[DOSSIER] Assurance Événementielle 2/3

Assurance spectacle : l'après Bataclan

Assurance spectacle : l'après Bataclan
Frappés par la crise du disque, les artistes et leurs labels se rattrapent sur les concerts créant de nouveaux risques à assurer.

Les attentats de Paris et de Nice, en 2015 et en 2016, ont bousculé le marché de l’assurance événementielle. Les courtiers vont chercher de nouvelles solutions à Londres, tandis que les acteurs traditionnels jouent la prudence.

Chemise noire sur pantalon noir. C’est un Johnny Hallyday en deuil qui apparaît sur la scène du Zénith de Strasbourg, le 14 novembre 2015. Les attentats qui ont frappé Paris la veille sont dans tous les esprits. « Nous avons décidé de dédier le concert de ce soir à tous les disparus des attentats d’hier soir à Paris, ainsi qu’à leurs familles et à leurs proches », déclare la rock star d’un air solennel. Après une minute de silence, la musique reprend. Le chanteur a choisi de commencer son concert avec le titre Noir c’est noir. « The show must go on », a-t-on coutume de dire dans le monde du spectacle. Ils ont pourtant été rares ceux qui, comme Johnny Hallyday, ont appliqué le célèbre adage. Sur recommandation des autorités, la plupart des salles de spectacles de la capitale ont fermé leurs portes tout au long du week-end qui a suivi la sanglante attaque du Bataclan. U2 a annulé ses deux dates à Bercy les samedi et dimanche soirs suivants. Motör­head et Marilyn Manson qui étaient attendus au Zénith les dimanche et lundi soirs ne se sont pas produits également. Même chose à l’Olympia, autre salle importante de la capitale, qui a supprimé les concerts de The DØ le samedi et du rappeur Nekfeu le diman­che. Ce week-end noir, tous les acteurs du marché de l’assurance événementiel s’en rappellent encore.

Les budgets ont doublé en vingt ans

Le monde du spectacle est un secteur économique particulièrement lucratif. Dans une étude publiée en 2013, le cabinet de conseil E&Y estimait que le specta­cle vivant représentait un chiffre d’affaires de 8,4 Md€, en France. Frappés par la crise du disque, les artistes et leurs labels se rattrapent sur les concerts en négociant des cachets de plus en plus élevés. « Aujourd’hui, une soirée au stade de France peut générer près de 4 M€ de chiffre d’affaires. En 1998 on était aux alentours de 2 M€. On peut donc dire que les budgets ont quasiment doublé en vingt ans », estime François Chiesa, le président du groupe Pont Neuf, courtier grossis­te spécialisé dans l’assurance événementiel. Les moyens de plus en plus importants mis en œuvre dans l’organisation des spectacles requièrent autant de garanties pour leurs producteurs. La plupart font appel à Romain Frobert, président-fondateur d’Ovatio. Cet ancien de Gras Savoye a créé un cabinet de courtage spécialisé dans les risques des industries culturelles et créatives. Un de ses produits phare : les garanties de pertes financières/annulation. Cette assurance de niche a vocation à couvrir les pertes financières en cas d’annulation d’une manifestation. « Un événement dure de quelques heures à quelques semaines. Toute perturbation d’ordre humain (malveillance, manifestation), technologique (accidents lors de l’adaptation/déplacement des tribu­nes en fonction de la manifestation) ou naturel (météorologie défavorable, tremblement de terre) peut entraîner une annulation partielle ou totale », explique Romain Frobert.

La particularité de l’assurance annulation réside dans le montant élevé de ses primes. Les cotisations sont calcu­lées en fonction des montants garantis : de 0,6 à 1,5 % pour une manifestation à l’intérieur et de 2 à 3 % en extérieur. Ce qui, au regard des budgets des festivals et des spectacles en salle, donne des primes particulièrement inté­ressantes. Les montants garan­tis par jour pour un festival de taille modeste (15 000 à 20 000 spectateurs par jour) tournent autour de 1 M€. Pour les grands festivals (40 000 à 50 000 spectateurs par jours) il faut compter 2 à 3 M€. Pour un théâtre, les sommes en jeu vont de 8 000 à 20 000 €. Un concert au Zénith de Paris représente de 100 000 à 200 000 €. Et la soirée à Bercy s’approche du million d’euros. La palme revient au Hellfest. Le festival de hard rock qui se tient chaque année près de Nantes totalise à lui seul près de 18 M€ de montants garantis. Dans un marché de l’assurance IARD plutôt atone, les primes élevées de l’assurance événementiel créent donc des envieux et génèrent de la concurrence. « Beaucoup de compagnies sont tentées de compenser leur chiffre d’affaires avec les risques spéciaux où les primes sont élevées parce que calculées en pourcentage », constate Paul-Henri Lecointre, directeur général du groupe Special Lines, une agence de souscription spécialisée dans l’événementiel. « Mais si vous n’avez pas d’expérience, vous aurez des mauvais résultats », ajoute aussitôt le souscripteur.

