'orientation vers ces derniers s'avère un élément clé dans la course à la compétitivité. Aujourd'hui rien n'oblige un assuré à se tourner vers le professionnel proposé par son assureur mais, à l'avenir, il sera davantage informé de sa liberté de choix. C'est ce que vise l'article 21 ter du projet de loi consommation. Celui-ci prévoit que la liberté de choix soit rappelée sur les contrats, les avis d'échéance et lors de la déclaration de sinistre, dans des conditions à définir par arrêté. Une mesure qui ne séduit pas les assureurs déjà contrariés par la résiliation infra-annuelle prévue dans ce projet de loi et qui pourrait à l'avenir avoir des répercussions sur la charge sinistre et donc sur les tarifs. E.D.

Les effets de la résiliation infra-annuelle

Enfin, certains opérateurs se préparent, en coulisses, à l'entrée en vigueur de la loi consommation de Benoît Hamon instituant la résiliation infra-annuelle des contrats au-delà d'un an d'engagement. Du côté de Covéa, Thierry Derez estime que « ce mécanisme va entraîner des surcoûts en gestion technique, administrative et commerciale, qui forcément, vont peser sur les tarifs ». Difficile, à ce stade, d'évaluer dans quelle mesure les assurés feront usage de cette nouvelle possibilité qui s'offre à eux. Mais l'assurance auto pourrait être plus touchée que l'assurance habitation. « Selon nos estimations, si le taux de rotation des contrats passe de 17%, ce qui est la moyenne actuelle, à 21%, il faut s'attendre à une augmentation des tarifs de l'ordre de 3 points, chaque point supplémentaire en termes de rotation ayant un impact de 0,8 point », prévient Jacques de Peretti.

Des Ratios à améliorer

Les effets de la résiliation infra-annuelle s'annoncent d'ores et déjà aux antipodes des objectifs du gouvernement de redistribuer du pouvoir d'achat aux ménages français. Introduite plus récemment dans le projet de loi consommation, l'obligation d'informer les assurés de la possibilité qu'ils ont de choisir librement leur réparateur automobile pourrait elle aussi avoir des conséquences sur les tarifs (lire l'encadré).

Aux effets de cette loi s'ajoutent d'autres évolutions réglementaires qui, à plus ou moins longues échéances, laissent présager de nouvelles hausses tarifaires. Ainsi, dans le domaine des dommages corporels, l'adoption progressive par les Cours d'appel du référentiel unique d'indemnisation pourrait se traduire par un impact de 3%, que certains comme Axa ont déjà commencé à intégrer dans leur politique tarifaire.

Toujours en lien avec les dommages corporels, les opérateurs font face à deux inconnues : le projet portant sur un nouveau mode de calcul des frais futurs, dans le cadre de l'indemnisation en capital des victimes, et les réflexions en cours sur une éventuelle réforme de l'indemnisation du conducteur responsable. Autant d'évolutions qui inquiètent les acteurs de l'assurance auto. Leur conjugaison pourrait représenter des surcoûts de 13%, selon Jacques de Peretti et grever le pouvoir d'achat des assurés de 3 Md€.

Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet d'études facts et figures
« La seule politique tarifaire tenable consiste à travailler sur son prix de revient »

  • Pourquoi les effets de la loi « Hamon » ne se reflètent pas sur les tarifs 2014 ?
    Pour l'instant, les acteurs sont plutôt dans l'expectative. Je ne suis pas certain qu'elle soit la cause d'une dégradation importante des taux de chute des contrats, car ils ont déjà fortement augmenté. La loi « Hamon » pose toutefois une exigence, celle d'être compétitif, ce qui est plutôt sain pour le secteur ; elle va obliger également les intermédiaires à jouer leur rôle de conseil auprès de tous leurs clients afin de justifier un tarif moyen plus élevé.
  • Les acteurs du marché ont-ils atteint la limite en termes d'acceptabilité par les clients ?
    Globalement, les hausses de tarifs ne passent plus auprès du client. Les opérateurs qui seront à 5% et au-delà auront des résiliations significatives. Aujourd'hui, la seule politique tarifaire encore tenable est celle consistant à travailler sur son prix de revient : amélioration du coût moyen des sinistres, de sa productivité commerciale, des taux de chute de contrats et la qualité de services. Dans les prochaines années, les acteurs devraient se livrer une guerre autour des « usines » de gestion de sinistres de type Covéa AIS, Karéo Services, dont on estime le gain potentiel sur le coût moyen d'un sinistre dommages en automobile à près de 10%.
  • Dès lors, comment éviter de nouvelles hausses tarifaires ?
    Les opérateurs pourraient procéder à un allégement en garanties de base de leurs contrats auto et habitation. Des garanties qui ne sont pas toujours utiles et souvent mal tarifées. Le marketing a sans doute poussé trop loin la logique du service et l'enrichissement des contrats sans que le client ait conscience de ces prestations supplémentaires. À l'avenir, le balancier devrait repartir dans l'autre sens.

    PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN ACEDO

Surcoûts en matière d'expertise et d'indemnisation

Dans le domaine de l'assurance habitation, ce sont les évolutions des normes en vigueur dans le secteur du bâtiment qui pourraient bouleverser la donne, dès lors qu'un sinistre induit une reconstruction, de même que les règles en matière de prévention et de sécurité déjà en vigueur concernant le risque amiante. Mesures de confinement, remises en conformité des bâtiments : autant de facteurs qui risquent d'engendrer des surcoûts en matière d'expertise et d'indemnisation.

Pour redresser la situation de la branche habitation, déficitaire depuis plusieurs années, les opérateurs ne pourront continuer à miser sur les hausses tarifaires. D'autres voies restent à explorer, selon Jacques de Peretti : « Développement des réseaux de prestataires agréés, adaptation des garanties au sein des contrats voire segmentation plus fine des risques. » Le secteur de l'assurance aurait-il d'autres surprises à annoncer que des hausses tarifaires ?

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