[DOSSIER] Les fonds en euros 2/4

Assurance vie : piloter la collecte

Après une annus horribilis marquée par une décollecte nette historique, l'assurance vie pourrait connaître des cieux plus cléments en 2013. Toutefois, le pilotage de cette activité exigera plus que jamais d'agir sur les bons leviers.

En ce début d'année, à première vue, la plupart des voyants sont revenus au vert pour l'assurance vie. La collecte devrait être au rendez-vous. Toutefois, les acteurs de l'assurance n'ont aucune intention d'ouvrir grand les portes de leurs fonds en euros sans piloter de près les flux d'épargne. Il est essentiel pour eux de ne pas diluer leur actif général dans un contexte de taux d'intérêt faibles. De ce fait, les unités de compte (UC) structurées, les fonds en euros dynamiques et les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) seront des solutions de diversification suggérées aux épargnants, en complément des fonds en euros classiques. Explications.

- 3,4 Md€

Décollecte nette de l'assurance vie en 2012

2,9 %

Taux moyen de rémunération des fonds en euros

Des signaux rassurants

Pour la première fois de son existence, l'assurance vie vient d'enregistrer une année de décollecte nette (- 3,4 Md€). Pourtant, les raisons d'être confiant ne manquent pas. Tout d'abord, la rémunération de l'épargne en euros conserve un niveau attrayant, à 2,9% en moyenne pour l'ensemble du marché, contre 3% un an plus tôt. « Beaucoup d'acteurs n'ont pas baissé leur taux. On a même vu quelques hausses », confirme Daniel Collignon, directeur général de Spirica (ex-Axéria), filiale du Crédit agricole. Ainsi, l'Afer progresse de 3,43 à 3,45% et la Matmut augmente de 0,20 point les taux de ses deux produits Matmut Vie Épargne (3,40% contre 3,20% fin 2011) et Matmut Vie Générations (3,15% au lieu de 2,95%). Autant de signaux destinés à rassurer les épargnants sur la solidité des fonds en euros.

Autre bonne nouvelle : les offres promotionnelles sur l'épargne à court terme ne vont plus, comme en 2012, faire de l'ombre à l'assurance vie. Les dépôts sur les livrets bancaires fiscalisés ont déjà diminué de 12,4 Md€ en octobre 2012 et de 3,52 Md€ en novembre. « Rémunérer des liquidités à 4% revient trop cher aux banques, elles vont être obligées de changer de stratégie. C'est l'une des principales raisons qui nous conduisent à prévoir une reprise de la collecte en assurance vie », avance Michel Miljkovic, responsable du réseau chez nousassurons.com.

L'autre concurrent de l'assurance vie, le livret A, vient de voir sa rémunération baisser de 0,50 point, passant de 2,25 à 1,75% depuis le 1er février 2013. Par comparaison, les fonds en euros servent 1% de plus, avec en prime une plus grande visibilité, puisque leurs taux restent assez stables dans le temps.

Enfin, l'épée de Damoclès qui a pesé tout au long de 2012 sur les avantages fiscaux des placements a épargné l'assurance vie. « Comme les autres types de placements ont perdu des avantages, le cadre fiscal de l'assurance vie est devenu encore plus compétitif qu'avant, souligne Olivier Mariée, directeur des activités épargne d'Axa France. Le mois de janvier le confirme, la collecte est bonne. »

À cela s'ajoute l'embellie boursière. Après deux années négatives sur les marchés et pour le Cac 40 (- 3,3% en 2010 et - 17% en 2011), l'indice a progressé en 2012 (+15%). « Une partie de la collecte de l'assurance vie est corrélée aux marchés financiers. Comme ils ont été bons en 2012, les clients vont investir en unités de compte », confirme Daniel Collignon. Pour finir, la crise des dettes souveraines n'occupe plus le devant de la scène. La défiance généralisée à l'égard des placements obligataires semble déjà oubliée. « Une partie de la décollecte de 2012 était liée aux craintes sur la solvabilité des compagnies. Le sujet est passé au deuxième rang pour l'instant, puisque le Portugal et l'Espagne ont tenu le choc. Les clients ont moins peur d'investir sur des durées plus longues », ajoute Michel Miljkovic.

La bonne forme de l'épargne retraite

  • L'assurance vie classique n'est pas le seul placement à être passé entre les mailles du filet des lois de Finance. Le plan d'épargne retraite populaire (Perp) et les « Madelin » ont conservé la déductibilité des cotisations. Et comme la réforme des retraites s'invite à nouveau au coeur des débats en 2013, il faut s'attendre que les discours alarmistes suscitent une hausse des versements.

 

  • Les cotisations sur les Perp et les contrats « Madelin » n'ont pas attendu, elles ont déjà progressé en 2012, et la tendance devrait se poursuivre en 2013. « Nous avons clairement ressenti un regain d'intérêt pour la souscription sur les contrats "Madelin" et les Perp fin 2012, qui semble augurer d'un bon cru 2013 », confirme Marie-Anne Jacquier, directrice générale de LideSide Patrimoine, à qui les conseillers ont signalé des clients « qui font le plein fiscal ». À la MACSF aussi, la collecte sur le Perp a progressé de 44 % en 2012.

