Allianz : Oliver Bäte, celui qui devra réinterpréter la méthode Diekmann

Allianz : Oliver Bäte, celui qui devra réinterpréter la méthode Diekmann
Olivier Bäte.

Après douze ans à la tête d’Allianz, Michael Diekmann confie à Oliver Bäte, les rênes d’un groupe transformé et qui plus est en bonne santé. Mais cette succession ne sera pas évidente, tant l’environnement actuel diffère de celui qu’a connu l’assureur par le passé. 

Allianz vient de fêter ses 125 ans, dans la discrétion… Une discrétion qui s’accorde avec le style de Michael Diekmann, le président sortant. « C’est un battant mais qui commu­nique très peu. Ce n’est pas un parleur mais un homme d’action. Il n’ira jamais attaquer la Banque centrale européenne (BCE) dans une interview, comme son concurrent de Munich Re. D’ailleurs, il parle rarement à la presse. Michael Diekmann a toujours été concentré à 100 % sur son entreprise », résume Thorsten Wenzel, analyste à la DZ-Bank.

à l’issue de l’assemblée générale des actionnaires qui se déroulait le 6 mai, Michael Diekmann a passé le témoin à Oliver Bäte et lui a confié un groupe en excellente santé.

Un passage de témoin en douceur

Au cours des douze dernières années à la tête du géant allemand de l’assurance, il aura en effet remis de l’ordre dans un groupe qui était en crise. « Si je devais définir en un mot ce que j’ai été pendant cette période, je dirais : un architecte », a-t-il déclaré à l’occasion de la cérémonie des 125 ans.

Allianz était une entreprise comple­xe. Il en a largement simplifié les structures. « L’ère Diekmann a été marquée par des consolidations et des réorganisations », confirme le consultant indépendant Carsten Zielke.

Le groupe de Munich peut remer­cier le président sortant d’avoir abandonné à temps le secteur bancaire et corrigé ainsi les erreurs stratégiques de son prédécesseur. Après avoir été restruc­turées, les activités de Dresdner Bank acquises en 2001 ont finalement été cédées in extre­mis à Commerzbank juste avant la crise financière. « Il ne s’est jamais laissé porter par les courants et les modes. Pour pren­dre des décisions, il n’a jamais été influencé par les avis des analystes », ajoute Carsten Zielke, ancien analyste à la Société générale.

Michael Diekmann va laisser son empreinte dans l’histoire du groupe y compris en France. « C’est lui qui a racheté le restant des parts de la filiale française et qui a fait passer AGF sous la marque Allianz. Plus globalement c’est lui qui a transformé profondément l’entreprise en intégrant des filiales au sein d’une société européenne. C’est aussi le président de la crise financière : celui qui a permis au groupe de bien la traverser même si cela a été une période difficile pour les salariés », résume Jean-Jacques Cette, membre du conseil de surveil­lance représentant des salariés.

Un groupe au « top »

Certes le bilan de Michael Diekmann est salué par les analystes. Mais le dirigeant n’a pas mis le groupe à l’abri des menaces laten­tes. Oliver Bäte a conscience que les défis sont nombreux et qu’il ne pourra jamais présenter des bilans aussi brillants que ceux de son prédécesseur ces trois dernières années. « Bäte sait néanmoins clairement ce qu’il veut faire », juge le quotidien munichois Süddeuts­che Zeitung. « Même s’il n’a pas fait toute sa carrière chez Allianz comme les autres présidents, il a beaucoup d’expérience. Il est respecté au sein du groupe », assure Carsten Zielke.

Vue de l’extérieur, l’arrivée d’Oliver Bäte n’annonce pas de rupture. « C’est une succession qui a été préparée et qui ne devrait donc pas conduire à des changements importants en termes de stratégie ou de gestion du capital », observe Volker Kudszus, directeur EMEA financial services ratings – insurance de Standard & Poor’s. Pour autant, cette succession n’est pas synonyme de continuité. Pour Jean-Jacques Cette, « un nouveau cycle commence » pour le groupe (lire page suivante)… avec des dossiers à boucler dans un contexte qui n’est pas des plus favorables.

En interne, Oliver Bäte aura, par exemple, à achever le démantèlement de Fireman’s Fund, filiale américaine acquise en 1991 et déficitaire depuis plusieurs années. Et cela même si Allianz a déjà cédé les activités dommages aux biens des particuliers à son concurrent Ace pour 365 M\$, tandis que les risques d’entreprises sont en cours d’intégration au sein d’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS).

Autre défi de taille : le dossier Pimco. Racheté par Allianz en 2000, ce gestionnaire d’actifs californien spécialisé dans l’obligataire souffre de la défiance des investisseurs depuis le départ de son président, Mohammed El-Erian, et de son fondateur, le mythique Bill Gross. En un an, les investisseurs ont déjà retiré plus de 230 Md€ d’actifs.

Oliver Bäte aura à stopper la décollecte sous peine de voir Pimco peser sur la rentabilité du groupe. Ce qui n’est pas le cas actuellement. « Les activités de gestion d’actifs d’Allianz – constituées en grande partie de Pimco – s’avèrent moins rentables qu’elles ne l’ont été par le passé, mais continuent à générer un bon niveau de résultat opérationnel (25 %) », note Volker Kudszus, de Standard & Poor’s. Et selon l’agence de notation, la contribution de Pimco aux résultats s’avère supérieure à celle des activités de gestion d’actifs dans d’autres groupes d’assurance.

