Assurance en Afrique : Mobile sur toute la ligne

Avec à peine plus d’1,5 % du marché mondial de l’assurance, l’Afrique est souvent regardée de haut. Mais attention, le continent s’éveille à la faveur du téléphone mobile, véritable outil d’initiation à l’assurance.

Comme l’indique avec conviction Esther Tiako, vice-présidente de la fédéra­tion des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf) et directrice générale de NSIA Assurances au Cameroun « l’Afrique a les moyens de réussir ». Un message émis depuis la tribune de la 3e conférence organisée par L’Argus de l’assurance sur les marchés du Maghreb et de l’Afrique et repris par Richard Lowé, pdg du groupe Activa et président du réseau africain Globus, qui affirme que « le marché de l’assurance va se développer, car l’Afrique connaît actuellement une évolution de ses infrastructures et l’augmentation de la classe moyenne, qui sont deux facteurs propices à l’implantation de l’assurance ». Déjà différents intervenants présents le 16 décembre 2014 notaient « la croissance exponentielle du taux de pénétration, supérieur au taux de croissance économique », à l’image d’Olivier Canuel, directeur Afrique anglophone et Moyen-Orient de Gras Savoye International. Et l’année 2015 devrait amplifier ce phénomène, puisque la réglementation sur les impayés en vigueur depuis le 1er janvier repose sur le principe simple : pas de prime, pas de garantie. « Cette nouvelle réglementation en cours sur l’ensemble de la zone Cima (1) réglera le point crucial des impayés, comme avait commencé à le faire l’assurance affinitaire développée avec les opérateurs téléphoniques », esti­me Mathieu Dierstein, DG du groupe de courtage Ascoma.

800 millions d’abonnés au téléphone mobile

L’accès à l’assurance passe, en Afrique, par des circuits de distribution alternatifs compatibles avec la géographie du continent et la configuration géographique de sa population. « Nous assistons également à un saut technologique déterminant pour notre marché, pointe Patrick Mommeja, head of life insurance and micro insurance d’Allianz Africa. Il n’y a pratiquement pas d’Internet fixe, nous sommes passés direc­tement à l’Internet mobile ». Et avec une fulgurance étonnante, puisque le continent compte plus de 800 millions d’abonnés au téléphone mobile, dont 100 millions de smartphones sur une population totale de 1,138 milliard d’habitants en 2014. « Dans certaines zones ou certains pays, le taux d’équipement atteint 100 %, alors même que le taux d’équipement en électricité est de 40 % », poursuit Patrick Mommeja qui évoque d’ailleurs la naissance d’un nouveau métier : chargeur de portable ! Reste que ce développement sera fonction de la capacité des opérateurs à élargir leurs réseaux et celle des constructeurs de proposer des smartphones à des prix plus abordables.

« Le digital et le mobile sont les leviers de la transformation et du développement de l’assurance en Afrique. Mais il ne faut en aucun cas chercher à calquer les modèles français », affirme Mustapha Moufid, head of digital d’Axa Maroc et Afrique subsaharienne. Ainsi, ses services viennent de lancer le paiement par mobile au Sénégal et expérimentent actuellement au Maroc un mode de souscription de contrat auto on-line entièrement guidé par l’audio et la vidéo.

Le mobile s’immisce dans tous les secteurs

Autre domaine de développement : la santé. En Afrique subsaharienne, il y a 1 médecin pour 10 000 habitants, là où la France en compte 3,3 pour 1 000 habitants ! « Nous développons donc des projets de médecine préventive délivrée par SMS », explique Patrick Mommeja qui rapporte également la création de service par téléphone permettant de détecter les contrefaçons de médi­caments, très nombreuses et médicalement problématiques en Afrique.

Concernant l’usage du mobile pour le paiement des primes, les intervenants de cette conférence évoquent le cas de Safari mobile, opérateur téléphonique, qui a créé depuis quelques années une monnaie virtuelle M-Pesa (M pour mobile et Pesa qui signifie monnaie en Swahili) permettant des transferts d’argent via le téléphone mobile. à ce jour, les transactions opérées dans les quelques pays qui ont opté pour ce système (Tanzanie, Afrique du Sud, Kenya…) s’élèvent à environ 650 M$ par mois. Les assureurs sont très intéressés par le procédé pour, entre autres, garantir le paiement des primes. Enfin, le téléphone permet aussi la micro-assurance, phénomène aujourd’hui parfaitement adapté à l’initiation du continent africain aux mécanismes de l’assurance. D’ailleurs, Allianz Africa compte pas moins de 25 millions de micro-assurés !

1. « Conférence interafricaine sur les marchés de l’assurance : zone de 14 pays d’Afrique francophone dotée d’un code unique et d’un régulateur unique. »

Maroc : Contrat-programme en cours d’achèvement

88 mesures : telle est l’ampleur du contrat-programme qui s’achèvera fin 2015. Un véritable tour de force pour ce projet réglementaire majeur qui a été signé par pas moins de 9 ministres en l’espace de 5 ans. « Si nous réalisons 70 % de celles-ci, nous aurons gagné ! », lance Bachir Baddou, DG de la fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurances (photo). Certaines évolutions réglementaires sont très lourdes, comme l’obligation de souscrire une RC décennale, texte bloqué depuis 18 mois au Secrétariat général du gouvernement, tout comme la réglementation sur l’assurance Takaful. Autre mesure phare du contrat-programme qui devrait rejoindre le dispositif réglementaire final : le régime de protection des catastrophes naturelles ainsi que celui portant sur le risque terroriste. « Beaucoup de choses ont été réalisées en termes de gouvernance et de solvabilité qui sont autant de points rassurants pour les assurés », conclut le directeur de la fédération. Une des raisons qui permet aussi d’installer Casablanca comme la deuxième place financière du continent grâce à l’initiative Casablanca Finance City.

15,7%

Part de la population africaine (1,138 Md d’habitants) dans la population mondiale en 2014.

25%

Part de la population africaine en 2050.

2,56%

Taux de pénétration de l’assurance vie en Afrique (0,32 % hors Afrique du Sud).

1,24%

Taux de pénétration de l’assurance non-vie en Afrique (0,75 % hors Afrique du Sud).

1,5%

Part de l’Afrique sur le marché mondial de l’assurance.

67 $

Montant de la prime moyenne par habitant en Afrique, contre 1 724 $ en Europe et 1 649 $ aux états-Unis.

(source : Fanaf)

Les 50 ans de Gras Savoye International

Il y a 50 ans, Gras Savoye posait un pied en Afrique en ouvrant son premier bureau au Maroc. Depuis, le courtier a planté son drapeau dans13 autres pays avant 2000, puis dans 14 autres entre 2003 et 2014, avec l’ambition d’en ouvrir 4 nouveaux en 2015. Cette stratégie positionne le leader français du courtage comme le n°1 sur le continent africain avec une présence dans 32 pays, dont 17 avec le leadership. Au total, Gras Savoye compte plus de 1 000 collaborateurs et 4 000 entreprises clientes. « Le chiffre d’affaires gagne 7 % en moyenne chaque année depuis 5 ans, mais nous avons progressé de 14 % en 2014 », souligne Olivier Canuel, directeur Afrique anglophone et Moyen-Orient. La recette du succès : une bonne répartition du portefeuille entre les entreprises internationales et locales, « mais surtout le fruit d’une implantation locale désormais historique ».  

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