Antonio Huertas (président de Mapfre) : «Nous voulons devenir un acteur à part entière en France»

Antonio Huertas (président de Mapfre) : «Nous voulons devenir un acteur à part entière en France»
Antonio Huertas, président de Mapfre © credit photo

Alors que Mapfre Assistance redouble d’ambition en France, Antonio Huertas, président du groupe Mapfre depuis 2012, explique comment le premier assureur espagnol est devenu une compagnie globale désireuse de croître sur tous les marchés, particulièrement dans l’Hexagone.

Mapfre Assistance semble se renforcer en France. Est-ce exact et quels sont vos projets ?

Actuellement, Mapfre Assistance, qui réalise en France un volume de primes de 76 M€, offre des produits spécialisés et innovants à l’industrie automobile et au secteur des assurances, couvre des risques spéciaux (garanties, pertes financières, affinitaire) et, en dernier lieu, propose des solutions reliées à l’assurance voyage (annulation ou assistance). Notre stratégie est multiproduit et multi­canal (b2b, b2b2c, b2c, c2c) et s’appuie sur une expertise de la distribution au travers de réseaux non assurantiels : concessionnaires automobiles, agences de voyage ou grands magasins, par exemple. Le lancement, fin 2014 en France d’Insureandgo, notre assureur de voyage en ligne, déjà leader dans les marchés anglo-saxons, n’est qu’un premier pas dans notre stratégie de développement. Nous voulons, en mettant l’accent sur Inter­net, devenir un acteur à part entière dans l’Hexagone. Nous allons, par conséquent, lancer d’autres produits d’assurance et de garantie pour l’automobile et des programmes affinitaires.

« C’est sur le marché en ligne que la loi « H amon » aura le plus d’impact, ce qui augmentera la rotation des portefeuilles et favorisera l’apparition de nouveaux acteurs tels que nous. »

Pourquoi le marché français est-il important pour vous ?

C’est le cinquième au monde, or nous sommes une compagnie globale. Mais c’est aussi un marché très compétitif et très exigeant, avec des compagnies de grande taille, dominé dans l’automobile et l’habitation par des groupements de mutuelles. Par ailleurs, les assurances de particulier s’y développent deux fois plus vite que le reste du marché et leur souscription par Internet, bien qu’elle ne pèse que 4 % du volu­me de primes actuel, augmentera inévitablement. Je crois du reste que c’est sur le marché en ligne que la loi « Hamon » aura le plus d’impact, ce qui augmentera la rotation des portefeuilles et favorisera l’apparition de nouveaux acteurs tels que nous.

Quels sont vos avantages ?

Notre taille, notre dimension globale, notre capacité d’assurance dans le monde entier sont sans conteste des atouts pour opérer sur un marché aussi exigeant. Nous sommes connus des professionnels et avons des relations consolidées et une expé­rience notable dans tous les canaux de distribution, y compris sur Internet, qui sera je pense le segment le plus dynamique du marché.

Vous êtes reconnus au niveau international grâce à l’Amérique latine…

Effectivement, l’Amérique latine représente 40% de notre chiffre d’affaires. Nous y sommes présents depuis 30 ans avec une position de leadership solide dans de nombreux pays. Mais, comme je l’ai dit, Mapfre est aujourd’hui une compagnie globale de 27 millions de clients répartis entre 49 pays des 5 continents. étant numéro un en Espagne et en Amérique latine et faisant partie des dix premiers groupes euro­péens en volume de primes, il est logique que nous voulions croître partout.

Certains marchés sont-ils plus ou moins prioritaires ?

Pour le moment, l’Euro­pe et les états-Unis sont notre priorité, en plus de l’Amérique latine. Aux états-Unis, nous sommes numéro un de l’assurance auto dans l’état du Massa­chus­setts, figurons dans le Top 20 de l’assuran­ce auto au niveau national et aurons bientôt une présence dans 21 états. Par ailleurs, nous préparons le lancement d’une compagnie d’assurance directe et notre entrée dans l’assurance vie. En Europe, outre notre intérêt pour la France, nous avons acheté, voici quelques mois, l’activité de l’assureur britannique Direct Line en Italie et en Allemagne, ce qui nous confère une place très enviable sur ces deux marchés. Par ailleurs, Insureandgo est leader de l’assurance de voyage au Royaume-Uni. Enfin, en Turquie, où nous ne sommes implantés que depuis 2007, nous sommes la cinquième compagnie non-vie.

Et en ce qui concerne le marché asiatique ?

Notre démarche, qui englobe déjà les Philippines, l’Indonésie et la Chine, est à plus long terme. En Chine, où nous sommes depuis 10 ans dans l’assistance, nous venons de déposer une demande d’autorisation pour vendre des assurances auto en ligne dans la région de Shandong, la quatrième de Chine en volume de primes avec un parc de 15 millions de véhicules.

Quelle est votre position actuelle en Europe et où voulez-vous vous situer en 2020 ?

Nous sommes la sixième compagnie européenne, en non-vie. En vie, nous pesons un peu moins pour des raisons historiques mais cela est en train de changer, car nous recherchons un équilibre entre les deux branches. Peu à peu, nous atteignons les objectifs fixés, comme celui d’avoir un volume de primes de 30 Md€ en 2016. à l’horizon 2020, nous voulons porter le poids de l’international à plus de 75% du chiffre d’affaires et celui de la vente d’assurance en ligne à 7% des ventes globales. De fait, après l’acquisition de Direct Line en Italie et en Allemagne, Internet représente 4% de nos ventes et nous voulons vraiment faire partie des leaders mondiaux sur ce type d’assurance.