D’autres transformations à venir

« Pimco n’est pas vraiment un danger pour l’avenir d’Allianz », considère Carsten Zielke, « ce qui menace vraiment le groupe à terme, ce sont les taux d’intérêt ». Comme les autres assureurs allemands, Allianz a accordé en assu­rance vie, dans les années 90, des taux garantis élevés (jusqu’à 4 %). Dans le contexte des taux bas, il est difficile de tenir ses engagements. En 2014, le gouvernement allemand a réformé l’assurance vie pour sauver ce placement particulièrement appré­cié des Allemands. Avant cela, l’assureur avait introduit en 2013 un contrat vie sans taux garanti, considéré comme un succès, avec près de 100 000 poli­ces vendues. Mais il en faudra plus pour « sortir de ce piège à retardement », insiste Thorsten Wenzel. Pour pérenniser les rendements, Allianz a engagé en parallèle une diversification de ses investissements dans les infra­structures et l’immobilier. « Mais cela reste pour l’instant très marginal », ajoute l’expert.

Autre point de vigilance : l’adaptation des activités aux enjeux du numérique. Dans ce domaine, la transformation du groupe est loin d’être achevée. Il faut remplacer les vieux systèmes informatiques, mieux gérer les données, développer les offres sur Internet… Autant de chantiers à poursuivre et à accélérer, qui peuvent avoir des conséquences pour les salariés – évolution des conditions de travail et des emplois (lire ci-contre), – mais aussi pour les partenaires et les distributeurs : intégration de nouveaux process, concurrence de nouveaux canaux de vente…

En Allemagne, Allianz a ainsi été amené à revoir à la baisse les ambitions de sa filiale de vente directe Allsecur. Par conséquent, « Oliver Bäte va devoir trouver des réponses aux conflits qui pourraient se présenter en interne, et avec les agents généraux… C’est un défi à relever sur une longue période. Il lui faudra au moins dix ans ! », juge Thorsten Wenzel. Allianz qui a profondément changé en douze ans, n’en a pas fini de se transformer…

L’homme venu d’ailleurs

L’arrivée d’Oliver Bäte, âgé de 50 ans, marque la fin d’une tradition chez Allianz. Il est le premier président à ne pas avoir fait toute sa carrière dans le groupe. Après avoir passé quinze années au sein du cabinet de conseil McKinsey, ce banquier de formation a été propulsé au sein du directoire de l’assureur munichois en 2008 comme directeur financier. Depuis 2013,il était chargé des activités opérationnelles du groupe en France, au Benelux, en Italie, en Grèce et en Turquie. Une certaine continuité dans le style de management est attendue. Oliver Bäte cultive la discrétion et s’exprime peu dans les médias, comme son prédécesseur.
  • Les points forts
    - Une solidité financière et une discipline en matière de gestion des risques qui ont fait leur preuve pendant la crise.
    - Une diversité des activités qui permet d’absorber les chocs.
    - Une organisation simplifiée fruit des réorganisations passées.
  • Les points de vigilance
    - Des entités qui doivent encore améliorer leurs performances (Pimco, Fireman’s Fund, etc.).
    - Un contexte de taux bas pénalisant, notamment sur le marché allemand de l’assurance vie.
    - Des investissements à poursuivre et de nouveaux modèles à inventer avec l’arrivée en force du digital.

Jean-Jacques Cette, membre du conseil de surveillance représentant des salariés
« Plus qu’une succession, un nouveau cycle » 

  • Quel est le bilan de Michael Diekmann ?
    Michael Diekmann a conduit des changements profonds dont certains ont été socialement conflictuels, la réorganisation des activités allemandes notamment. Mais au fil du temps, un dialogue social s’est instauré : lors de l’acquisition de 100 % des parts d’AGF et de son plan de transformation, un plan social d’envergure a pu être évité. La transformation du groupe en société européenne étant achevée, il peut être logique qu’il passe la main à quelqu’un de plus jeune pour entamer un nouveau cycle.
  • Comment percevez-vous ce nouveau cycle ?
    Oliver Bäte connait bien le groupe, mais même si la succession a été bien préparée, l’environnement ayant changé, il ne pourra se contenter d’exercer dans la continuité. La crise économique, la persistance des taux bas, l’entrée en vigueur de Solva 2 et le numérique vont l’obliger à prendre des décisions structurantes. Concernant le digital, les premières pages ont été écrites, il reste l’histoire à raconter, ce qui n’est pas sans risques, en termes de gestion des données personnelles, d’évolution des métiers... Les conséquences de ces changements constituent pour nous des points de vigilance.
    Propos recueillis par Estelle Durand

Un des trois assureurs les mieux notés

Standard & Poor’s a confirmé, fin 2014, la note de solidité financière d’Allianz : AA, assortie d’une perspective stable. Parmi 13 assureurs généralistes internationaux, seuls deux autres groupes détiennent une note équivalente : Prudential PLC et Ace.Malgré une exposition importante à la dette souveraine italienne (30 Md€ au 30 septembre 2014), le groupe Allianz s’est vu confirmer sa note alors que celle de l’Italie a été revue à la baisse fin 2014. S&P estime que le groupe dispose de suffisamment de fonds propres pour absorber les risques liés à cette exposition. Comme d’autres assureurs, Allianz doit faire face à un contexte de taux bas particulièrement pénalisant : « en particulier sur le marché de l’assurance vie allemand qui se caractérise par des taux de rendement garantis à la souscription » précise Volker Kudszus, directeur EMEA financial services ratings – insurance de S&P « mais du fait de la diversification de ses activités d’un point de vue géographique et aussi en termes de produits, le groupe s’avère mieux armé que d’autres pour faire face à cette situation ».

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