  • 13 novembre 2015 Attaque du Bataclan Alors que la France est frappée par les pires attaques terroristes de son histoire, trois hommes armés pénètrent dans la salle de concert et tirent dans la foule. Ils font 90 morts et plusieurs centaines de blessés.
  • 14 juillet 2016 Attaque de Nice Au moins 84 personnes sont tuées et des dizaines d’autres sont blessées sur la promenade des Anglais, à Nice, par un camion qui a foncé sur la foule en pleine célébration du 14 Juillet.
  • 22 mai 2017 Attentat de Manchester Un attentat-suicide frappe la Manchester Arena à la sortie d’un concert de la chanteuse américaine Ariana Grande. L’explosion fait 22 morts et 116 blessés. Le Royaume-Uni n’avait pas connu un attentat aussi meurtrier depuis douze ans.
  • 23 août 2017 Concert annulé à Rotterdam Un concert de rock est annulé à Rotterdam du fait d’une menace terroriste. La police néerlandaise a trouvé une camionnette immatriculée en Espagne et contenant des bouteilles de gaz.
  • 1er octobre 2017 Fusillade de Las Vegas Un homme, lourdement armé, a tiré dans la foule rassemblée devant un concert de musique country à Las Vegas, aux États-Unis. La fusillade a fait au moins 59 morts et 515 blessés.

Un nouvel Eldorado ?

La preuve : QBE et Chubb, deux assureurs rompus aux grands risques d’entreprises qui se sont laissés tentés, dans les années 2000, par l’assurance spectacle, se sont très vite retirés.

Ces dernières années, même les acteurs les plus expérimentés ont été bousculés. L’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015, puis celui de Nice, le 14 juillet 2016, ont tous les deux fait l’effet d’une douche froide aux courtiers et aux assureurs du secteur. « Le marché s’est contracté dans les mois qui ont suivi le Bataclan », reconnaît Olivier Meyer, en charge des risques spéciaux chez le réassureur Swiss Re. Les deux attentats ont provoqué 76 sinis­tres sur tout le territoire, selon le courtier Romain Frobert. Le Groupe Pont Neuf de François Chiesa a eu à gérer près d’une cinquantaine d’annulations sur le seul week-end des 14 et 15 novembre 2015. « Les salles n’avaient pas d’obligation de fermer. Mais on ne voyait pas comment les spectateurs se seraient déplacés vu le contexte », se souvient le courtier. François Chiesa affirme que les sinistres ont tout de même été maîtrisés. « Tout le monde a mis de la bonne volonté. Côté assureurs, nous avons décidé d’indemniser les producteurs, même si les contrats ne le prévoyaient pas. Côté assurés, beaucoup de salles n’ont pas demandé à être indemnisées et la plupart des artistes n’ont pas cherché à récupérer leur cachet. L’indemnisation a surtout concerné les frais incompressibles, ce qui a repré­senté entre 30 et 35 % des montants assurés », expli­que le dirigeant de Pont Neuf.

Au-delà du choc, les attentats ont fait la démonstration que les contrats d’assurance annulation n’étaient plus adaptés aux nouvelles conditions du marché. « Les polices comprenaient bien une clause attentat, mais sur site ou aux abords immédiats. Or, les annulations qui ont suivi les atta­ques du 13 novembre et du 14 juillet concernaient des manifestations organisées, parfois, à plusieurs kilomètres des sites attaqués », expli­que François Chiesa. Pour parer à ce manque, les courtiers sont alors partis frapper aux portes du Lloyd’s de Londres.

« Près d’un an après l’attaque du Bataclan, quel­ques courtiers ont fait un produit d’appel. Ils ont commencé à proposer des garanties très spécifiques, essentiellement portées par le marché de Londres, qui a ouvert les vannes. Ovatio a été très actif. Gras Savoye a suivi la tendance », commente un acteur majeur du secteur.

