Tarifs auto et MRH : ce que cachent les augmentations

Tarifs auto et MRH : ce que cachent les augmentations

Avec 2% de hausse en MRH et 3% en Auto prévus en 2018, les assureurs procèdent à des révisions tarifaires raisonnées. Elles auraient dû être techniquement plus inflationnistes, mais ces assurances obligatoires restent des produits d’appel sur lesquels la concurrence fait rage. La modération s’impose, quitte à procéder à des augmentations plus massives sur des populations ciblées.

« La prévision est difficile, surtout quand elle concerne l’avenir ». Cette boutade de Pierre Dac prend tout son sens quand il s’agit de décrypter les annonces d’augmentations tarifaires des assurances Auto et Multirisque habitation (MRH). « En MRH, nos évolutions tarifaires sont très ajustées et inférieures à l’indice FFB », répond une mutuelle. « En Auto, nos tarifs new business seront stables en moyenne », assure un pure player, en passant sous silence les assurés déjà en portefeuille.

Bien que vagues, ces réponses ont le mérite d’exister. Car on ne peut pas dire que les assureurs IARD jouent cartes sur table : sur les 23 que nous avons interrogés, 15 n’ont pas souhaité répondre à nos questions, soit parce que « nous ne communiquons pas sur ce sujet », soit parce que les nouveaux tarifs, qui entreront en vigueur le 1er avril, n’ont pas encore été calés. « On ne peut réellement constater les augmentations tarifaires qu’a posteriori », explique Christophe Triquet, directeur assurances du comparateur MeilleurTaux.com. Et encore… « Une moyenne des augmentations peut masquer des stratégies tarifaires très ciblées ou même un nettoyage de portefeuille », poursuit le dirigeant du comparateur.

Ces précautions d’usage étant posées, les observateurs prédisent pour 2018 des augmentations tarifaires moyennes tournant autour de 3% en assurance Auto et de 2% en MRH. Christophe Triquet table, lui, sur des augmentations de 3 à 4% en Auto et de 2 à 3% en MRH. Le cabinet d’études Facts & Figures parie plutôt sur une hausse de 2 à 3% en Auto et de 1 à 2% en MRH. C’est en croisant ces analyses avec les premières annonces des assureurs que nous avons retenu les chiffres pivots de 3% en Auto et de 2% en MRH.

Les 4 raisons de la hausse

  • AUTO
    1-
    De mauvais résultats techniques : très dégradé en 2009 (à 110 %), le ratio combiné du marché de l’Auto s’est amélioré au fil des augmentations annuelles qui ont vu les tarifs bondir de 14,1 % entre 2009 et 2015. Malgré cela, les résultats techniques restent dans la zone rouge. Descendus à 101 % en 2002, ils sont remontés à 105 % en 2016.
    2- Des coûts de réparation en forte hausse : le coût des pièces détachées a augmenté de 4,2 % en 2017, celui de la main-d’œuvre en carrosserie de 2,5 %, portant l’augmentation globale des coûts de réparation à 3,4 % en 2017.
    3- Dégradation des comportements routiers : après avoir fortement baissé entre 2009 et 2014, le nombre d’accidents corporels est reparti à la hausse (+2,7 % en 2016).
    4- Produit d’appel : la technique devrait permettre une revalorisation importante, mais l’assurance Auto reste un produit phare de conquête commerciale.
  • MRH
    1-
    Garder des réserves : pour restaurer des ratios combinés très dégradés (jusqu’à 108 % en 2009), les assureurs ont procédé à des hausses tarifaires importantes, de l’ordre de 28,6 % entre 2009 et 2015. Ils ont ainsi engrangé une réserve, estimée par Facts & Figures, à 600 000 €.
    2- Absorber les aléas climatiques : le coût des événements climatiques est passé en moyenne d’1 Md€ par an au cours des trente dernières années à 2 Md€ par an depuis 2010.
    3- Préserver l’équilibre technique : après être tombé à 91 % en 2016, le ratio combiné remonte dangereusement. Il pourrait flirter avec les 95 % en 2017. Malgré les réserves, il n’est donc pas question de geler les tarifs.
    4- Des risques sous contrôle : contrairement à l’Auto, le marché de la MRH n’a pas connu de dérive des risques. Ce qui explique le niveau relativement modéré des augmentations tarifaires.

Une stabilisation médiatique

La Maif a été la première à s’exprimer en annonçant 2 % d’augmentation moyenne en Auto et 1% en MRH (mais 2% pour les assurés MRH de Filia, née de la MGEN et de la Maif). « Après le gel de 2016 en MRH, c’est l’augmentation la plus modérée de ces quinze dernières années », commente-t-on à Niort, où l’on insiste sur la stratégie de modération tarifaire engagée par la mutuelle depuis trois ans. « L’analyse de l’indice Insee des prix de l’assurance montre que les contrats Auto ont augmenté de 5 % sur la période 2014-2017 alors que cette hausse a été limitée à 1,5 % pour les sociétaires Maif et à 2,5 % pour ceux de Filia. ».