Une collecte à maîtriser

Malgré tous ces arguments, il ne faut pas crier victoire trop tôt. « L'année 2013 sera bonne, mais elle sera volatile. Sur le fonds en euros, la décollecte va continuer, car si l'on enlève les prélèvements sociaux à 15,5% et entre 1,5 et 2% d'inflation, son rendement est proche de zéro pour des épargnants assujettis à l'impôt sur la fortune », remarque le PDG de Legal et General France, Olivier Potellet. L'enquête Optimind Winter le confirme : « Les assurés sont de plus en plus conscients que l'âge d'or du fond en euros est terminé. Les rendements ne sont plus son atout principal. »

Même discours chez Axa. Pour faire comprendre la situation aux clients et aux distributeurs, Olivier Mariée, directeur des activités épargne, utilise une formule très simple, celle du « 4-3-2 ». « Une fois payé l'ISF, si je veux protéger mon patrimoine d'une inflation de 2,4%, il me faut une rémunération de 4% nets des prélèvements sociaux. Or, le rendement des fonds en euros est à 3% et les compagnies placent l'épargne sur des emprunts d'État français à 2%, ce qui va tirer le rendement à la baisse. »

Tout cela pourrait conduire les compagnies à freiner la collecte, en dehors des actions de promotion, car « l'assurance vie ne s'achète plus, elle se vend », explique Marcel Kahn, directeur général du groupe MACSF. Cette politique a été largement appliquée en 2012 par la mutuelle des professionnels de santé, ainsi que par Generali, pour ne citer qu'eux. « Nous ne sommes pas dans un contexte poussant à un développement commercial à tous crins. Notre priorité va à la sécurité et la sélectivité dans la souscription pour ne pas diluer les performances », affirme Stéphane Dedeyan, membre du directoire de Generali France.

Alors, collecte ou pas ? Ce sont les compagnies qui en décideront. D'autant que les prestations augmentent avec le vieillissement des contrats. « De plus en plus de personnes sont en phase de restitution », souligne Gildas Robert, actuaire senior chez Optimind Winter.

Pour collecter sans risque, à chacun de trouver la recette afin de protéger l'actif général et de pousser les clients à la diversification. La distribution de rendements variables selon la part d'UC se généralise, comme le fait déjà Axa avec son Bonus Euro +, qui fait grimper le taux de 2,90 à 3,50% en 2012 si les UC représentent 25% du contrat. Quant aux UC proposées, elles doivent être capables d'attirer une épargne qui cherche avant tout la sécurité.

Des supports à renouveler

L'immobilier est souvent cité. « Puisque le rendement est nul sur le fonds en euros, il faut se diriger vers des fonds immobiliers. Ceux qui n'en ont pas dans leur contrat sont en danger », affirme Olivier Potellet. Chez Spirica, on mise sur plusieurs fonds en euros dans le même contrat. « Cela consiste à ajouter des fonds eurodynamiques ou à allocation long terme à côté du fonds en euros classique », explique Daniel Collignon, afin d'inciter le client à bloquer plus longtemps son épargne en échange d'une rémunération plus élevée de 0,5 à 1 point. Euro Allocation Long Terme, lancé en 2012 et qui prévoit 3% de pénalité en cas de rachat avant trois ans, a dégagé un rendement de 4,01% en 2012. Fonds flexibles et fonds structurés à capital garanti font aussi partie de l'arsenal de diversification.

Toutefois, ces supports nécessitent un effort de pédagogie sur leur fonctionnement de la part du conseiller, une meilleure appréhension du risque que le client est prêt à prendre et un suivi plus régulier de l'épargne. « On ne peut pas vendre des UC si le réseau n'est pas formé », explique Olivier Mariée. Il est également nécessaire d'accompagner le client par « un suivi personnalisé et sur mesure », estime Olivier Pottelet. « Si les unités de compte baissent de 10%, nos conseillers contactent les clients. On ne peut pas vendre de la diversification sans un suivi, car on est entré dans un monde volatil, personne ne peut prévoir les marchés en 2013 », avance-t-il. La transparence sur les actifs et leur degré de risque est primordiale.

À plus long terme, la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) plaide pour la fin d'une garantie en capital à tout moment sur les fonds en euros, par opposition à une prise de risque élevée sur les UC (lire interview p. 31). Il s'agirait de réconcilier les deux à travers des fonds eurodiversifiés. Mais cela exige des aménagements réglementaires. Avec un bémol, comme le souligne Gildas Robert, d'Optimind Winter : « Ces produits innovants, comme les eurodiversifiés ou les variable annuities, ont du mal à trouver leur marché, car leur complexité ne leur permet pas d'atteindre le grand public. »

Stéphane Dedeyan, président de la commission plénière des assurances de personnes à la FFSA

 « Il faut rendre possible le transfert du stock vers des fonds eurodiversifiés »
  • Quel a été votre propos devant la mission « Berger Lefevre » sur l'épargne ?

Avec la FFSA, nous leur avons dit que la relance de l'économie ne passerait pas par les exportations ni par la consommation. La voie à explorer est celle de la relance de l'investissement à long terme. Pour cela, il faut de l'épargne longue. De ce fait, l'assurance vie est au coeur de la stratégie de redressement économique du gouvernement. Il faut éviter de déstabiliser sa fiscalité et aider les assureurs à investir à long terme.

  • Que proposez-vous ?

Nous défendons l'idée de permettre aux assureurs de proposer des fonds eurodiversifiés dans les contrats d'assurance vie multisupports. Ils offrent une espérance de rendement plus élevée en contrepartie d'une garantie du capital, non pas à tout instant comme dans un fonds euro classique, mais à un terme fixé à au moins huit ans, ce qui permet d'investir avec un maximum de sécurité pour l'épargnant dans des actifs plus risqués. Mais cela exige une évolution réglementaire, car ce choix n'est aujourd'hui possible que dans le cadre de contrats séparés, et pour de nouveaux versements. Il n'est pas permis d'y transférer le stock déjà existant. Si l'on veut réorienter rapidement les 1,37 Md€ d'encours de l'assurance vie vers un horizon de plus long terme, il faut rendre ce transfert possible.

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