Tout reste à construire

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FINANCEMENT DES PME

Avec le lancement des fonds de prêt à l'économie, aucun obstacle juridique ne s'oppose plus au financement des PME et des entreprises de taille intermédiaire par les assureurs. Toutefois, il leur reste à bâtir une véritable expertise dans cette nouvelle classe d'actifs.

Les assureurs rêvent-ils la nuit de devenir les nouveaux financeurs des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) ? En tout cas, la présence de 19 d'entre eux au lancement des fonds Novo, le 8 octobre, à la Caisse des dépôts, démontre leur appétit dans ce domaine. Cette initiative de place, qui a rencontré un vif succès, vise à investir 1 Md€ dans deux fonds de prêt à l'économie.

Crise financière, credit crunch (rationnement du crédit), banques contraintes par Bâle 3... : les pouvoirs publics ne manquent pas de

  • 30%, C'est la part du financement non bancaire des entreprises en France.
  • 70%, Aux États-Unis, c'est l'inverse : le financement par les marchés est majoritaire, montrant une avancée de la désintermédiation bancaire.
raisons de vouloir diversifier les sources de financement de celles qui constituent le tissu économique du pays. De leur côté, forts de leurs liquidités, les assureurs ont lancé plusieurs initiatives, comme le fonds Nova en février 2012 (160 M€ dans les entreprises cotées de taille moyenne) ou les premiers placements privés (appelés aussi euro PP) réalisés dès 2012 par Axa ou Crédit agricole assurances. Les mutuelles ont aussi franchi le pas : le fonds Carac de financement de l'économie française a ainsi réuni 70 M€ pour les PM€. Cette « poche de diversification » est « un actif peu liquide, mais avec davantage de rendement. Au bout d'un an, il est pratiquement investi à 100% », affirme Robert Gravil, directeur du patrimoine de la Carac.

THIERRY GIAMI, président de l'Observatoire du financement des entreprises par les marchés, Caisse des dépôts « Des apprentissages à faire »

« Avant, les assureurs se trouvaient face à un mur réglementaire qui ne les incitait pas à investir dans les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI). La réforme du code des assurances (décret R. 332-20) a cassé ce mur et les autorise à investir jusqu'à 5% de leur bilan dans cette nouvelle classe d'actif. Mais il y a des apprentissages à faire. D'abord du côté des investisseurs, les assureurs, qui vont devoir se familiariser avec ce nouvel actif. Il y aura une phase d'apprentissage du risque, notamment en allant d'abord vers les ETI, dont le risque est mieux appréhendé que celui des PM€. Ensuite, du côté des émetteurs, les PME et ETI, qu'il va falloir attirer vers les obligations. Déjà, on voit s'accroître progressivement les prêts obligataires aux ETI. Toutes ces conditions favorisent un processus lent de passage du crédit bancaire vers les prêts financiers. »

Apprivoiser une nouvelle classe d'actifs

Ces premières brèches ont préfiguré la « chute du mur réglementaire », qui est finalement intervenue avec le décret du 2 août 2013 réformant le code des assurances. « Il consacre les fonds de prêt à l'économie, dont les Novo sont un exemple », explique Guillaume Arnaud, directeur général adjoint de Tikehau IM, l'une des deux sociétés de gestion choisies avec BNP Paribas IP pour gérer les fonds Novo. « Ce toilettage du code des assurances a permis de gommer les incertitudes. L'esprit est de créer une alternative de financement des PME face aux restrictions des crédits bancaires », poursuit son président, Bruno de Pampelonne. Ces deux sociétés de gestion ont été choisies au terme d'un long processus qui a commencé par une étude de marché fin 2012. Sur 410 ETI analysées en profondeur, 80 répondaient aux critères.

Ainsi, pas question de viser des entreprises refusées par les banques, mais plutôt des sociétés « robustes » souhaitant diversifier leurs

CE QUE LA RÉFORME DU CODE* CHANGE POUR LES ASSUREURS

AVANT

  • Crédits bancaires majoritaires
  • Grande complexité pour financer les PME
  • Tentatives de place (fonds Nova en 2012)

APRÈS

  • Espoirs de rendements attrayants
  • Diversification du risque
  • Possibilité d'analyser le risque PME

Décret du 2 août 2013

sources de financement et trouver des crédits plus longs, sur sept ans. De quoi rassurer les assureurs, qui s'aventurent là en terre inconnue. En effet, ils doivent apprivoiser cette nouvelle classe d'actifs que constituent les PME et ETI. « Les assureurs sont plutôt des gestionnaires d'obligations d'État et d'entreprises cotées. Sourcer les dettes de PME demande des due diligences [des vérifications, NDLR] plus poussées, comme d'aller rencontrer les managers. On est dans la véritable économie de terrain », affirme Bruno de Pampelonne.

Prêteurs novices, emprunteurs prudents

Le changement est d'ores et déjà palpable. « Le marché est en train de s'organiser. Il faut aller vite. Chez Aviva et Aviva Investors, nous avons mis davantage de moyens pour investir ce marché, avec une équipe étoffée », explique ainsi Philippe Taffin, directeur des investissements chez Aviva France.

Encore peu expérimentés, les assureurs s'engagent dans une démarche progressive, en privilégiant d'abord les ETI, à savoir 4 300 entreprises de 250 à 5 000 salariés, dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1,5 Md€. Le prêt des fonds Novo - entre 10 et 50 M€ - est en effet peu accessible aux PM€. Prudence aussi quant à l'accueil des entreprises, et de leurs directeurs financiers, qui ne seront séduits par les prêts obligataires que si la différence de taux avec leurs crédits bancaires habituels est peu élevée.

Les espoirs des assureurs sont néanmoins réels : ces prêts aux entreprises leur permettent de diversifier leur risque, mais aussi d'obtenir une rémunération de l'ordre de 3 à 3,5% par an, plus attrayante que les obligations d'État. Et avec un poids du crédit bancaire d'environ 70% en France, les assureurs sont encore loin de détrôner les banquiers. Mais qui sait, à terme, un basculement pourrait s'opérer, à l'instar de l'Allemagne ou des États-Unis, deux pays où les entreprises se financent majoritairement sur le marché. Déjà, les assureurs pourraient être rejoints par les mutuelles dites « 45 » : un décret est en préparation afin de réformer à l'identique le code de la mutualité.

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