[DOSSIER] Dossier : Climat et investissements responsables 4/5

Analyse financière - RSE - Notations : Le match des agences de notation (Dossier)

Analyse financière - RSE - Notations : Le match des agences de notation (Dossier)
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En incluant, bien que timidement, la donne environnementale dans leur notation, les agences de crédit investissent une partie du territoire des agences extra-financières dont les analyses sont largement utilisées par les sociétés de gestion pour sélectionner les valeurs respectueuses des critères ESG.

C’est une première brèche dans la reconnaissance et la valorisation de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) en tant qu’actif immatériel. En mai dernier, à l’occasion du « Climate Finance Day », l’agence Standard & Poor’s annonçait sa décision de prendre en compte le risque climatique dans ses évaluations et le rating des sociétés (lire ci-contre). Une mini-révolution copernicienne dans le petit cercle des agences de crédit. Et pour cause : encore récemment, une étude publiée par le Center for international environmental law (Ciel), organisation américaine à but non lucratif, leur reprochait de s’appuyer sur des méthodes qui encouragent et cautionnent une approche « business as usual, qui, si elle se poursuit, entrainera un réchauffement mondial de plus de 4 degrés à horizon 2100. » Avec cette révision méthodologique sans doute portée par le contexte politique, S&P décide d’investir un terrain qui jusque-là était le domaine réservé des agences de notations extra-financières (Vigeo, Sustainalytics, Solaron, Oekom Research…). Bien que ces dernières en récusent le terme - lui préférant le vocable d’agences de responsabilité sociale - elles ont, pour la plupart d’entre elles, émergées dans les années 2000. Avec un positionnement bien spécifique, comme l’explique Fouad Benseddik, directeur des méthodologies et affaires institutionnelles de Vigeo : « Nous n’évaluons pas la capacité à rembourser des dettes mais à créer durablement de la valeur. De même, nous sommes rémunérés par les investisseurs et les gérants qui achètent nos analyses pour fonder leurs décisions d’investissements ». Là où les agences de crédit le sont par les entreprises-émettrices qui les mandatent. En leur qualité d’émetteurs mais aussi d’investisseurs institutionnels, les assureurs sont interpellés à double titre par les notations financières et non-financières. « La différence entre les deux familles d’agences de notation repose principalement sur un horizon de temps. Le prisme non-financier est souvent plus long-termiste en termes de transformation interne dans la prise en compte des risques émergents, les ressources humaines, les phénomènes démographiques, d’inégalités que la dimension crédit », concède Sylvain Vanston, directeur développement durable du groupe Axa, noté « A+ » avec perspective positive pour la solidité financière et le crédit à long terme par S&P et « niveau 4 - entreprises les plus engagées du secteur » par Vigeo.

L’exemple de Standard & Poor’s

Fondée en 1860, Standard & Poor’s Rating Services, aujourd’hui filiale de McGraw-Hill Financial, figure parmi les trois principales agences de notation financière aux côtés de Moody’s et Fitch. Elle évalue la qualité de crédit d’un peu plus de 1,2 million organisations dans le monde (états, entreprises, secteur financier) soit environ 47,5 trillions (milliards de milliards) de dollars de dette notée.

Méthodologie :

L’agence de notation intègre les aspects environnementaux dans son analyse crédit à partir de méthodologies dites sous-sectorielles (automobile, minier, chimie...). Elle s’interroge notamment sur la conformité des entreprises à la réglementation en matière d’environnement ainsi que leur positionnement concurrentiel. Aucun scoring ni pondération sur les critères environnementaux ne sont traduits directement dans le rating. Ils influencent toutefois la notation lorsque l’émetteur se trouve contraint d’engager des dépenses d’investissement, non anticipées, susceptibles d’affecter à plus long terme sa santé financière. À titre d’exemple, dans le secteur des utilities, 25 % du portefeuille (soit une trentaine d’entreprises notées) a connu une action négative soit en termes de perspective soit en termes de dégradation de notation, en raison d’investissements tardifs dans les énergies renouvelables ou de dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Les analystes se montrent enfin plus attentifs que par le passé aux couvertures d’assurance des émetteurs face aux événements climatiques, au contenu des plans de prévention et d’urgence, des niveaux de liquidités (trésorerie suffisante) et de la diversification géographique.

Ce que l’on juge, c’est la qualité de crédit. Elle se modélise sur les cash-flows futurs de la société et la manière dont ces derniers vont permettre d’honorer les engagements financiers. En matière d’environnement, nous analysons comment les cash flows sont utilisés pour améliorer l’outil industriel et pour répondre aux contraintes règlementaires et environnementales, et quel peut être l’impact sur la notation, positif ou négatif.

Pierre Georges, directeur groupe corporate, Standard & Poor’s Ratings Services

L’exemple de Vigeo

Fondée en 2002 par Nicole Notat, l’ex-secrétaire générale de la CFDT, Vigeo évalue la responsabilité sociale d’environ 3 000 organisations (entreprises, États, collectivités locales, associations). Le capital de Vigeo est réparti en trois collèges : les gestionnaires financiers et fonds de pension (47 %) au sein duquel le groupe BPCE est actionnaire de référence ; les organisations syndicales, personnes et entités connues pour leurs compétences RSE (27 %) et enfin les entreprises, à hauteur de 26 %.

Méthodologie :

Vigeo note la performance des entreprises sur 38 enjeux ESG regroupés en six domaines (environnement, droits humains, ressources humaines, engagement sociétal, comportement sur les marchés et gouvernance d’entreprise) et analyse les risques de réputation, humains, juridiques et opérationnels associés. Pour construire sa notation, Vigeo travaille à partir d’analyses des documents issus de sources diverses : les entreprises elles-mêmes (documents publics, questionnaires spécifiques et rencontres), les parties prenantes (ONG, syndicats, organisations gouvernementales, etc.) mais aussi les médias. Les notes délivrées reposent sur une échelle conventionnelle hiérarchisée en quatre degrés de scores discriminants.

  • Niveau 1 : engagement non tangible. Assurance de maîtrise des risques faible à très faible.
  • Niveau 2 : engagement amorcé. Assurance de maîtrise des risques faible à modérée.
  • Niveau 3 : engagement probant. Assurance raisonnable de maîtrise des risques.
  • Niveau 4 : engagement avancé. Promotion des objectifs de responsabilité sociale.

Une entreprise peut présenter des bilans financiers flatteurs mais des facteurs endogènes peuvent peser sur sa performance qui ne sont pour autant pas capturés par la comptabilité tels que la cohésion du capital humain, les compétences, les savoir-faire, l’innovation, la réputation, l’efficience énergétique de l’organisation... Ce sont des risques qui, s’ils sont maîtrisés, deviennent une composante majeure du goodwill.

Fouad Benseddik, directeur des méthodologies et affaires institutionnelles de Vigeo

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