Thierry Beaudet (FNMF) : « Le dialogue est régulier avec l'exécutif, mais c'est à la fin que nous ferons les additions »

Thierry Beaudet (FNMF) : « Le dialogue est régulier avec l'exécutif, mais c'est à la fin que nous ferons les additions »
Luc Perenom Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française.

La Mutualité française tient jusqu’au 15 juin son congrès à Montpellier. Quelque 2 000 congressistes sont attendus pour ce temps fort du mouvement mutualiste où il sera beaucoup question d’accès aux soins et de restes à charge. Après quelques étincelles au départ, les relations avec l’exécutif paraissent moins heurtées que sous le quinquennat Hollande ; la Mutualité française a pu faire valoir ses propositions et idées. Mais dans nos colonnes, son président, Thierry Beaudet, montre clairement qu’il n’entend pas signer de chèque en blanc. Le coût de la réforme du RAC 0 demeure notamment sensible. Dans les couloirs, à Montpellier, on parlera aussi « boutique ». La fédération est en pleine réforme, Thierry Beaudet se veut le président du mouvement et, dans ses déclarations à L’Argus, il répond très clairement à toutes les spéculations et interrogations pouvant circuler en interne sur son avenir à la tête de la Mutualité.

Argus de l'Assurance : Qu’est-ce qui fera de Montpellier un congrès réussi ?

Thierry Beaudet (FNMF) : Le congrès est déjà réussi ! Les mutualistes seront nombreux et ont activement participé à la préparation du rapport de ce congrès. Par ailleurs, la liste des intervenants ayant accepté de venir échanger avec les mutualistes à Montpellier démontre notre capacité à dialoguer avec tous les acteurs de la protection sociale. Les pouvoirs publics, l’ensemble des familles de la complémentaire santé, les partenaires sociaux – organisations de salariés et patronales – au plus haut niveau, le directeur général de la Cnam, les présidents des syndicats de médecins libéraux CSMF et MG-France, François Baroin, président de l’AMF, l’Association des maires de France, avec laquelle nous allons passer une convention sur l’accès aux soins, et bien d’autres encore… tous seront à Montpellier et ce plateau fait la démonstration que la Mutualité est un pilier du système de protection sociale français.

Le congrès de la Mutualité française est généralement un moment propice aux annonces du gouvernement, quelles sont vos attentes à l’occasion de ce congrès ?

Les mutualistes ont un message à faire passer à l’exécutif. La Mutualité est un mouvement qui n’a cessé d’agir afin de transformer ou de faire évoluer le système de protection sociale dans le sens d’un progrès pour tous. Nous l’avons encore prouvé sur le reste à charge zéro (RAC 0), et nous avons bien l’intention de faire des propositions sur la question de l’allongement de la vie. Transformer la société n’est pas une question de « nouveau monde » ou d’« ancien monde ». Nous sommes des acteurs de la transformation, faites-nous confiance et osez les mutuelles !

La Mutualité française a été relativement critique sur le manque de dialogue avec le gouvernement précédent. Quel bilan tirez-vous des relations avec le nouvel exécutif depuis un an ?

La réforme du reste à charge zéro (RAC 0) constitue un dossier majeur. Nous avons décidé très tôt d’en être acteurs, en publiant, en septembre 2017, un observatoire sur les restes à charge, puis fin décembre, une série de propositions afin de favoriser l’accès aux soins. Nous ne sommes pas arrivés les mains vides à la concertation ouverte en janvier, et nous avons le sentiment que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a été attentive à notre contribution. Et dans la négociation conventionnelle sur le dentaire comme dans les discussions sur l’optique et l’audioprothèse avec la direction de la Sécurité sociale (DSS), nous avons eu un dialogue régulier. Reste à savoir si nous avons été entendus.

Le bilan est donc plutôt positif ?

Il y a d’autres sujets où mon appréciation est moins favorable. Sur les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou les hôpitaux, nous avons, avec d’autres organisations, attiré l’attention du gouvernement sur leurs difficultés. Et concernant le projet de loi Pacte et le risque de longévité, où la Mutualité française est, aux côtés de la Fédération française de l’assurance (FFA), favorable à la sortie en rente, nous n’avons pas été entendus pour le moment. C’est bien à la fin que nous ferons les additions.

Mon départ ne sera pas à l’ordre du jour de l’assemblée générale, en octobre prochain.

Êtes-vous satisfait de la tournure prise par les discussions sur le RAC 0 ? Êtes-vous arrivés à une position commune avec les autres fédérations ?

Nous avons mené un travail intense entre les différentes familles de la complémentaire santé et nous convergeons sur l’essentiel, même s’il reste des nuances. Lors du lancement de la concertation, la ministre de la Santé a dit ne pas souhaiter de hausses de cotisations liées à la réforme du reste à charge zéro. À l’heure où je vous parle, la discussion n’est pas totalement aboutie, mais la Mutualité française reste vigilante sur les coûts des arbitrages qui seront rendus par les pouvoirs publics. Et c’est d’ailleurs pourquoi nous avons demandé, lors de notre dernier entretien avec la ministre, la mise en place d’un comité de suivi afin d’apprécier, de manière totalement transparente, l’impact de la réforme sur les dépenses des complémentaires, les filières, les Français.

Partagez-vous les craintes de certains professionnels quant à un encadrement tarifaire renforcé des organismes complémentaires ?

