Assurance auto au Maghreb : le « modèle français » semble encore loin

Extrêmement encadrée, l’assurance automobile en Algérie, au Maroc et en Tunisie a mûri ces dernières années, mais reste très éloignée des standards européens, tant au niveau du bonus-malus que de la prise en charge des sinistres.

On aurait pu y croire. Et pourtant, qu’il s’agisse de réglementation ou de besoins des consommateurs, le marché de l’assurance au Maghreb reste encore trop spécifique pour pouvoir s’inspirer du modèle français, ou de tout autre modèle européen. « Si la France est présente dans tous les benchmarks marocains, le gouvernement n’adopte pas toutes les évolutions réglementaires » souligne Bachir Baddou, directeur général de la Fédération marocaine des Sociétés d’assurances et de réassurance.

Le Maghreb reste loin des standards européens. Ainsi, les assureurs algériens viennent de ­signer en janvier 2016 deux conventions inter-compagnies prévoyant de réduire les délais d’indemnisation. D’ici fin 2016, tous les sinistres auto de l’année 2010 devront être indemnisés ! La marge de progression apparaît considérable.

Les prémices d’une uniformisation

Les analyses de Standard&Poor’s et les professionnels présents sur le terrain s’accordent pour penser que les réformes en cours dans les trois pays et la montée en puissance de la classe moyenne vont accélérer la diversification du secteur, dans un marché qui reste relativement concentré aux mains de quelques acteurs-clés. Mais le Maghreb ne forme pas un bloc. Si le Maroc et la Tunisie connaissent une évolution compa­rable, l’Algérie se démar­que de ses voisins.

Dans les trois pays, l’État fixe le montant des primes de responsabilité civiles. Le bonus-malus reste à l’état de projet, tout comme les garages agréés. La concurrence joue sur les garanties annexes et la qualité des ­services proposés. Le Maroc commen­ce à mettre en place un système de bonus, « limité à 10 % de la prime » explique Bachir Baddou. « L’âge du conducteur, l’ancienneté du permis, le sexe, la région interviennent librement pour les garanties non obligatoires. L’Europe applique depuis le 1er janvier 2016 le système ­Solvabilité 2. Ici, nous en sommes encore à Solvabilité 1 ».

En Tunisie, l’assurance auto­mobile représente près de 45 % d’un marché de l’assurance en pleine réorganisation en vue de la libéra­lisation prévue d’ici 2020. Kamel Chibani, directeur exécutif de la Fédération tunisienne des sociétés d’assurance, se félicite qu’au « 1er juillet, les véhicules assurés devront porter une vignet­te. La Tunisie va mettre en place une centrale de risques, inspi­rée du modèle marocain. Elle permettra aux assureurs d’accéder aux ­données des conducteurs (accidents, taux de responsabilité...) ». Aujourd’hui, le consommateur tunisien qui change de compagnie se voit généralement appliquer un tarif égal à 200 % de la prime ­responsabilité civile de base.

Hassen Khelifati, vice-président de l’union des assureurs et réassureurs (UAR ) et PD G d’Alliance assurances
« La branche automobile est sinistrée en Algérie »

  • La baisse des importations de véhicules impacte-t-elle l’assurance auto ?
    L’Algérie a importé en 2014 plus de 450 000 véhicules. En 2015, ce chiffre a baissé à moins de 300 000 et pour 2016, la politique des quotas le plafonne à 152 000. Par conséquent, le chiffre d’affaires du secteur de l’assurance automobile va baisser. Selon les derniers chiffres publiés par le Conseil national des assurances, le chiffre d’affaires de la partie dommages de l’assurance auto stagne (+0,2 %) alors que le nombre d’accidents de la route, pour autant, ne cesse d’augmenter.
  • Quelle est la rentabilité de la branche auto ?
    La branche automobile est sinistrée. Elle subit les contrecoups de la baisse du volume de primes, de l’augmentation du nombre des accidents, de la dévaluation du dinar, de la fixation des tarifs de la responsabilité civile (RC) trop bas et de la concurrence tarifaire très importante entre les acteurs. Aujourd’hui, l’assurance auto n’est pas rentable et nous essayons de travailler avec tous les acteurs pour trouver des solutions. Nous avons lancé une étude sur la RC automobile dont nous attendons la publication des résultats. Nous la présenterons à l’autorité de régulation afin de réviser une grille tarifaire qui ne répond plus à la réalité du terrain.
  • Quelles actions de prévention les assureurs comptent-ils engager afin de diminuer la sinistralité ?
    Nous travaillons au sein de l’UAR sur plusieurs chantiers. La mise en place du fichier national du conducteur automobile (FNCA) va nous permettre d’instaurer un bonus-malus incitatif.
  • Les assureurs automobiles veulent augmenter le tarif de la responsabilité civile, mais accordent de très grosses réductions sur l’assurance tous risques. Pensez-vous que cela soit logique, sachant que la sinistralité de l’assurance tous risques est aussi importante que celle de la RC ?
    Il s’agit d’une amère réalité. Nous travaillons avec tous les acteurs pour y mettre fin. Nous préconisons la signature d’un accord multilatéral pour imposer un plafonnement des remises. Avec des sanctions en cas de non-respect.
    Propos recueillis par Acia Kaci pour Econostrum.info

Au Maroc : une volonté d’assainir le secteur

Au Maroc, la centrale de risque dont entend s’inspirer la Tunisie, fonctionne depuis février 2016. L’Acaps, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale, contrôle le secteur de l’assurance. La loi autorise la vente par Internet. Surtout, un décret applicable au 1er avril 2016 interdit aux courtiers en assurances de délivrer des facilités de paiement sans l’accord express de la compagnie d’assurance. Une spécificité marocaine destinée à assainir le marché.

La Tunisie accuse encore un ­certain retard par rapport au Maroc, mais connaît une accé­lération des réformes. Habib ­Karchoud, directeur automobile d’El Amana Takaful, estime qu’il faut organiser et harmoniser le marché tunisien au niveau du prix des pièces et de la main-d’œuvre, pour permettre la mise en place de systè­mes d’agrément. Karim Ghalala, directeur techni­que de Gat assurances, approuve. « Jusqu’à présent, l’assuré tunisien accidenté faisait le lien entre son garagiste et l’expert. Pour éviter cela, nous avons ouvert trois centres d’expertise qui gèrent le dossier de l’assuré du début à la fin. Nous allons bientôt nous procurer un outil de chiffrage qui permettra de déterminer le coût des pièces et la durée des réparations de façon instantanée. »

Le dynamisme de l’assurance auto au Maroc et en Tunisie fait des envieux en Algérie. Très centralisé et étatisé, le secteur de l’assurance auto souffre depuis la chute des prix du pétrole qui a conduit le gouvernement à rédui­re les importations de voitu­res (-60 %). Le chiffre d’affaires de la branche automobile en Algérie a augmenté en 2015 de 1,3 %, loin de la croissance à deux chiffres d’avant 2014. Les compagnies publiques détien­nent environ 75 % du marché. Pour Hassen Khelifati, pdg ­d’Alliance Assurances et vice-président de l’Union des assureurs et réassureurs (UAR) ­d’Algérie, « le marché a besoin d’une nouvelle génération de ­réformes. L’UAR a engagé le ­dossier en commençant par la mise en place d’un fichier national des conducteurs automobiles (FNCA) qui servira de base à la mise en place du bonus-malus ».

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