L’arrivée de pure players de l’Internet comme Google, Facebook ou Amazon vous préoccupe-t-elle ?

En aucun cas. Je dirais même que c’est un encouragement à mieux faire notre travail, car nous nous préparons à cette révolution digitale depuis longtemps. Ainsi, en Espagne, nous avons été pionniers dans l’implantation de l’e-call, qui sera bientôt obligatoire dans toute l’Europe. Par ailleurs, les conducteurs espagnols peuvent depuis des années économiser sur leur assurance auto grâce à l’Ycar qui, moyennant l’installation d’un GPS dans leur véhicule, permet de calculer les facteurs de risque et d’obtenir une aide automatique et rapide en cas d’accident. Des applications de ride sharing comme Uber, ou la prochaine arrivée de voitures sans conducteurs, sont autant de changements qu’il faudra gérer. Chez Mapfre, nous sommes conscients que seules les compagnies suffisamment agiles pour s’adapter à ce nouvel environnement survivront.

Votre compagnie d’assurance directe, Verti, lancée voici cinq ans, est-elle un laboratoire d’idées et comment se porte-t-elle ?

Verti, en Espagne, réalise déjà un volume de primes de 70 M€ et croît à un rythme de 47%, beaucoup plus que le reste du secteur. Nous avons consolidé la marque en un temps record et c’est, d’ores et déjà, la compagnie d’assurance espagnole qui vend le plus sur Internet. Depuis le début, Verti a été conçu comme un modèle digital, mais basé sur l’excellence opérationnelle avec des produits très innovants comme Seis Ruedas, une assurance auto plus moto, ou Cuentakilometros, qui lie le montant de primes au nombre de kilo­mètres parcourus. Dans quelques mois, nous exporterons le modèle initié par Verti non seulement aux états-Unis, mais également en Chine. Par ailleurs, il est vrai que beaucoup des bonnes pratiques de Verti sont ensuite reprises dans d’autres secteurs de la compagnie : signatu­re digitale, applications mobiles, produits à la carte, etc. Insu­reandgo est aus­si très important de ce point de vue et nous annoncerons, le moment venu, son expansion inter­na­tionale à une échelle plus large.

« L’assurance espagnole est bien préparée aux défis qu’impliquent Solvabilité 2 et s’est du reste très bien sortie du stress test de l’EIOPA . »

Mapfre reste-t-elle, par ailleurs, fidèle à sa stratégie de bancassurance ?

Oui, car en Espagne, nos allian­ces avec Bankia, Catalunya Caixa, Bankinter, CCM et Caja Duero représentent 20 % de nos primes. Au Brésil, notre alliance depuis 2010 avec le Banco do Brasil dans BB Mapfre se développe avec succès et nous permet de distribuer nos produits dans près de 5 000 agences réparties à travers tout le pays.

Que pensez-vous de Solva 2 ?

C’est une grande avancée qui dote l’assurance européenne de la norme la plus sophistiquée au monde en ce qui concerne le cœur de notre métier : la gestion du risque. Elle apporte de plus des avancées notables en matière de gouvernance, de transparence et de protection des assurés. Le fait que Solvabilité 2 récompense les sociétés les plus efficaces dans leur gestion est aussi à souligner. Cela permettra à celles-ci d’être encore plus compétitives, mais à une condition, que notre secteur a du reste défendue tout au long de la négociation, que le cadre réglementaire européen soit comparable à celui des autres marchés.

Quels sont les points qui vous paraissent les plus importants dans la réforme ?

La gouvernance. Les politiques écrites, l’auto-évaluation des risques et de la solvabilité (Orsa) et le reste des pratiques prévues par le Pilier 2 sont positives pour la gestion des compagnies. Le système de gouvernance de Mapfre est, bien sûr, déjà adapté à Solvabilité 2. Ainsi, en matière de rentabilité ajustée par le risque, même si nous ne pensons pas devoir procéder à des arbitrages entre branches, nous nous intéressons de près au RoRac (NDLR : rendement sur le capital ajusté du risque) et l’utilisons pour accroître notre rentabilité interne.

Votre politique d’allocation d’actifs sera-t-elle amenée à changer et pensez-vous que les mesures de Solvabilité 2 sur les garanties à long terme (LTGA) soient suffisantes ?

Non, il n’y aura pas de changement substantiel sur nos allocations d’actifs, car en Espagne, cela fait longtemps que notre portefeuille, surtout en vie, reflè­te strictement notre passif. L’apport du « paquet branches longues » (LTGA) devrait être suffi­sant. Mais encore faut-il que nous disposions d’un véritable régime d’équivalence avec les pays tiers. De manière générale, l’assurance espagnole est bien préparée à tous ces défis et s’est du reste très bien sortie du stress test de l’EIOPA. Il est possible que des questions pratiques surgis­sent quant à l’application de Solva­bilité 2, mais il est à mon avis beaucoup trop tôt pour dire si un recours à la clause de revue de 2018 sera nécessaire.


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