Touché par la grâce ?

Touché par la grâce ?
© JITKA SANIOVA/FOTOLIA
Lors de l'assemblée générale, le 30 avril à Trieste, les dirigeants se sont employés à rassurer les petits actionnaires sur la gouvernance et la stratégie du groupe, après plusieurs mois de crise interne.

Le « n'ayez pas peur », savamment préparé par un Vincent Bolloré tout sourire à l'entrée de l'assemblée générale de Generali, en ce week-end de béatification de Jean-Paul II en Italie, résume à lui seul l'atmosphère particulière qui régnait à Trieste. Au programme : communication et rédemption...

Après plusieurs mois de crise de gouvernance et de signaux contradictoires sur la stratégie du groupe - qui avait trouvé son épilogue dans le départ anticipé du président très contesté Cesare Geronzi -, le nouveau président, Gabriele Galateri di Genola, et sa garde rapprochée (le directeur général Giovanni Perissinotto et Sergio Balbinot, managing director, chargé de l'international) avaient pour délicate mission de rassurer leurs ouailles. Gabriele Galateri di Genola s'est ainsi posé en « garant et promoteur de l'harmonie » retrouvée au sein du conseil d'administration. « J'espère que ce qui s'est passé ne se produira plus jamais. C'est ma mission personnelle. L'entreprise doit avoir des objectifs clairement définis, et les managers être libres de pouvoir les atteindre », a-t-il martelé, face à une salle prête à en découdre.

Car malgré des résultats 2010 jugés satisfaisants par les petits actionnaires, le dividende proposé et le cours de l'action ont été jugés trop faibles. Autres motifs de mécontentement : les 16 M€ empochés par le président « démissionné » Geronzi, et l'attitude de Vincent Bolloré (vice-président et actionnaire à hauteur de 0,2%), qui avait soutenu jusqu'au bout l'ancien président et critiqué publiquement la stratégie de Generali, nuisant à l'image du groupe.

Ce qui inquiète les analystes :

« La capitalisation est l'une des faiblesses de Generali. Si elle devait encore baisser de manière significative, cela mettrait la note sous pression. »

Paola Del Curatolo, analyste crédit chez S et P.

« Generali effectue 60% de ses investissements corporate dans les établissements financiers, ce qui est largement au-dessus de la moyenne, et Generali est parmi les premiers détenteurs de la dette italienne. »

Un spécialiste du marché italien.

« Vincent Bolloré a perdu une bataille très sérieuse, mais a-t-il perdu la guerre ? L'histoire le dira. Si le pire est peut-être passé, des dissensions restent possibles à l'avenir : Vincent Bolloré est un pitbull, il ne lâchera pas comme cela... »

Un analyste financier d'une banque d'affaires.

Cela aurait pu être pire...

Sans se départir de leur sérénité de façade, les dirigeants de Generali ont fait en sorte de déminer chaque point. « Dans le contexte actuel, la Bourse ne reflète pas la valeur des sociétés et la qualité de leurs résultats. Néanmoins, la distribution de dividendes n'a jamais été arrêtée malgré la crise. Ils ont même triplé en trois ans... », a répondu Giovanni Perissinotto. Malgré tout, l'augmentation du cours de Bourse reste un objectif de la direction. « La capitalisation est l'une des faiblesses de Generali », confirme Paola Del Curatolo, analyste crédit chez Standard et Poor's.

Les dirigeants ont par ailleurs assumé sans barguigner les 16 M€ versés à Cesare Geronzi, avançant même qu'en « acceptant de partir de façon volontaire », il avait rendu service au groupe, et que « cela aurait pu être pire ». Pour ce qui est de Vincent Bolloré, qui avait refusé de signer les comptes 2010 en conseil d'administration, mais qui les a validés lors de l'assemblée générale, Giovanni Perissinotto, un brin sardonique, a répondu qu'il avait dû dormir dans l'intervalle, et que « la nuit porte conseil »... Hors micros, le directeur général a d'ailleurs été beaucoup moins affirmatif concernant le caractère « apaisé » et « serein » de la situation au sein du conseil d'administration, déclarant juste qu'il « souhaitait » un retour à la normale... « Bolloré a perdu une bataille très sérieuse, mais a-t-il perdu la guerre ? C'est à voir, car c'est un pitbull, il ne lâchera pas comme cela... », commente un analyste.

Sainteté sous surveillance

Enfin, les grandes lignes de la stratégie du groupe (croissance interne et amélioration de la rentabilité sur les marchés matures comme la France, et développement à l'international, en particulier en Europe de l'Est et en Asie) ont été réaffirmées. Generali se présente donc à nouveau en ordre de marche pour se reconcentrer sur le métier. Pourtant, le groupe est-il réellement sorti du purgatoire ? Pas si sûr. Gabriele Galateri di Genola bénéficie d'une aura certaine auprès des petits actionnaires et d'une bonne réputation sur le marché. Cependant, beaucoup d'incertitudes demeurent, que ce soit au plan de l'actionnariat (Mediobanca pourrait réduire sa participation dans le cadre de Bâle 3 et Unicredit faire son entrée au capital), de la gouvernance, avec des éléments potentiellement perturbateurs, ou encore de la capitalisation. En effet, le cours de Bourse reflète des éléments négatifs que Generali aura du mal à neutraliser du jour au lendemain. « Aujourd'hui, 60% des investissements corporate de Generali sont dans les établissements financiers. C'est trop ! », résume un analyste financier. Les agences de notation veillent, elles aussi, au grain. « Nous allons suivre les évolutions, afin d'être sûrs que le management a bien la possibilité de poursuivre la stratégie indiquée », conclut Paola Del Curatolo, analyste crédit chez S et P.

Ce qui fâche les petits actionnaires :

  • La stagnation à un niveau très bas du cours de l'action : 16,13€ le 3 mai 2011 (16,03€ le 3 mai 2010).
  • Dividende 2010 : 0,45€ par action (0,35€ en 2009).
  • Indemnités de départ de Cesare Geronzi : 16 M€.
  • Primes du 1er trimestre 2011 en baisse de 8,3%, à 19,1 Md€.

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