[DOSSIER] Présidentielle 2017 (Spécial) 7/11

Accès aux soins : tout reste à faire

Accès aux soins : tout reste à faire

Malgré les réformes engagées durant le quinquennat de François Hollande, plusieurs études pointent une dégradation de l’accès aux soins géographique et financier. Les principaux candidats à la présidentielle se sont emparés du sujet avec des propositions qui oscillent entre imprécisions et mesures coercitives envers les professionnels de santé.

Vue à travers le prisme de l’accès aux soins, la France n’a plus rien d’un pays tempéré : «6 % des Français vivent dans des déserts médicaux et 80 % dans des terres arides», résumait Mathias Matallah, président du cabinet Jalma, lors de la présentation, le 23 mars, de son Obser­vatoire de l’accès aux soins. La difficulté à obtenir un rendez-vous serait devenue, selon Jalma, la première cause de renon­cement aux soins, bien avant le coût de la consultation. Pas étonnant que les principaux candidats à la présidentielle se soient emparés du sujet, avec une nette tendance à plébisciter des mesures coercitives envers les médecins libéraux. Outre une limitation pure et simple de la liberté d’installation des médecins, plusieurs candidats proposent de les faire travailler dans les zones sous-dotées pendant leurs études (François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen), ou de favoriser le cumul emploi–retraite dans les zones sous-denses (François Fillon, Mari­ne Le Pen).

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont ceux qui, sans doute, vont le plus loin dans le dirigisme. Le premier veut que l’État implante des médecins salariés dans les zones peu denses, tandis que le second entend créer un «corps de médecins généralistes fonctionnaires rémunérés pendant leurs études». Autant de propositions vues d’un mauvais œil par les syndicats de professionnels de santé. «On ne peut pas demander aux médecins qui ont un statut libéral de pallier au désengagement de l’État et des servi­ces publics», plaide Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF, premier syndicat de médecins libéraux).

L’hôpital, le grand malade

La réponse serait-elle alors à chercher du côté de l’hôpital ? Tous les prétendants à l’Élysée se penchent au che­vet de ce grand malade du service public. Les candidats de gauche et Marine Le Pen ont en commun une volonté de le renforcer, tandis que MM. Fillon et Macron veulent améliorer la ­coordination entre la médecine de ville et l’hôpital. Mais un autre remède fait figure de potion magique, le développement des maisons de santé pluridisciplinaire. C’est une marotte des politiques, car ces maisons faisaient déjà consensus lors de la présidentielle de 2012. Durant le quinquennat de François Hollande, leur nombre a fortement augmenté. Selon un état des lieux dressé l’an dernier par la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS), 373 nouvelles structures ont vu le jour depuis 2013, portant le total à 1 023 (616 en fonctionnement et 407 en projet). Benoît Hamon en veut 1 500, et c’est Emmanuel Macron qui affiche les plus grandes ambitions, proposant d’en doubler le nombre.

Autre piste : les nouvelles technologies. François Fillon est le seul dont le programme mentionne explicitement un sujet en vogue : il garantit «une offre de téléconsultation sur tout le territoire d’ici à la fin de son quinquennat». Le candidat des Républicains veut un «remboursement incitatif» des actes de télémédecine par l’assurance maladie.

Quant à Emmanuel Macron, il promet un plan d’investissements de 5 Md€ pour la santé, «notamment pour la transformation de notre médecine de ville et de nos hôpitaux», tandis que Marine Le Pen souhaite «soutenir les start-up françaises pour moderniser le système de santé».

Mais restera-t-il, demain, ­suffisamment de médecins pour faire fonctionner les cabines de télémédecine et les maisons de santé ? Les statistiques sur la démographie médicale sont alarmantes. Entre 2007 et 2016, les effectifs en médecine générale ont diminué de 8,4% sur le territoire, et les données du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) corroborent la ­formule de Mathias Matallah sur la désertification galopante : en Seine-Saint-Denis, le nombre de généralistes a chuté de 20% en neuf ans pour s’établir à 5,7 praticiens pour 10 000 habitants au 1er janvier 2016. Dans Paris intra-muros, le recul est de 29,3% et les 18e et 20e arrondissements apparaissent désormais comme des zones blan­ches, synonymes de déserts médicaux sur la cartographie du Cnom. Afin de ­repeupler les territoires, Emma­nuel Macron souhaite supprimer le nume­rus clausus, pour éviter notamment que les étudiants partent faire leurs études à l’étranger, tandis que Marine Le Pen veut le relever pour «éviter le recours massif aux médecins étrangers et permettre le remplacement des nombreux départs à la retraite­ ­prévus». Quant à François Fillon, il entend le régionaliser en fonction des besoins.

Quel avenir pour les complémentaires santé ?

Une seule profession de santé semble échapper au déclin démographique : les opticiens. L’UFC-Que Choisir s’en est émue, constatant que le nombre de magasins a progres­sé de 11% depuis 2012. L’orga­nisation de consommateurs déplore aussi l’ineffi­cacité du plafonnement des rembour­sements introduits dans les contrats responsables. Personne n’a encore expertisé l’impact de ce plafonnement, que ce soit en opti­que ou sur les consultations médicales. Mais à droite prévaut l’idée qu’il a dégradé les remboursements des assurés et François Fillon promet de revenir sur ce principe, pour instau­rer à la place un reste à charge zéro sur les postes de dépenses les plus coûteux pour les ménages (opti­que, prothè­ses dentaires et auditives, dépas­sements d’honoraires). Une promesse partagée à quelques nuances près par MM. Hamon, Macron et Mélenchon, mais qui pose la question du rôle des complémentaires santé. Mis à part Jean-Luc Mélen­chon qui prône la suppression de ces dernières, aucun candidat n’y appor­te de réponse. Peut-être préfè­rent-ils s’épargner une polémique comme celle déclenchée par la premiè­re version du programme de François Fillon, qui envisageait un transfert du petit risque aux organis­mes complémentaires...

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