La Matmut lui a emboîté le pas, communiquant sur une stabilité tarifaire des contrats habitation et une hausse moyenne de 2,7 % sur les assurances Auto. Cependant, l’impact de cette augmentation « peut être atténué, voire supprimé après l’application du bonus et des réductions sur les garanties dommages de 5 à 10 % liées à l’âge du véhicule, dont plus de 40 % des sociétaires bénéficient aujourd’hui », explique-t-on du côté de la mutuelle rouennaise, où l’on annonce in fine, après application de ces réductions, « une revalorisation tarifaire de 1,2 % pour les personnes concernées; voire des baisses de tarif pour certaines catégories de voitures dites familiales ou routières ».

Même approche chez Axa, qui annonce des « hausses tarifaires inférieures à celles de 2017 (2,5 % en Auto et 2,5 % en MRH). Elles seront segmentées en fonction du profil de risques pour permettre la poursuite de la baisse de fréquence. » Les assurés ayant déclaré plusieurs sinistres – même de faible intensité – sont donc en ligne de mire. Son concurrent Allianz a prévenu l’AFP que sa hausse atteindrait 3 % en habitation en 2018, mais s’est abstenu de tout commentaire en Auto. À la suite de ces quelques annonces, la stratégie tarifaire des mutuelles est saluée par Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures : « Après avoir fait beaucoup d’efforts pour réduire leur structure de coûts, les mutuelles commencent à réinjecter ces gains dans la compétitivité tarifaire ». Et à tailler des croupières aux assureurs avec réseau ? Cyrille Chartier-Kastler voit un risque à court terme dans la dérive tarifaire des réseaux d’agents généraux qui ont, selon ses calculs, perdu 535 000 contrats en Auto et 760 000 contrats en MRH entre 2011 et 2015. « Dans le même temps, leur part de marché en valeur n’a que très faiblement fléchi, passant de 26,3 % du marché des particuliers en 2010 à 25,1 % en 2015. Cela signifie qu’ils ont compensé leurs pertes de contrats par des augmentations tarifaires. Cette stratégie me semble mortifère. »

Augmentation tarifaire Auto moyenne en 2018

  • +2 % en moyenne en MRH, en 2018
    Source : L’Argus de l’assurance
  • +3 % en moyenne en Auto, en 2018
    Source : L’Argus de l’assurance

De même, la guerre tarifaire initiée par la loi Hamon pour conquérir de nouveaux clients va vite montrer ses limites : « On l’a vu dans le secteur des télécoms, observe Christophe Trinquet : pénaliser les clients fidèles au profit des assurés volages n’est pas une bonne politique. Mais il n’est pas toujours facile de trouver le bon équilibre entre conquête et fidélisation… » Privilégiant la fidélisation de ses clients, la MACSF a fait le choix d’augmenter de 2 % les tarifs des nouveaux contrats Auto pour geler le niveau de primes des contrats en portefeuille. À l’inverse, L’Olivier (groupe Admiral) gèle les tarifs des nouveaux assurés au motif que ce nouvel acteur du marché est « dans une stratégie de croissance. Nous souhaitons continuer à gagner des parts de marché. » Mais quid, alors, de ses contrats en portefeuille ? « Notre stratégie de segmentation plus fine que la moyenne du marché nous permet de ne pas augmenter les prix. » Du moins en moyenne, car les mauvais risques sont pénalisés : « Comme pour tous les assureurs, les événements qui surviennent dans la vie d’une police ont un impact sur les tarifs au renouvellement. »

La MRH a été sous-tarifée pendant des années. Les assureurs ont engagé une stratégie de rééquilibrage en relevant significativement le montant des primes au cours des six dernières années. Si cette stratégie a été tempérée par la mise en oeuvre de la loi Hamon en 2016, elle devrait se poursuivre.

Christophe Triquet, directeur assurance de MeilleursTaux.com

Ménager les automobilistes

C’est au prix de cette segmentation que les assureurs arrivent à présenter des niveaux moyens d’augmentation tarifaires assez raisonnables au regard de l’inflation des sousjacents. En assurance automobile, notamment, la remontée des sinistres corporels et l’augmentation du coût des pièces détachées auraient pu justifier des revalorisations tarifaires plus spectaculaires. Les assureurs ont préféré avoir la main légère : « Le marché de l’Auto est hautement stratégique, note Christophe Triquet. Les assureurs peuvent accepter de perdre de l’argent. » Mais il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps...

L’augmentation moyenne de 2 % de nos tarifs Auto en 2018 est très modérée au regard de l’inflation touchant les réparations (+3,4 % en 2017) et de la hausse du nombre de sinistres, notamment les accidents corporels (+3,7 % mi-2017).

Jean-Marc Willmann, directeur général adjoint des services et solutions d’assurance de la Maif

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