Au moment de la campagne électorale, le candidat Macron imaginait des contrats types, que redoutent certains dirigeants dans la profession. Je ne crois pas qu’ils se mettront en place. L’action de la Mutualité, et de toutes les familles confondues, aura été utile. Nous avons accompli un travail important sur la manière d’améliorer la lisibilité de nos contrats. Par ailleurs, ce n’est un secret pour personne qu’au cours de la discussion sur le RAC 0, il y a eu la tentation de prix limites de vente totalement administrés. Nous les avons repoussés.

Contre toute attente, la prise en charge de la dépendance fait de nouveau débat, comment l’expliquez-vous ?

Le malaise récemment exprimé dans les Ehpad a servi de révélateur pour ce sujet dont l’exécutif n’avait pas évalué l’importance. Notre enquête d’opinion publiée lors du Congrès révèle l’inquiétude des Français. Une fois toutes les aides déduites, un résident sur deux en Ehpad s’acquitte d’un reste à charge supérieur à ses ressources et les classes moyennes sont particulièrement touchées. La solidarité nationale est, quoi qu’on en dise, largement mise en oeuvre : elle intervient via la CNSA, les départements et la Sécurité sociale, pour 80 % du coût de la dépendance (soit 24 Md€ sur les 30 Md€ de dépenses totales). Une fois déduit ce qu’on peut juger normalement du ressort de la famille (alimentation…), il manquerait aujourd’hui 3 Md€ pour répondre aux besoins. Ce n’est pas hors de portée et c’est un sujet que la Mutualité française entend bien porter. Elle rendra public un Observatoire à l’automne 2018, avant de faire des propositions début 2019 et voir comment les mutuelles peuvent, en complément de la solidarité nationale, aider les Français dans la prise en charge de leur perte d’autonomie.

La Mutualité par les mutualistes

Thierry Beaudet, président de la Mutualité française ainsi que du groupe Vyv, et Luc Pierron, docteur en droit et conseiller du président de la FNMF, ont pris la plume pour un « Que sais-je ? » sur la Mutualité. Un ouvrage qui entend retracer les « défis et enjeux auxquels aura été exposée la Mutualité en mouvement dans son temps ». On y parle notamment Sécurité sociale, Europe et assurance santé. Le propos est forcément militant, mais il met clairement en garde contre les risques d’un immobilisme. « Une belle et longue histoire ne promet pas un bel et long avenir », écrivent les auteurs, qui appellent tous les acteurs de la Mutualité à se mobiliser, comme l’on fait leurs prédécesseurs, afin d’assurer la pérennité du mouvement.
La Mutualité, Que sais-je ? n°4133, 2018, 9 €

 

La procédure de référencement dans la fonction publique, qui s’achève, a créé de vives tensions entre mutuelles de fonctionnaires. Cette situation n’est-elle pas préjudiciable à l’unité de la Mutualité française ?

Ces dernières années, les pouvoirs publics ont organisé ce qu’il convient d’appeler un marché de la complémentaire santé, en promouvant la concurrence entre tous sur tous les terrains. Les mutuelles se retrouvent aujourd’hui – ce qu’elles déplorent – dans cet univers d’hypercompétition et il n’est pas anormal que cela suscite un certain nombre de tensions. Mon rôle de président est de fédérer les mutuelles, tout en considérant qu’elles peuvent être concurrentes. Les assureurs, les banques, vivent dans un monde de concurrence depuis plus longtemps que nous, sans que cela ne les empêche de porter des projets ou des positions communes au sein de leur fédération.

Considérez-vous que la réforme de la Mutualité est achevée ?

Je le rappellerai aux délégués : l’objet du congrès est de définir la doctrine mutualiste, pas de traiter des sujets internes qui relèvent de l’assemblée générale. La feuille de route de la réforme est claire : il s’agit de mettre en oeuvre le rapport sur les missions de la fédération que j’ai piloté en 2016 à la demande d’Étienne Caniard, et qui a été approuvé par l’AG. C’est ce que nous avons fait en accordant plus de place aux petites mutuelles, en engageant la baisse de la cotisation fédérale, etc. Et c’est ce que nous continuons de faire avec l’intégration dans la fédération de nos têtes de réseau, à l’exemple du GHMF pour l’hospitalisation. La réforme n’est de fait pas encore achevée et un point très important est inscrit à l’ordre du jour de l’AG d’octobre concernant la gestion de nos établissements mutualistes.

Êtes-vous satisfait de la manière dont vous arrivez à conjuguer la présidence de la Mutualité française et celle de Vyv, premier groupe mutualiste français ?

J’ai ma personnalité et mon mode de fonctionnement. Je ne suis ni Jean-Pierre Davant ni Étienne Caniard. Ils ont leurs qualités et j’ai les miennes. Et le mouvement mutualiste a profondément évolué ces dernières années. Ma manière d’être utile au mouvement mutualiste et aux mutuelles, c’est de pouvoir faire le lien entre des projets de réformes, des idées générales, et la manière dont elles se traduisent sur le terrain. Quand on me parle de RAC 0, de RGPD, de DDA, je vois ce que cela va donner dans mon groupe, j’en mesure les conséquences opérationnelles et cela nourrit ma réflexion. Je vois assez vite ce que des idées peuvent donner sur le compte de résultat d’une mutuelle et c’est ainsi que je pense être utile.

Vous poursuivrez donc votre mandat de président de la FNMF ?

Ma conception – je n’en tire pas une ligne générale – fait débat chez certains, je le sais. Mais mon départ ne sera pas à l’ordre du jour de l’assemblée générale, en octobre prochain.

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