« Aujourd’hui, les clauses attentat sont réparties en quatre segments avec des limitations dans le temps : l’annulation pour cause d’attentat sur site, l’annulation en cas de retrait de l’autorisation administrative à la suite d’un événement survenu dans un périmè­tre pouvant aller jusqu’à 50 km, l’annulation provoquée par une menace d’atten­tat qui vise le site ou l’assuré et, enfin, l’annulation à la suite du retrait de l’autorisation administrative quel que soit le lieu en France dans lequel s’est déroulé l’attentat à l’origine de ce retrait », énumère le réassureur Olivier Meyer.

Le rôle clé de la réassurance

Avec seulement 10 à 20 M€ de primes récoltées par an, selon les estimations des courtiers et des assureurs, le marché de l’événementiel est particulièrement exposé. « Il suffit de deux sinistres pour le mettre à mal. Le S/P pour le risque attentat a atteint 170 % en 2015 », explique le courtier Romain Frobert. Dans ce contexte, les contrats de réassurance sont élémentaires.

Trois acteurs majeurs se partagent l’essentiel du marché : Swiss Re, Munich Re et Hanover Re. « Les traités de réassurance fonctionnent par risque ou par événement, le plus souvent en excédent de sinistre », précise Olivier Meyer, en charge des risques spéciaux pour la France chez Swiss Re. Les rétentions des assureurs dépassent rarement les 5 %. « Sur une capacité de plusieurs millions d’euros, la compagnie ne va garder que quelques centaines de milliers d’euros », ajoute ainsi Olivier Meyer.

Des besoins chez de nouveaux acteurs

Le contexte de la menace terroris­te qui pèse en France a également créé des besoins d’assu­rance chez de nouveaux acteurs. Paul-Henri Lecointre, qui officiait depuis 2005 en tant que direc­teur du département français de l’assureur Tokio Marine, a quitté ses fonctions en 2015 avant de fonder le groupe Special Lines. Cette agence de souscription gère exclusivement des capacités de Groupama. Elle est positionnée sur les événements sportifs, ainsi que sur un nouveau type de clientèle : les entreprises. « Les attentats ont provoqué une prise de conscience chez les entreprises organisatrices d’événements. La plupart ne s’assu­raient pas auparavant. Aujour­d’hui, c’est devenu un réfle­xe. Nous avons donc conçu des contrats cadres dans lesquels les garanties sont définies à l’avance pour couvrir 80 à 90 % des événements qu’une entreprise va organiser dans l’année. Ces contrats peuvent prendre en compte le facteur humain (indispo­nibilité d’une personnali­té), les intempéries lorsque les manifestations ont lieu à l’extérieur, et le risque attentat qui peut occasionner un retrait d’autorisation admi­nistrative », détaille Paul-Henri Lecointre.

Assurance événementiel, de quoi parle-t-on ?

L’assurance dite « annulation » ou « pertes pécuniaires » est valable pour tout type d’événements en intérieur comme en extérieur. La police comprend une base de couverture (vol d’instruments, grève, retrait de l’autorisation administrative) à laquelle peuvent s’ajouter des options spécifiques propres à chaque événement. Les besoins d’assurance ne sont pas les mêmes pour un concert avec une tête d’affiche que pour une tournée avec plusieurs groupes. Le risque intempéries ainsi que l’indisponibilité d’une personne clé ne sont ajoutés que si le besoin est réel. Les clauses attentats font également partie des options. Elles sont réparties en plusieurs segments : attentat sur site, retrait d’une autorisation suite à un attentat dans un périmètre fixé au préalable (de quelques dizaines de mètres à 50 km) ou encore en cas d’annulation provoquée par une menace d’attentat. L’assurance annulation n’est pas obligatoire.

Les risques attentat toujours renforcés

Les nouvelles clauses attentat, tout droit importées d’Angleterre, ainsi que l’arrivée de nouveaux acteurs innovants sur le marché français, bousculent les assureurs historiques du secteur. Chez Albingia, compagnie posi­tion­­née de longue date sur les risques spéciaux, Hélène Gury préfère miser sur l’expérien­ce. « En tant qu’acteur historique et pérenne sur ce marché, nous mettons à profit notre technicité et notre expertise pour accompagner nos partenaires », explique la respon­sable souscription risques spéciaux de l’assureur Levalloisien. L’histoire lui a donné raison… du moins jusqu’à maintenant.

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