Tarifs 2017, un exercice à hauts risques

Tarifs 2017, un exercice à hauts risques
Sergey Nivens - Fotolia

Les tarifs auto et MRH seront orientés à la hausse en 2017. Mais dans le contexte où les assureurs oscillent entre conquête, fidélisation et performances techniques, ce levier tarifaire doit, plus que jamais, être actionné avec précaution.

La messe est dite. Au 1er janvier 2017, les primes d’assurances auto et habitation connaîtront une nouvelle augmentation dont seule l’ampleur reste, à ce stade, l’inconnue. Il faut dire que les assureurs dommages ne se sont pas franchement bousculés pour orchestrer le bal des annonces. Habituée à communiquer dès juin, Maif a attendu septembre pour dévoiler ses tarifs (entre +1,5 % et +2,5 % en auto, entre +1 % et +2 % en MRH), suivi de Matmut (+1,7 % en auto pour 50 % du portefeuille, +2,3 % en MRH). Pour le reste du Top 10 France, silence radio ou presque. Generali France annonce une hausse de 1,5 % en auto et 2,5 % en MRH. Chez Axa France, « c’est certain, [les] tarifs augmenteront l’an prochain », confiait Jacques de Peretti, son PDG, dans nos colonnes, sans toutefois en préciser les niveaux. Les causes de ce mutisme d’une partie du marché s’expliquent par une somme d’éléments négatifs, au premier rang desquels la sinistralité (voir page 10). « Nous assistons à un alignement de planètes plutôt défavorable en termes de sinistralité. Les voyants sont au rouge », observe Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilités de la FFA. En auto, les assureurs font face à un effet ciseau sur les dommages corporels (30 % de la charge sinistres) : la fréquence progresse de 3 % alors que le coût moyen bondit de 5 % sur l’année, dont 7 % au titre des corporels « lourds ». Même constat s’agissant des dommages matériels (2/3 de la charge sinistres) dont le coût moyen des réparations a progressé de 3,5 % à fin septembre 2016, soit près de 7 fois le niveau de l’inflation. « Nous commençons à observer, dans les chiffres, les effets des technologies embarquées dans les véhicules : caméras de recul, phares à LED…

Leur remplacement peut multiplier les coûts de réparation par 2 voire 3 », explique Stéphane Pénet. En habitation, l’épisode de grêle et les inondations de juin pèsent lourd avec une facture globale d’environ 1,5 Md€. Autre déconvenue : la fréquence des dégâts des eaux bondit de 7 %. Dès lors, « à fin septembre, je ne vois pas de raisons techniques pour que les ratios combinés s’améliorent en 2016 », anticipe Stéphane Pénet. Or, et c’est là la double peine, les assureurs dommages peuvent de moins en moins compenser leurs moindres performances techniques par les résultats financiers issus du placement des primes avant paiement des sinistres. Et pour cause : en période de taux bas durable, « il sera assez difficile pour les assureurs européens de conserver les mêmes rythmes de boni de liquidation [NDLR : dégagements de réserves sur les années antérieures] », indique Benjamin Serra, analyste en charge du secteur assurance chez Moody’s. De même, en auto, « les taux bas entraînent mécaniquement une revalorisation des provisions des assureurs, constituées dans l’optique de verser des rentes futures aux corporels lourds », détaille Stéphane Pénet. Concrètement, plus les taux d’intérêt sont bas, plus les provisions capitalisées sont élevées.

Éviter l’effet domino

In fine, tout concourt à des augmentations de tarifs en 2017, même si elles ne seront pas appliquées de manière homogène sur les portefeuilles. Car en période de crise économique, et alors qu’il est facile de comparer les prix, de faire jouer la concurrence et de résilier un contrat, le levier tarifaire traditionnel n’est plus opérant : pousser le curseur des majorations trop loin, c’est risquer de perdre des clients. En effet, selon Facts & Figures, il y a une corrélation directe entre le niveau moyen de hausse tarifaire et la dynamique de développement propre à chaque assureur. Les Mutuelles sans intermédiaires (MSI), dont les tarifs ont moins augmenté que ceux des réseaux d’agents généraux ces dernières années (voir encadré ci- contre) voient leur portefeuille croître, alors que les seconds perdent des contrats. Sur le terrain, toute la difficulté, c’est d’éviter l’effet domino. En effet, un dirigeant d’entreprise mécontent de l’évolution de sa prime auto peut décider de résilier l’ensemble de ses contrats. D’où les tensions parfois vives observées au sein des réseaux d’agents généraux quand les majorations sont importantes et surtout sont appliquées à l’aveugle. Mais à trop jouer la prudence sur le plan tarifaire, le risque est de voir ses résultats techniques se détériorer.

Dans ce contexte, les assureurs sont amenés à jouer sur d’autres curseurs pour rester compétitifs, comme l’observe Cyrille Chartier- Kastler : segmentation plus fine, révisions « assez discrètes des plafonds de garantie et des franchises » ou encore des options peu comparables. « C’est en actionnant ces trois leviers que les assureurs peuvent espérer gagner quelques euros et éviter de fortes majorations qui auraient pour conséquences une augmentation des résiliations », observe le président de Facts & Figures. Dans le même temps, les assureurs revoient leur politique de souscription. « Si on a gagné un client pour des raisons tarifaires, on le perdra pour ces mêmes raisons, en assurance automobile, nous ne cherchons pas forcément à assurer ce type de profils, nous privilégions davantage les personnes sensibles à la sécurité », observe François Nédey, directeur technique assurances de biens et de responsabilités d’Allianz France. Reste qu’une segmentation plus fine des risques peut conduire à des phénomènes d’anti-sélection et à l’émergence de poches de mauvais risques à la lisière du marché.

SINISTRALITÉ

En auto, le poids des corporels redevient un motif d’inquiétude. Les décisions d’indemnisation des tribunaux pèsent sur leur coût moyen. Jusque-là, les assureurs ont pu contenir cette hausse par la baisse de la fréquence. Ce n’est plus le cas depuis deux ans. Côté MRH, un seul épisode climatique a suffi pour plomber les résultats techniques. Une autre menace pourrait se profiler : la reprise de l’inflation. « En contribuant à l’augmentation du coût de la sinistralité, elle contraindrait les compagnies qui auraient mal anticipé le phénomène à renforcer leurs provisions », explique Benjamin Serra de Moody’s.

CHARGEMENTS

Les plans de réduction des dépenses se multiplient. Et en termes d’économies à réaliser, la barre est placée toujours plus haut (2,1 Md€ pour le groupe Axa sur la période 2016-2020). Mais selon Cyrille Chartier-Kastler : « Les changements qui pourraient conduire à une baisse des coûts de gestion et de distribution ne peuvent être opérés que très progressivement. » D’où « des répercussions très marginales d’une année à l’autre. » D’autant que les efforts des assureurs sont mis à mal par l’augmentation des résiliations sous l’effet de la loi Hamon (environ 1 point de plus en 2016), entraînant une hausse des coûts d’acquisition de nouvelles affaires.

TAXES

Deux taxes connaîtront une hausse significative au 1er?janvier prochain. La première concerne l’augmentation de la contribution annuelle au FGTI (dite « taxe attentat ») de 4,30?€ à 5,90?€, annoncée par la secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes Juliette Méadel fin octobre. La seconde relève de la garantie de protection juridique (PJ), dont le taux de la taxe spéciale sur les contrats d’assurance (TSCA) passera de 12,5 % à 13,4 %. Cette disposition avait été adoptée dans la loi de Finances 2016 au titre du financement de l’aide juridictionnelle en France.

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